Coups d’État en Afrique de l’Ouest: une redistribution des cartes politiques

Le colonel Doumbouya, à la tête des putschistes qui ont mené le coup d’Etat en Guinée, après une rencontre avec une délégation de la Cédéao, le 10 septembre 2021, à Conakry. © AP – Sunday Alamba

Quelles sont les conséquences politiques et les impacts sous-régionaux des coups d’État de 2021 en Afrique de l’Ouest ? Le Mali, la Guinée Conakry et le Tchad sont au cœur de transitions politiques complexes, sous pression d’institutions régionales qui cherchent aussi à garder le contrôle.

L’Afrique de l’Ouest a toujours été marquée par des renversements de régime mais cette année, on a vu apparaitre deux « familles » de coups d’État, une distinction qui n’a fait qu’accentuer les tensions politiques dans la sous-région. Avec ou sans armes : voilà, en schématisant, la distinction faite par les États et les institutions.

D’un côté, on observe l’acceptation d’un coup d’État institutionnel, avec le maintien au pouvoir d’une lignée, comme celle de la famille de feu Idriss Déby Itno au Tchad. De l’autre, le rejet des coups d’État militaires, comme au Mali en août 2020 puis en mai dernier et en Guinée début septembre.

Début décembre, lors du sommet paix et sécurité de Dakar, le président Macky Sall, comme l’avait fait avant lui le chef de l’État français Emmanuel Macron, faisait encore cette distinction en ne citant que le Mali et la Guinée : « En Afrique de l’ouest, nous avons deux pays qui ont été frappés, le Mali et la Guinée. Nous ne pouvons pas accepter que les militaires prennent le pouvoir par les armes. Nous sommes en démocratie, le pouvoir se conquiert par les élections. »

Des habitants applaudissent les soldats de l'armée alors qu'ils célèbrent le soulèvement à Conakry, en Guinée, le 5 septembre 2021.
Des habitants applaudissent les soldats de l’armée alors qu’ils célèbrent le soulèvement à Conakry, en Guinée, le 5 septembre 2021. © REUTERS/Souleymane Camara

Même si Macky Sall et ses homologues ne le reconnaissent pas, ces coups d’État au Tchad, au Mali et en Guinée sont avant tout la conséquence de dérives politiques : volonté de rester au pouvoir, État au service d’un clan ou encore violations des droits de l’homme…

Pour Alioune Tine, ancien responsable d’Amnesty International en Afrique de l’Ouest et fondateur du think thank, AfrikaJom Center, les putschs se sont multipliés car la Cédéao est affaiblie par ces dérives à répétition des dirigeants. « Les coups d’État sont la conséquence de dysfonctionnements graves et en réalité, le coup d‘État arrive comme une espèce de thérapie mais c’est une fausse thérapie. Cela révèle une chose, c’est l’effondrement des mécanismes de régulation des tensions politiques à la Cédéao. La Cédéao s’est pratiquement effondrée, le leadership est assuré par des pays qui ne sont pas démocratiques. La politique ne fait plus sens et quand les militaires arrivent, les gens applaudissent », explique-t-il.

De l’élite politique à l’élite militaire  

Point commun de ces putschs, les dirigeants des transitions politiques sont des hauts gradés de l’armée qui refusent de se soumettre. Mahamat Idriss Deby Itno au Tchad était responsable de la sécurité du palais présidentiel. Assimi Goïta au Mali et Mamadi Doumbouya en Guinée étaient tous deux leaders des forces spéciales. Trois dirigeants autoproclamés présidents qui ont fait le choix stratégique de dissoudre les institutions, bloquant, de fait, tout retour en arrière.

Faiblesse des institutions locales, perte d’influence de la France, faiblesse également de la Cédéao et de l’Union africaine, tous ces éléments ont permis à ces militaires de s’imposer jour après jour, estime Ibrahima Kane, observateur et militant sénégalais des droits de l’homme. « On est dans des sociétés qui sont en totale décomposition. Il n’y a plus de structures capables de jouer le rôle que la société civile jouait par le passé. Et cela permet à ces militaires de surfer, de développer des stratégies, d’aller dans des directions qui sont les leurs et qui ne sont pas celles de la population. Aujourd’hui, en dehors de ces militaires, il n’y a absolument rien », analyse-t-il.  

Des soldats de l'armée malienne du CNSP à une manifestation célébrant le coup d'Etat place de l'Indépendance à Bamako, au Mali, le 21 août 2020.
Des soldats de l’armée malienne du CNSP à une manifestation célébrant le coup d’Etat place de l’Indépendance à Bamako, au Mali, le 21 août 2020. REUTERS/Mamadou Keita

Alioune Tine va dans le même sens. Il estime que ces coups d’État à répétition en 2021, avec des dirigeants de transition qui refusent de respecter les codes constitutionnels, notamment les calendriers pour organiser des élections, sont un des signes, une conséquence directe aussi, de systèmes démocratiques à bout de souffle en Afrique de l’Ouest. « On vit quand même une des périodes historiques postcoloniales les plus sombres dans l’espace Cédéao. Et il me semble que nous devons repenser les démocraties en Afrique de l’Ouest, repenser la gouvernance et repenser la géopolitique », selon lui.

Début janvier, Macky Sall prendra la tête de l’Union africaine. Très critique sur ces putschs, il sera intéressant de voir si le président sénégalais, qui refuse de son coté de dire s’il sera ou non candidat à un troisième mandat, poussera ou contraindra les dirigeants des transitions au Mali et en Guinée, mais aussi du Tchad, à organiser au plus vite les élections présidentielles. 

RFI

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