Russie: l’ONG Mémorial au tribunal, crainte d’une liquidation immédiate

Une militante à Moscou le 23 décembre 2021 devant le tribunal de Moscou qui doit statuer sur le sort de l'ONG Memorial

Une militante à Moscou le 23 décembre 2021 devant le tribunal de Moscou qui doit statuer sur le sort de l’ONG Memorial afp.com – Vasily MAXIMOV

La Cour suprême russe examine mardi la demande de dissolution de l’ONG Mémorial, pilier de la défense des droits humains en Russie et gardien de la mémoire du Goulag, qui redoute son interdiction avant le Nouvel An.

Les poursuites visant Mémorial, qui jouit d’un grand prestige à l’étranger, ont suscité un émoi international et sont perçues comme un nouveau palier symbolique dans la répression des critiques du président Vladimir Poutine.

Cette troisième audience devant la Cour suprême « pourrait être la dernière », a indiqué l’ONG lundi, car « il ne reste que les plaidoiries et la décision finale de la juge Alla Nazarova ».

Début novembre, le Parquet a demandé la dissolution de Mémorial International, la structure clé qui coordonne le réseau de l’organisation en Russie, l’accusant d’avoir enfreint « systématiquement » les obligations de son statut d' »agent de l’étranger ».

Ce label, qui rappelle celui d' »ennemi du peuple » pendant l’URSS, désigne les organisations reconnues coupables d’agir contre les intérêts de Moscou en recevant des fonds étrangers.

Tous ceux qui y sont soumis, individus compris, doivent indiquer leur statut d' »agent de l’étranger » dans toutes leurs publications, sous peine de lourdes amendes, et se soumettre à de lourdes procédures administratives.

Parallèlement, dans un autre dossier, le Parquet exige la liquidation du Centre de défense des droits humains de Mémorial, accusé d’apologie « du terrorisme et de l’extrémisme », en plus de violations de la loi sur les « agents de l’étranger ».

Dans cette affaire distincte, une audience est prévue mercredi devant un tribunal de Moscou.

Les avocats de l’ONG, qui a déjà payé d’importantes amendes pour des violations à la loi sur les « agents de l’étranger », dénoncent des persécutions infondées, disproportionnées et de nature politique.

– Traumatismes historiques –

Mémorial est l’une des dernières victimes de la longue liste d’ONG, d’opposants et de médias tombés sous le coup de poursuites en Russie ces derniers mois.

En janvier, les autorités avaient d’abord arrêté puis condamné à deux ans et demi de prison l’opposant N°1 au Kremlin, Alexeï Navalny, puis interdit en juin son organisation pour « extrémisme ».

Dans la foulée, des dizaines de personnes, des ONG défendant les droits humains ou les minorités sexuelles, des médias indépendants ont été reconnus « agents de l’étranger », ce qui complique fortement leur travail.

Les autorités russes sont aussi passées à l’offensive sur le front numérique. Elles multiplient les menaces, les blocages de sites internet jugés dissidents et les amendes contre les géants du numérique ne supprimant pas des contenus liés à l’opposition.

Les poursuites visant Mémorial illustrent l’affrontement entre deux visions de l’histoire russe, 30 ans après la dislocation de l’Union soviétique, qualifiée par Vladimir Poutine de « plus grande catastrophe géopolitique » du XXe siècle.

Fondée au crépuscule de l’URSS par des dissidents, dont le prix Nobel de la paix Andreï Sakharov, Mémorial s’était donné pour mission de mettre en lumière les millions de victimes des crimes de l’URSS, afin d’éviter tout retour au totalitarisme.

Pour ses défenseurs, elle subit désormais la promotion de plus en plus accentuée par le Kremlin d’une vision unique de l’Histoire glorifiant la puissance de l’URSS, notamment sa victoire contre l’Allemagne nazie, et minimisant les crimes de Staline.

Le Centre de défense des droits humains est, lui, spécialisé dans les violations commises à ses yeux par l’Etat russe contemporain.

Pour ses activités, Mémorial subit de longue date des pressions et a déjà payé un lourd tribut. En 2009, sa responsable en Tchétchénie, Natalia Estemirova, avait été kidnappée puis exécutée.

L’un de ses historiens, Iouri Dmitriev, a été condamné lundi à 15 ans de prison pour une affaire « d’agression sexuelle » dénoncée comme un coup monté destiné à le punir pour ses recherches sur la terreur soviétique.

LE JV2 AVEC AFP

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