Train express de Dakar: la grogne des expropriés

Un train express régional (TER) à la gare de Dakar, au Sénégal, le 22 décembre 2021

Un train express régional (TER) à la gare de Dakar, au Sénégal, le 22 décembre 2021 afp.com – SEYLLOU

Ils sont mécaniciens, maraîchers ou autres occupants expropriés le long du tracé du Train express régional de Dakar (TER) devant être inauguré lundi et réclament 76 millions d’euros à l’Etat sénégalais.

« Le TER nous a appauvris. C’est un projet qui a produit des morts-vivants », affirme à l’AFP Amina Bayo, une responsable d’un « Collectif des impactés du TER ».

« Les expropriés ont souffert le martyre. Certains sont rentrés au village », indique un membre du Collectif de quelque 16.000 personnes physiques et morales expropriées pour la construction du TER, dont 2.000 ont déposé des plaintes à l’Apix, l’agence publique qui a assuré la maîtrise d’ouvrage du projet.

« Nous réclamons 50 milliards de FCFA (76 millions d’euros) à l’Etat », affirme à l’AFP Ibrahima Cissé, président du Collectif.

« J’habitais à Potou (un quartier de Dakar) dans une maison de 160 m2 de huit pièces. Je n’ai reçu que 1,9 million de FCFA (près de 3.000 euros). L’Etat n’a pas valorisé le foncier », dit Pape Ngom, un membre du Collectif.

Le barème pour l’indemnisation à Dakar est de plus de 700.000 FCFA (plus de 1.000 euros) le mètre carré pour un titre foncier, plus de 500.000 FCFA (750 euros) pour un bail et 286.000 FCFA (environ 450 euros) pour un occupant sans droit, selon un document officiel.

Le TER, financé par l’Etat du Sénégal pour 780 milliards de FCFA (plus de 1,1 milliard d’euros), vise à désengorger Dakar.

Les autorités ont recensé les personnes à exproprier et à indemniser pour des pertes de parcelles d’habitations, de terres agricoles, de bâtiments, d’équipements et de revenus.

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– « Communes démunies de Dakar » –

« Les victimes du TER, sans toit, sans terre et sans travail », proclame une banderole à Colobane, un quartier populaire de Dakar d’où des mécaniciens et brocanteurs ont été délocalisés. Des policiers intiment, à des manifestants sur le point de déployer des affiches, l’ordre de quitter ce lieu situé près du centre de maintenance du TER.

« Le tracé du TER se situe dans les zones des communes dites de la banlieue de Dakar où vivent les populations les plus défavorisées et les plus démunies de la région de Dakar (où) les +habitats spontanés+ (bidonvilles et taudis) sont légion », indique la Banque africaine de développement (BAD), partenaire du projet.

Un montant de 42,8 milliards FCFA (plus de 64 millions d’euros) était prévu pour l’indemnisation, selon la même source.

Une sortie de l’autoroute à péage à Thiaroye mène à un terrain vague puis à un chantier d’un marché en construction dans cette banlieue de Dakar, destinés à accueillir des expropriés. Des échoppes inachevées, d’où pendent jusque par terre des fils électriques, occupent une étendue d’herbes sauvages.

« Le chantier devait être livré depuis avril 2018 pour plus de 2.000 commerçants +déguerpis+ », affirme l’un d’eux, Ngagne Amar. « Des sites de recasement ont été prévus, pour des ménages et des commerçants notamment, mais aucun n’a été aménagé », se plaint Ibrahima Cissé.

– « Tout est transparent » –

« 98,8% des personnes affectées par le projet ont été indemnisées, soit un total de 15.780 » personnes physiques et morales, affirme à l’AFP le chargé de la libération des emprises à l’Apix, Yatma Dièye.

« Le paiement a commencé en février 2017. Tout a été transparent et fait selon les normes internationales. Des personnes ont été payées plusieurs dizaines de millions de FCFA et l’Etat travaille toujours sur le recasement des commerçants et des ménages », ajoute-t-il.

Beaucoup d’occupants de terrains situés dans l’emprise du TER à Dakar avaient un « titre précaire et révocable », selon un document administratif, sans préciser leur nombre.

Les personnes impactées par le TER ont en février « porté plainte contre l’Etat du Sénégal auprès de bailleurs, l’Agence française de développement (AFD) et la Banque africaine de développement (BAD) », dit M. Cissé. La BAD et l’AFD n’ont pas donné suite à notre demande d’informations.

« Les preuves reçues (des expropriés) étaient, de manière générale, faibles », dit M. Dièye, à propos de ces plaintes.

« Nous envisageons de bloquer le démarrage du TER le jour de l’inauguration, pour exiger la satisfaction de nos doléances », prévient M. Cissé.

LE JV2 AVEC AFP

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