Burkina Faso : qui sont les VDP, les Volontaires de défense pour la patrie ?

Un soldat marche près du quartier général de l'armée dans le centre de Ouagadougou, le vendredi 2 mars 2018. La police attribue l'attaque à des islamistes.
Un soldat marche près du quartier général de l’armée dans le centre de Ouagadougou, le vendredi 2 mars 2018. La police attribue l’attaque à des islamistes. AP Photo/ Ludivine Laniepce

Une embuscade menée par des groupes armés a conduit à la mort de 41 personnes, le 23 décembre 2021. L’attaque djihadiste visait notamment des Volontaires de défense pour la patrie (VDP), renfort indispensable de l’armée. Qui sont-ils ?

Dans sa lutte contre les groupes djihadistes, l’armée burkinabè, faible et mal équipée, s’appuie sur les Volontaires de défense pour la patrie (VDP), supplétifs civils formés en deux semaines.

  • Qui est à la tête des VDP ?

 L’embuscade meutrière du 23 décembre 2021 visait un convoi de commerçants, escorté par des VDP selon plusieurs médias nationaux. Plusieurs hommes dirigent les groupes de volontaires dans l’ensemble du pays.

Parmi les victimes du 23 décembre, figure Ladji Yoro, considéré comme un leader des VDP au Burkina Faso. Le président du pays, Roch Marc Christian Kaboré, a décrété dimanche 26 décembre 2021 un deuil national de 48 heures après l’attaque de djihadistes présumés. 

Peu avant, le chef de l’Etat avait déjà rendu hommage vendredi à Ladji Yoro. « Cet intrépide Volontaire pour la Défense de la Patrie doit être le modèle de notre engagement déterminé à combattre l’ennemi », avait tweeté le chef de l’Etat. 

Le ministère des Armées avait de son côté salué « l’héroïsme de Ladji Yoro » qui « a combattu jusqu’au sacrifice suprême ».

  • Quels sont les profils des VDP ?

Comme ses voisins malien et nigérien, le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés djihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique. La zone des « trois frontières », aux confins du Mali et du Niger, est particulièrement touchée.

Dans ce contexte, l’idée d’organiser une structure regroupant des volontaires civils a été lancée en novembre 2019 par le président Roch Marc Christian Kaboré, après le massacre d’un convoi minier (38 morts). Les VDP devaient aussi contrer ceux qui aident et informent des djihadistes localement.

Au lendemain d’une nouvelle attaque d’envergure, le Parlement a adopté la loi créant les VDP. Les VDP sont équipés d’armes légères ainsi que de moyens de communication et d’observation. Leur nombre n’est pas connu.

Depuis ces annonces, le gouvernement fait profil bas et ne communique pas sur les actions des VDP, une sorte d’omerta semble entourer le sujet.

Parmi les VDP, on dénombre des agriculteurs, des artisans tous originaires de territoires frappés par les attaques djihadistes. « On était fatigués d’être tués comme des poulets », explique ce cultivateur de 32 ans de Kongoussi (Nord). « On préfère se battre en espérant au moins sauver nos familles, nos villages » plutôt que de « regarder la mort venir ». 

Ces Volontaires connaissent mieux le terrain que les soldats et sont plus motivés pour défendre leurs régions, selon une source sécuritaire. Question salaire, « Aucun volontaire ne peut dire qu’il est payé. Chaque groupe perçoit 200.000 FCFA (300 euros) par mois pour les frais de fonctionnement – carburant et communications. Les populations viennent aussi en aide », explique un volontaire de Kongoussi. En outre, les marchands ou voyageurs rémunèrent leurs escortes.

Le mode d’enrôlement fait aussi débat. »Des groupes se constituent et prennent attache avec l’armée pour la formation. Beaucoup sont déjà actifs », affirme Drissa Traoré, alertant sur la création de « groupes communautaires accusés de traquer les Peuls ». 

Les Volontaires paient le prix du sang pour cet engagement. « Plus de 100 » ont été tués au combat en 2020 selon un VDP. D’autres ont été assassinés dans leurs villages par des djihadistes à cause de leur collaboration avec les FDS.

  • Comment les VDP soutiennent-ils l’armée ?

Une nouvelle attaque de djihadistes présumés a frappé le Burkina Faso cette semaine, avec la mort de 41 civils et supplétifs de l’armée dans une embuscade dans le nord du pays, où un deuil national de deux jours a été décrété. 

Une embuscade de groupes armés a visé jeudi des civils et des Volontaires de défenses pour la patrie (VDP), dans la zone de You (nord). Pour tenter d’empêcher la création des milices et renforcer l’armée, Niamey a lancé une campagne de formation et d’intégration dans la Garde nationale de jeunes des régions touchées par « le terrorisme ».

Quelque 500 d’entre eux ont déjà été recrutés dans la région de Diffa, dans le sud-est, théâtre d’attaques du groupe Boko Haram et de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), 500 autres de la région de Tillabéri et Tahoua devant l’être prochainement, selon un proche du président.

Un  VDP du Centre-Nord, âgé de 28 ans, affirme de son côté avoir contribué à « démanteler des bases terroristes », tout en disant ne pas comprendre la polémique les concernant. 

Au Burkina, les FDS sont accusées de graves bavures et d’exécutions de civils, notamment peuls, dans leur lutte contre les djihadistes. Mais les groupes d’autodéfense et les VDP ont la réputation d’être encore plus expéditifs.

« Des Volontaires de Namsiguia (Nord) ont été identifiés comme les auteurs de la mort de neuf personnes à Boulsi-Baogo. Début juin 2020, deux élèves ont été interceptés et froidement exécutés par des VDP à Tanwalbougou. L’un d’entre-eux est mort sur place. Le second qui a succombé plus tard a eu le temps de raconter », dit-il en détaillant d’autres exactions.

« Ce sont des escadrons de la mort qui ne sèment que désolation et consternation sous couvert de lutte contre le terrorisme », assure Moctar Diao, enseignant à l’Observatoire de la dignité humaine. 

Selon l’Observatoire pour la démocratie et les droits de l’Homme, ce « recrutement de volontaires sonne comme un aveu de l’incapacité des FDS à assurer seules la sécurité du territoire ». « La loi semble entériner ce qui existe discrètement déjà : l’armement, l’équipement et le financement des groupes d’autodéfense », accuse l’ONG burkinabé.

LE JV2 AVEC AFP

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