MH17: les suspects ont « servi leurs propres intérêts militaires », selon les procureurs néerlandais

Le tribunal chargé du procès des suspects accusés d'avoir abattu le vol MH17 de la Malaysia Airlines, le 8 décembre 2021 à Badhoevedorp, aux Pays-Bas

Le tribunal chargé du procès des suspects accusés d’avoir abattu le vol MH17 de la Malaysia Airlines, le 8 décembre 2021 à Badhoevedorp, aux Pays-Basafp.com – Sem van der Wal

Les quatre suspects accusés d’avoir abattu le vol MH17 de Malaysia Airlines survolant l’est de l’Ukraine en 2014, tuant les 298 personnes à son bord, ont servi « leurs propres intérêts militaires », ont assuré lundi les procureurs du tribunal néerlandais de Schiphol.

Les Russes Sergueï Doubinski, Igor Guirkine et Oleg Poulatov, ainsi que l’Ukrainien Leonid Khartchenko, quatre hauts gradés des séparatistes pro-russes de l’Est de l’Ukraine, sont accusés d’avoir abattu un vol MH17 avec un missile sol-air « BUK ».

Les procureurs néerlandais ont, en lançant la présentation de leur acte d’accusation, affirmé que les quatre suspects ont joué un rôle central dans l’acheminement d’une batterie antiaérienne BUK, probablement destinée à frapper un avion de guerre ukrainien.

« Si telle était leur intention, cela ne change rien à l’accusation d’en faire un acte criminel », a déclaré le procureur Thijs Berger aux juges.

« Une erreur de cible ne change rien à la preuve qu’un tel crime a été commis. »

Les suspects, qui ont tous refusé de participer au procès aux Pays-Bas et sont jugés en leur absence, « ont utilisé un missile BUK comme outil pour servir leurs propres intérêts militaires et ont avec ce dernier frappé le MH17 », a-t-il ajouté.

Une équipe internationale d’enquêteurs affirme que l’avion a été abattu au-dessus de la zone de conflit armé avec les séparatistes pro-russes, dans l’Est de l’Ukraine, par un missile amené d’une base militaire russe, probablement afin de lutter contre les forces ukrainiennes. Moscou a toujours nié toute implication.

M. Berger a déclaré que les hommes jugés « n’ont pas appuyé sur le bouton eux-mêmes, mais (…) l’ont utilisé pour leur lutte armée dans le but de détruire un avion ».

– ‘Peine maximale’ –

Seul M. Poulatov est représenté par des avocats.

Les procureurs vont détailler lundi et mardi les preuves, notamment les écoutes téléphoniques et électroniques, les circonstances entourant le tir de missile et les accusés eux-mêmes.

Les réquisitions devraient suivre mercredi et comprendront une « justification détaillée de la peine demandée », a déclaré à l’AFP un porte-parole du tribunal, précisant que « la peine maximale est la prison à perpétuité ».

Le verdict du tribunal de Schiphol, près d’Amsterdam et situé à quelques encablures de l’aéroport d’où le Boeing au destin tragique avait décollé, n’est pas attendu avant fin 2022.

Lors de l’ouverture du procès en mars 2020, les procureurs avaient déclaré que si le tribunal prononçait une condamnation, ils feraient tout ce qui est en leur pouvoir pour garantir que celle-ci soit exécutée, « que ce soit aux Pays-Bas ou ailleurs ».

Le plus connu des suspects, Igor Guirkine, 49 ans, surnommé « Strelkov » (« Tireur »), était l’un des principaux commandants des séparatistes du début du conflit contre l’armée ukrainienne, il y a cinq ans, et probablement leur représentant le plus médiatique à l’époque.

Sergueï Doubinski, 57 ans, serait lié au renseignement militaire russe. Oleg Poulatov, 53 ans, est un ancien membre des forces spéciales russes et adjoint de M. Doubinsky. Leonid Khartchenko, 48 ans, aurait dirigé une unité séparatiste dans l’est de l’Ukraine.

Les audiences interviennent sur fond de tensions russo-occidentales croissantes autour de l’Ukraine. Américains et Européens accusent Moscou d’y préparer une offensive militaire.

– Russie « corrompue » –

Le tribunal avait entendu des témoignages poignants de proches des victimes plus tôt cette année, partageant le chagrin causé par la perte d’enfants, de parents et de frères et sœurs, qui ont appelé la Russie « corrompue » à rendre justice.

Kiev combat une insurrection pro-Moscou dans deux régions séparatistes frontalières de la Russie depuis 2014, lorsque le Kremlin a annexé la péninsule de Crimée en Ukraine.

Les pays occidentaux ont imposé des sanctions sévères à la Russie au milieu de l’indignation internationale suscitée par le crash du vol MH17.

La Russie a récemment massé des troupes près des frontières de l’Ukraine. L’Occident l’a accusée pendant des semaines de planifier une invasion, menaçant Moscou de lourdes sanctions si elle lançait une attaque.

Moscou nie ces affirmations.

LE JV2 AVEC AFP

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