Présidentielle au Chili: un second tour polarisé comme jamais

Le candidat d'extrême droite José Antonio Kast vote pour le second tour de l'élection présidentielle au Chili le 19 décembre 2021

Le candidat d’extrême droite José Antonio Kast vote pour le second tour de l’élection présidentielle au Chili le 19 décembre 2021 afp.com – MAURO PIMENTEL

Tiraillés entre la peur et l’espoir, les électeurs chiliens votaient dimanche pour élire leur président parmi deux candidats aux projets de société diamétralement opposés offrant un second tour inédit depuis le retour de la démocratie en 1990.

Quelque 15 des 19 millions de Chiliens sont appelés à départager deux candidats au coude-à-coude dans les derniers sondages. Le nom du successeur de Sebastian Piñera devrait être connu peu après la fermeture des bureaux de vote à 21H00 GMT.

Gabriel Boric, député depuis 2014, mène une coalition de gauche avec le Parti communiste. Il se présente comme le candidat du changement et l’héritier politique du mouvement de 2019 pour davantage de justice sociale dans le pays le plus inégalitaire de l’OCDE.

Agé de 35 ans, l’âge minimum pour se présenter, l’ex-leader d’un mouvement étudiant en 2011 n’était pas attendu dans le sprint final il y a quelques mois seulement.

« Il est possible de faire un Chili plus humain, plus digne, plus égalitaire », a déclaré celui qui veut faire du Chili un « Etat-providence » après avoir voté dans sa ville natale de Punta Arenas, dans l’extrême sud du pays, sur le détroit de Magellan.

« Si nous perdons, nous le reconnaîtrons (…) Nous respecterons le résultat, quel qu’il soit, sans installer le voile du doute. Mais nous allons gagner et attendons une reconnaissance réciproque de la part de notre adversaire », a-t-il ajouté.

Il faisait référence aux craintes que le candidat d’extrême droite, José Antonio Kast, conteste la validité du processus électoral, comme l’ex-président américain Donald Trump qu’il dit admirer autant que celui du Brésil Jair Bolsanoro.

Répétant après avoir voté dans sa ville de Paine, à 30 km au sud de Santiago, être le candidat « de l’ordre, de la justice et de la sécurité », M. Kast, nostalgique de la dictature militaire d’Augusto Pinochet (1973-1990), dit s’attendre à un « résultat serré ».

Il a annoncé qu’en cas de défaite, il pourrait ne pas reconnaître le résultat de l’élection si l’écart entre les deux candidats était inférieur à 50.000 voix.

Arrivé en quatrième position en 2017 (7,93%), M. Kast a triomphé au 1er tour fin novembre (27,9% contre 25,8% à M. Boric) à la tête du parti d’extrême droite « Les Républicains » qu’il a lui même créé en 2018.

Il profite du rejet inspiré par le président conservateur Sebastian Piñera qui achève dans l’indifférence son second mandat (2010-2014 puis depuis 2018). La droite chilienne s’est donc rangée en ordre de bataille derrière lui.

Le programme économique ultralibéral de cet avocat de 55 ans propose de réduire encore plus les dépenses d’Etat et d’abaisser les impôts des entreprises pour créer de l’emploi.

Tout le contraire du programme du trentenaire Boric qui entend lancer une grande réforme fiscale pour faire participer les plus riches du pays –1% des habitants détenant 26,5% des richesses, selon une agence de l’ONU– à son programme redistributif d’un meilleur accès à la santé, à l’éducation, et la création d’un nouveau système de retraite, aujourd’hui entièrement privé.

– « Moindre mal » –

Mais dans un pays gouverné par le centre-droit et le centre-gauche depuis la fin de la dictature il y a 31 ans, les électeurs semblent animés par le rejet plutôt que par l’adhésion.

La campagne présidentielle a été rugueuse et « axée sur le discrédit du concurrent », a expliqué Marcelo Mella, politologue à l’Université de Santiago.

Après avoir voté, le président Piñera a lui aussi regretté une campagne dans « un environnement de polarisation excessive, de confrontation, de disputes ».

L’issue de ce scrutin indécis sera dictée par la captation des voix du centre et la mobilisation des abstentionnistes du 1er tour (53%).

« J’ai espoir que le Chili entre dans une nouvelle phase et puisse tester le concept d’Etat-providence », a déclaré en se rendant aux urnes Sebastian Vera, 35 ans, professeur d’histoire et partisan de Gabriel Boric.

Mais si Antonio Kast l’emporte, il dit craindre « un retour en arrière (…) où notre système néolibéral deviendra encore plus impitoyable qu’il ne l’est déjà ».

Nataly Hidd, une fonctionnaire de 32 ans, dit aussi avoir « peur de ce qui peut arriver » à son pays après le vote, certaine qu’il « y aura des protestations d’une manière ou d’une autre ».

Nicolas Julio, étudiant de 21 ans, est lui « perdu ». Il ne fait « confiance à aucun des deux » et ne savait pas encore sur le chemin du bureau de vote quel était le candidat du « moindre mal ».

LE JV2 AVEC AFP

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