Dans le nord-ouest de la Centrafrique, la faim le dispute à l’insécurité

Une mère attend au centre de santé qu'un agent de santé examine son enfant à Paoua, le 3 décembre 2021
Une mère attend au centre de santé qu’un agent de santé examine son enfant à Paoua, le 3 décembre 2021 afp.com – Barbara DEBOUT

L’instrument de mesure encercle le petit bras de Séverine. Verdict: un centimètre et demi de diamètre, bien trop peu pour un bébé de 12 mois. Le nourrisson famélique ne cesse de pleurer. Le lait de sa mère, également mal nourrie, ne suffit plus à le rassasier.

A Paoua, à 500 km au nord-ouest de la capitale centrafricaine Bangui, l’insécurité provoque une crise humanitaire majeure dans ce pays parmi les plus pauvres du monde et en guerre civile, même si les rebelles ont été chassés de leurs bastions près d’un an après leur offensive.

Les locaux du centre de santé de cette ville de quelque 47.000 habitants sont bondés. Un petit garçon de deux ans hurle quand sa mère le dépose délicatement dans une bassine suspendue à une balance.

« Chez nous, il n’y a pas de nourriture », se désole la jeune femme de 22 ans. « Je vois qu’il n’est pas bien parce qu’il pleure tout le temps et ne joue plus », ajoute-t-elle, désemparée.

La jeune mère est venue chercher des sachets de pâtes nutritives fournis par le Programme alimentaire mondial (PAM). Comme de nombreux habitants, elle souffre de la faim. « C’est la pathologie la plus fréquente ici », assure à l’AFP le chef du centre de santé Modeste Loyo Motayo. « Elle est liée à la pauvreté et à l’insécurité, le conflit empêche les habitants de cultiver et il est difficile d’avoir une activité génératrice de revenus ».

Mais l’ampleur de la crise alimentaire qui frappe en ce moment cette région du nord-ouest est sans précédent. Si le PAM estime que 42% de la population centrafricaine souffre de la faim, dans la préfecture de l’Ouham-Pendé, dont le chef-lieu est Paoua, « la situation est encore plus critique avec 61% de la population en phase 3 de crise et en phase 4 d’urgence alimentaire », précise Mahoua Coulibaly, responsable local de l’agence onusienne.

Au marché, situé en plein coeur de Paoua, les étals sont clairsemés. Les fruits et légumes manquent. L’insécurité provoque des difficultés d’approvisionnement. « Tout devient plus cher », se désole Abas Mahamat, membre du syndicat des transporteurs de Paoua. « Comment va faire la population ? », s’interroge-t-il.

La région est encore le théâtre régulier d’affrontements entre les rebelles, qui se sont regroupés sur la frontière tchadienne toute proche, et les forces pro gouvernementales. Fin novembre, une trentaine de civils et deux militaires ont été tués. Les autorités ont pointé du doigt les 3R (Retour, Réclamation, Réhabilitation), un des plus puissants de tous les groupes armés qui occupaient, il y a un an encore, deux tiers de la Centrafrique.

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– « Torturés » –

Le deuxième pays le moins développé au monde, selon l’ONU, est le théâtre depuis 2013 d’une guerre civile, même si elle a considérablement baissé d’intensité depuis quatre ans.

Certains groupes rebelles avaient lancé, fin décembre 2020, une nouvelle offensive contre le régime du président Faustin Archange Touadéra à la veille de la présidentielle.

Ce dernier a été finalement réélu et son armée a aujourd’hui largement reconquis le territoire, mais grâce à l’appui de centaines de paramilitaires russes, des mercenaires de la société privée de sécurité russe Wagner qui, selon l’ONU et la France, exercent une forte influence sur Bangui.

Le harcèlement des rebelles désormais éparpillés en brousse a poussé de nombreux ruraux à se réfugier à Paoua, comme dans d’autres villes du pays. Dans le quartier de Bimbi, à quelques minutes du centre-ville, une vingtaine de déplacés partagent une modeste casserole de feuilles de manioc.

Simplice Massemba montre la pièce exiguë dans laquelle il dort avec sept autres personnes. En juin, les 3R ont attaqué son village. « Ils ont tué des habitants et pris nos maisons (…) nous avons fui sans rien emporter avec nous », confie-t-il.

Comme plus d’une centaine d’autres déplacés originaires de la région, ils ont trouvé refuge chez une famille d’accueil. Mais l’endroit n’est pas adapté. « Beaucoup dorment sur des nattes dehors » ajoute M. Massemba.

A ses côtés, Michel Gotto, 77 ans, a des difficultés à rester debout. « J’étais au champ avec mes enfants lorsque les rebelles des 3R sont arrivés et nous ont torturés », raconte le chef du village de Doula, à 50 km de Paoua. Les combattants occupent toujours sa localité. « Je veux juste rentrer chez moi » lâche-t-il.

LE JV2 AVEC AFP

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