Bélarus: le mari de la principale opposante condamné à 18 ans de prison

Dmitry Popov, Artyom Sakov, Igor Losik, Vladimir Tsyganovich, Sergei Tikhanovsky et Mikola Statkevich de (G à D) lors de leur procès à Gomel, dans le sud-est du pays, le 14 décembre 2021

Dmitry Popov, Artyom Sakov, Igor Losik, Vladimir Tsyganovich, Sergei Tikhanovsky et Mikola Statkevich de (G à D) lors de leur procès à Gomel, dans le sud-est du pays, le 14 décembre 2021 afp.com – Sergei Kholodilin

Un tribunal bélarusse a condamné mardi à de lourdes peines de prison plusieurs détracteurs du régime du président Alexandre Loukachenko, notamment Sergueï Tikhanovski, mari de la pasionaria de l’opposition Svetlana Tikhanovskaïa.

Le vidéo-blogueur de 43 ans a été condamné à 18 ans de prison pour « organisation de troubles massifs », « incitation à la haine dans la société », « troubles à l’ordre public » et « obstruction à la Commission électorale ».

Une autre figure majeure de l’opposition, Mikola Statkevitch, 65 ans, candidat à la présidentielle de 2010 ayant déjà passé plusieurs années en prison, a lui été condamné à 14 ans de détention.

Autres coaccusés, Artiom Sakov et Dmitri Popov, qui travaillaient pour M. Tikhanovski, ont écopé d’une peine de 16 ans. Vladimir Tsyganovitch, Youtubeur critique du pouvoir, et Igor Lossik, journaliste d’opposition de 29 ans, sont tous deux condamnés à 15 ans d’emprisonnement.

Contrainte à l’exil depuis l’été 2020 pour avoir inspiré une vague de contestation sans précédent au Bélarus, Svetlana Tikhanovskaïa, 39 ans, a immédiatement dénoncé ce verdict très lourd.

– « Nous n’arrêterons pas » –

« Le dictateur (M. Loukachenko) se venge publiquement de ses opposants les plus forts », a-t-elle réagi sur Twitter, promettant de continuer son combat. « Nous ne nous arrêterons pas », a-t-elle prévenu, relevant que « le monde entier regarde » la répression au Bélarus.

Peu après, dans une interview à Radio Liberty, elle a appelé son époux à être « fort ». A l’ensemble des condamnés, elle a lancé: « Vous êtes nos héros », invitant les Bélarusses en exil à écrire des lettres aux détenus pour leur donner de l' »énergie ».

Quelques heures avant le verdict, elle avait publié une vidéo, flanquée d’un portrait de son époux, disant qu’elle allait « continuer de défendre cet homme que j’aime » et se disant prête « à l’impossible » pour accélérer leurs retrouvailles.

Sergueï Tikhanovski était un Youtubeur connu pour ses vidéos éreintant Alexandre Loukachenko. Il a été arrêté en mai 2020 alors qu’il projetait de se présenter à la présidentielle du mois d’août.

Sa femme Svetlana, sans expérience politique, l’avait remplacé au pied levé « par amour », mobilisant à la surprise générale des foules jamais vues contre Alexandre Loukachenko, une contestation que le régime a durement réprimée.

M. Tikhanovski et ses coaccusés étaient jugés depuis juin à huis clos. Presque aucune information n’a filtré sur ce procès. Les avocats de la défense ont été interdits de s’exprimer sous peine de perdre le droit d’exercer.

– Accusations « imaginaires » –

« J’estime que (ces accusations) sont imaginaires et motivées politiquement », avait indiqué M. Tikhanovski dans une lettre fin mai au média allemand Deutsche Welle.

« J’ai refusé de participer à ce +procès+ me visant », a déclaré Mikola Statkevitch dans un courrier envoyé à sa femme Marina Adamovitch. Cette dernière a raconté mardi sur Radio Liberty que les condamnés n’avaient pas parlé lors du procès et s’est dite confiante « que ce verdict ne sera pas appliqué ».

En 2021, la justice bélarusse avait déjà condamné l’ex-banquier et candidat à la présidentielle Viktor Babaryko et sa directrice de campagne, Maria Kolesnikova à respectivement 14 et 11 ans de prison.

Parmi les figures de l’opposition de premier plan, M. Tikhanovski a donc écopé de la plus lourde peine.

Selon l’ONG Viasna, le Bélarus compte actuellement 912 prisonniers politiques. Mais selon Svetlana Tikhanovskaïa, il y en aurait « beaucoup plus ».

Cette ancienne enseignante d’anglais est devenue l’égérie des détracteurs de M. Loukachenko, contre qui elle a fait campagne lors de la présidentielle de 2020.

Mais peu après, le régime l’a forcée à l’exil et, depuis, elle sillonne le monde, reçue par les chefs d’Etat et de gouvernements occidentaux, pour accroître la pression sur le président bélarusse.

Pour dénoncer la répression, l’Union européenne, les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux ont pris plusieurs séries de sanctions contre des personnalités et entreprises liées au régime, qui s’est rapproché en contrepartie de Moscou, son principal allié.

Début décembre, les Occidentaux ont à nouveau sanctionné Minsk, accusé malgré ses dénégations d’avoir orchestré une crise migratoire à sa frontière avec la Pologne pour se venger et tenter de déstabiliser l’Union européenne.

M. Loukachenko peut compter, lui, sur le soutien de son homologue russe Vladimir Poutine.

LE JV2 AVEC AFP

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