Veillée pour Tiananmen à Hong Kong: le magnat des médias Jimmy Lai fier et prêt à « endurer » sa peine

Jimmy Lai (d) escorté par des policiers à son arrivée au tribunal de Hong Kong, le 1er février 2021

Jimmy Lai (d) escorté par des policiers à son arrivée au tribunal de Hong Kong, le 1er février 2021 afp.com – STR

Jimmy Lai, le magnat de la presse de Hong Kong emprisonné, s’est dit fier d’être condamné lundi, aux côtés de sept autres militants pro-démocratie, pour sa participation en 2020 à un rassemblement interdit pour commémorer la répression de la place Tiananmen.

A 74 ans, le propriétaire de l’Apple Daily, un journal pro-démocratie aujourd’hui fermé, a écopé de 13 mois de détention.

« Si commémorer ceux qui sont morts à cause de l’injustice est un crime, alors infligez-moi ce crime et laissez-moi endurer ma peine, afin que je partage le fardeau et la gloire de ces jeunes hommes et femmes qui ont versé leur sang le 4 juin » 1989, lorsque l’armée chinoise avait violemment réprimé le mouvement pro-démocratie place Tiananmen à Pékin, a écrit M. Lai dans une lettre lue lundi par son avocat, Robert Pang, au tribunal. « Souvenez-vous de ceux qui ont versé le sang mais ne vous souvenez pas de la cruauté (…) Que le pouvoir de l’amour l’emporte sur le pouvoir de la destruction ».

La semaine dernière, il avait été reconnu coupable de rassemblement illégal avec sept autres prévenus, parmi lesquels l’ancienne journaliste Gwyneth Ho et l’avocate Chow Hang-tung.

Ce groupe de huit militants pro-démocratie, qui avait plaidé coupable, a été condamné à des peines allant de 4 à 14 mois de prison pour avoir bravé l’interdiction de se rassembler le 4 juin 2020, officiellement en raison du Covid-19.

Des milliers de personnes avaient pris part à cette veillée dans le parc Victoria, au coeur de la ville.

Ces rassemblements, organisés depuis plus de trois décennies, étaient un des symboles des libertés politiques dont jouissait le territoire.

Cette année, Pékin a clairement indiqué que ces commémorations ne seraient plus tolérées ni à Hong Kong ni à Macao.

La vingtaine d’autres militants et responsables politiques pro-démocratie, poursuivis pour les mêmes faits, ont tous déjà plaidé coupable d’incitation et participation à un rassemblement illégal.

A travers des discours ou des interviews, certains avaient appelé les Hongkongais à allumer des bougies pour commémorer Tiananmen.

D’autres, comme M. Lai, se sont contentés de se rendre à l’événement et d’allumer une bougie – une action qui, selon la juge Amanda Woodcock, est, en raison de sa notoriété, une « incitation » à participer à un rassemblement illégal.

– « Effacement » de l’histoire » –

Chow Hang-tung, une avocate qui a assuré elle-même sa défense, condamnée à 13 mois de prison, a fustigé la justice hongkongaise et comparé sa condamnation à « une étape dans l’effacement systémique de l’histoire, à la fois du massacre de Tiananmen et de la propre histoire de résistance civique de Hong Kong ».

« Les gens mus par leur conscience ne peuvent pas se laisser décourager par la détention », a ajouté Mme Chow, assurant « que la lumière de la bougie continuera à vivre, malgré les interdictions et les lois toujours plus restrictives ».

La juge Woodcock avait déjà rejeté l’argument selon lequel les autorités restreignent la liberté d’expression. Elle avait affirmé la semaine dernière que les personnes qui s’étaient rendues au parc Victoria participaient à « un acte de défiance et de protestation à l’encontre la police ».

Lundi, elle a déclaré que les accusés méritaient une peine « dissuasive et punitive ».

Lee Cheuk-yan, un éminent militant de l’Alliance de Hong Kong, le groupe qui organisait ces veillées, a été condamné à la plus lourde peine, soit 14 mois de prison.

Ces condamnations ne changeront rien au destin de la plupart de ces militants, déjà condamnés à de la détention. Avec la confusion des peines, ils passeront quelques semaines voire quelques mois de plus derrière les barreaux.

M. Lai, Mme Chow et Mme Ho font déjà l’objet de poursuites distinctes en vertu de la loi sur la sécurité nationale, des faits passibles de la détention à perpétuité.

Il y a quelques mois, 16 responsables politiques et militants, parmi lesquels Joshua Wong, le visage le plus connu de la contestation hongkongaise, avaient été condamnés à des peines de 6 à 10 mois d’emprisonnement pour leur participation en 2020 à cette veillée. Quelques-uns avaient écopé de peines avec sursis.

LE JV2 AVEC AFP

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