Militaires renversés à Levallois: trente ans de réclusion requis contre le conducteur

Des journalistes derrière un cordon de police installé près du lieu ont été renversés des militaires de l'opération Sentinelle, le 9 août 2017 à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine

Des journalistes derrière un cordon de police installé près du lieu ont été renversés des militaires de l’opération Sentinelle, le 9 août 2017 à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine afp.com – STEPHANE DE SAKUTIN

L’accusation a requis lundi une peine de trente ans de réclusion à l’encontre d’Hamou Benlatreche, jugé à Paris pour avoir renversé une patrouille de militaires en août 2017 à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), estimant que l’attaque présentait « tous les marqueurs » des attentats préconisés par les organisations jihadistes.

Cette peine devrait être « assortie d’une période de sûreté » de vingt années et d’une « interdiction définitive du territoire français », a poursuivi l’avocat général, estimant que cet Algérien de 41 ans, « accueilli en France pour être soigné, ne peut plus être maintenu dans le pays dans lequel il a souhaité semer la terreur ».

« S’il est heureux que le bilan » de l’attaque – six blessés dont trois sérieusement – ait été « moins dramatique que bien d’autres, cet attentat présente tous les marqueurs de l’insertion dans la séquence terroriste des années 2016-2017 », avec un auteur « isolé » prenant pour cible des militaires au moyen d’une voiture-bélier, a décrit le représentant du parquet national antiterroriste (Pnat) devant la cour d’assises spéciale.

Concernant la proximité de l’accusé avec les idées jihadistes, niée par l’intéressé, l’avocat général a souligné que si l’accusé ne correspondait pas à la « caricature » du jihadiste, « des affinités avec les mouvements terroristes » ne pouvaient pas pour autant être écartées.

Selon lui, ses recherches internet sur « la licéité du meurtre dans l’islam », les vidéos dans son téléphone incitant à la haine envers les chrétiens et Israël, ainsi que les témoignages de deux altercations dans la mosquée qu’il fréquentait « montrent une lecture exclusiviste, violente de la religion », qui « divise le monde entre les bons qui croient et les mauvais qui ne croient pas dans cette religion ».

– « Apparences contre lui » –

Jugé depuis une semaine pour « tentative d’assassinats sur personnes dépositaires de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste », Hamou Benlatreche encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le 9 août 2017, au volant de son VTC, il avait fauché des militaires de l’opération Sentinelle qui s’apprêtaient à partir en patrouille, avant de prendre la fuite et d’être interpellé, cinq heures plus tard, près de Calais (Pas-de-Calais).

Six militaires ont été blessés, dont trois sérieusement, et au total neuf d’entre eux sont reconnus comme « victimes potentielles », a indiqué vendredi le président de la cour.

L’Algérien, arrivé en France en 2009 pour raisons médicales – il souffre d’un cavernome du tronc cérébral, une malformation des vaisseaux sanguins du cerveau – a toujours affirmé qu’il s’agissait d’un accident. Selon lui, il a perdu le contrôle de son véhicule à cause d’un malaise et sa jambe droite est alors restée enfoncée sur l’accélérateur.

« Une défense basée sur des fictions », « une succession de mensonges et d’approximations », a balayé l’avocat général, soulignant que les images de la scène, filmée par des caméras de vidéo-surveillance, les témoignages des militaires et de riverains, ainsi que deux expertises médicales ont mis à mal cette version des faits.

« On ne peut qu’être en colère (…) contre ses mensonges », a estimé lors de sa plaidoirie Laurent-Franck Liénard, avocat des neuf militaires, aujourd’hui « broyés », « seuls avec leurs douleurs, seuls avec leurs séquelles ».

« Ce que vous avez à juger, c’est bien un acte terroriste, (…) « certainement un acte d’opportunité », a-t-il ajouté.

L’avocate d’Hamou Benlatreche s’est au contraire attachée à démontrer à la cour qu’il y avait de la place pour le « doute » dans ce dossier, listant les failles que présentent selon elle l’enquête policière et l’instruction.

Certes, « les apparences jouent contre lui », mais les experts médicaux appelés à la barre « ont été bien moins affirmatifs à l’oral » que dans leurs rapports écrits, a fait valoir Laeka Valimamode.

« Comment pouvait-il savoir qu’il y aurait une relève (des militaires) à cette heure-ci? », « Pourquoi ne supprime-t-il pas son historique de navigation et les images sur son téléphone? Pourquoi utilise-t-il son véhicule personnel qui permet de le géolocaliser? », a-t-elle énuméré, ajoutant que son réservoir était vide le matin des faits, qu’il avait ensuite payé de l’essence avec sa carte bancaire lors de sa fuite, ou encore qu’il n’avait pas emporté son passeport.

« Les auteurs d’actes prémédités ne pensent pas à tout. Mais de là à ne penser à rien? », a poursuivi l’avocate, qui demande que son client soit condamné seulement pour « blessures involontaires ».

L’audience est suspendue, dans l’attente du verdict.

LE JV2 AVEC AFP

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