A Nouméa, des bureaux de vote à l’affluence contrastée

Un électeur vote au 3e référendum d'autodétermination, le 12 décembre 2021 à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie

Un électeur vote au 3e référendum d’autodétermination, le 12 décembre 2021 à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie  afp.com – Theo Rouby

A l’image de la scène politique, les bureaux de vote de Nouméa étaient coupés en deux dimanche pour le troisième référendum sur l’indépendance: dans les quartiers populaires kanak, quasiment pas un chat, dans les autres, les électeurs formaient des files d’attente.

« Ce référendum n’a pas trop de sens car la moitié de la population a décidé de ne pas voter. Je suis venue par civisme, ce qui m’intéresse c’est la société qu’on va construire après », confie Cathy, libraire à Nouméa.

Après 45 minutes d’attente sous une chaleur écrasante, elle a pu glisser son bulletin dans l’urne, au bureau Candide-Koch du quartier mixte de la Vallée des Colons.

« Je suis chef d’entreprise, j’ai investi dans ce pays. Il faut rester dans la France. On a vraiment besoin de sortir de ce marasme économique car on est pénalisé par la crise sanitaire et ces référendums à répétition », observe non loin Sabrina, Bordelaise présente depuis près de 30 ans sur le Caillou.

Ultime référendum du processus de décolonisation de l’accord de Nouméa (1998), le scrutin de dimanche en Nouvelle-Calédonie devait être déterminant pour l’avenir de l’archipel.

Mais les indépendantistes, qui ont invoqué une « campagne équitable impossible » en raison de l’épidémie de Covid-19 qui sévit depuis septembre, ont décidé de bouder le rendez-vous. Dès le 20 octobre, ils ont annoncé qu’ils ne participeraient pas « à ce référendum, qui n’aura pas de légitimité politique ».

– morne ambiance –

Au nord de Nouméa, dans la cité populaire de Montravel, les leaders du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) ont visiblement été entendus.

Dans la cour de l’école Gustave Mouchet où se trouvent deux bureaux de vote, à peine plus d’une vingtaine d’électeurs patientent, dans une morne ambiance, et sous la surveillance de policiers.

« Ce n’est pas comme en 2018 et 2020 où c’était plein à craquer avec des drapeaux kanak partout et une atmosphère de fête », lâche un peu nostalgique Sylvia, en allusion aux deux premiers référendums où la participation avait crevé les plafonds, 81% et 85,6%. Les pro-France l’avaient chaque fois emportés, totalisant 56,7% puis 53,3% des voix.

A l’ombre d’un flamboyant en fleurs, un groupe d’habitants d’origine kanak profite de quelques souffles d’air, « en ce dimanche comme les autres ».

« On ne vote pas. Et on est en deuil à cause de l’épidémie, qui a tué surtout des Kanak. On ne voulait pas de ce référendum, il faudra en refaire un autre, un vrai », maugrée Patrick, « en colère » face « au dispositif de sécurité démesuré et provocateur » déployé par l’Etat.

« On dirait que c’est la guerre », poursuit le père de famille. Dimanche, à la mi journée, à part une tentative de barrage routier à l’île des Pins, aucun incident n’était signalé par les autorités.

A quelques encablures à la Vallée du Tir, majoritairement kanak et indépendantiste, les responsables des trois bureaux décentralisés de l’île des Pins et de celle de Maré, installés dans une immense salle de sport non climatisée, s’ennuient ferme.

« Il fait tellement chaud à l’intérieur qu’on se met dehors, de toute façon il n’y a personne », se lamente Marie, assesseur.

– main tendue –

A cause des conditions sanitaires, la mairie de Nouméa a élargi les horaires d’ouverture des bureaux de 7 heures à 19 heures, au lieu de 8 heures à 18 heures d’habitude.

« On va faire notre boulot mais la journée risque d’être rudement longue », poursuit la jeune femme, couronne végétale tressée sur la tête.

Dans la salle, Yann Cattin, un magistrat venu d’Aix-en-Provence, membre de la commission de contrôle qui veille à la régularité du scrutin, est en nage car « en plus il y a le masque ».

A 11 heures, 21 électeurs sur les 178 inscrits s’étaient présentés.

A l’école Yvonne Dupont, au sud de Nouméa dans les quartiers résidentiels de l’Anse Vata, les électeurs, tous d’origine européenne, vont et viennent.

« Je vote pour montrer mon attachement à ce que la Nouvelle-Calédonie reste française. Je pense qu’on va trouver ensuite quelque chose de moins binaire pour vivre ensemble », espère Jean-Paul, retraité, venu voter avec sa femme et sa fille.

Il se félicite aussi de la présence à Nouméa depuis vendredi du ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, « quelqu’un d’actif qui montre que dès le lendemain du référendum la main sera tendue » pour discuter.

LE JV2 AVEC AFP

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