En Afghanistan, sur les traces du mystérieux « chef suprême » des talibans

Photo non datée diffusée par les talibans le 25 mai 2016 du mollah Hibatullah Akhundzada

Photo non datée diffusée par les talibans le 25 mai 2016 du mollah Hibatullah Akhundzada afp.com – STR

Depuis plus de trois mois, l’Afghanistan des talibans est dirigé par un être invisible. Dans son bastion du sud, le chef suprême, mollah Hibatullah Akhundzada, reste le secret le mieux gardé du pays, vénéré par ses partisans mais si discret que certains experts doutent qu’il soit toujours en vie.

Le 30 octobre en début de soirée à Kandahar, « capitale de l’ombre » du nouveau régime, dans le sud afghan, la rumeur enfle. Le « chef suprême » a prononcé un discours dans une école coranique de la ville. Il s’agirait de sa première apparition publique officielle depuis sa nomination en 2016.

A Kaboul, l’état-major taliban finit par confirmer l’information à 23h30, enregistrement audio de 10 minutes et 30 secondes à l’appui.

La bande son crépite. « Que Dieu récompense le peuple d’Afghanistan qui a lutté contre les infidèles et l’oppression pendant 20 ans ». La voix d’un homme âgé, perdue dans un écho, psalmodie des bénédictions.

L’existence du « Commandeur des croyants » taliban, auquel Al-Qaïda a prêté allégeance, n’était jusque-là attestée que par de rares messages écrits qui lui étaient attribués lors des fêtes islamiques.

Jusqu’à la prise de pouvoir des fondamentalistes à la mi-août, personne, hors de cercles talibans rapprochés, ne savait où il se trouvait.

Barbe grise, nez large et regard sombre pointé sur l’objectif: une seule photo de lui a émergé en 2016 et elle date d’une vingtaine d’années selon les talibans. Akhundzada aurait désormais entre 60 et 70 ans, selon des témoignages recoupés.

« Il est vivant et en bonne santé, et se trouve à Kandahar d’où il dirige le mouvement taliban », martèle son entourage.

– L’apparition –

Dans l’un des faubourgs les plus pauvres de Kandahar, entre une rivière de détritus et une allée de terre battue, deux talibans montent la garde devant le portail bleu et blanc de la madrassa Hakimia, où certains curieux se pressent de loin depuis la visite consacrée du 30 octobre.

Ce jour-là, le chef suprême était accompagné de « trois gardes » et « était lui-même armé », témoigne auprès de l’AFP, Massum Shakrullah, le chef de la sécurité du centre d’étude coranique.

« Il a choisi une madrassa d’un quartier pauvre » qui a fourni pendant 20 ans aux talibans nombre de jeunes combattants morts « en martyrs », souligne le mollah Saeed Ahmed, directeur du centre où étudient 600 garçons et adolescents.

Etait-ce bien le chef suprême des talibans qui a parlé ce soir là? « Nous le regardions tous et nous pleurions », témoigne un mois plus tard auprès de l’AFP, Mohammed, 19 ans, qui dit avoir été trop ému sur le moment pour « prêter attention à son visage ».

Mohammed Musa, 13 ans, qui était au moment du discours à « 100 ou 200 mètres » du chef suprême, assure que ce dernier « ressemblait parfaitement » à la photo qui circule de lui depuis 2016.

Tous racontent qu’il était vêtu de blanc et d’un turban tantôt noir, tantôt blanc.

Aucune vidéo ou photo n’a filtré de cette visite inédite, avant laquelle les talibans avaient confisqué les téléphones portables des centaines de témoins.

– « Hibatullah est mort » –

Cette apparition « a fait taire les rumeurs et la propagande à son propos », juge le directeur de la madrassa.

Mais il en faudra plus pour convaincre certains cadres de l’ancien régime afghan, qui soupçonnent qu’Akhundzada est mort depuis déjà une voire plusieurs années.

Ils voient dans l’épisode de la madrassa une mise en scène, qui en rappelle une autre: la mort en 2013 du mollah Omar, fondateur mythique des talibans. Les talibans l’ont cachée pendant deux ans, avant de la confirmer en 2015 lorsque le secret a été éventé par leurs ennemis du NDS, les services de renseignement du gouvernement de l’époque.

« Il est mort depuis longtemps et n’a eu aucun rôle dans la prise de Kaboul », affirme à l’AFP un responsable du NDS, qui assure qu’Akhundzada a été tué en août 2019 dans une attaque-suicide à Quetta, un sanctuaire pakistanais des talibans.

D’autres services de sécurité étrangers jugent ce scénario crédible, a appris l’AFP.

Les rumeurs de mort ne sont « ni infirmées, ni confirmées », admet une source sécuritaire régionale, qui penche toutefois du côté du NDS, estimant l’émir absent des affaires du nouveau régime.

Interrogés par l’AFP sur le sujet, le Pentagone et la CIA n’ont pas souhaité répondre.

– Jeune prodige –

Dans le district de Panjwai, un vaste plateau aride à la sortie de Kandahar, tout le monde connaît le village des Akhundzada, une lignée de théologiens respectés.

Deux combattants islamistes enfourchent leu

LE JV2 AVEC AFP

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