Soudan: manifestations et lacrymogènes malgré le retour du Premier ministre

Des Soudanais manifestent à Khartoum contre le coup d'Etat militaire, le 21 novembre 2021

Des Soudanais manifestent à Khartoum contre le coup d’Etat militaire, le 21 novembre 2021 afp.com – –

La police a tiré dimanche des grenades lacrymogènes sur des milliers de manifestants à Khartoum, aux portes du palais présidentiel où le Premier ministre Abdallah Hamdok est arrivé pour retrouver son poste près d’un mois après le putsch militaire.

Alors que M. Hamdok retrouvait sa liberté de mouvement après environ un mois de résidence surveillée, les manifestants ont continué à dire « Non au pouvoir militaire » et « Non au général Abdel Fattah al-Burhane », le chef de l’armée et auteur du putsch du 25 octobre.

Car si des médiateurs ont annoncé un accord pour un retour à des autorités de transition civilo-militaires selon le partage du pouvoir décidé en 2019 après le renversement du dictateur Omar el-Béchir, la mobilisation de la rue ne faiblit pas.

Malgré 40 morts et des centaines de blessés depuis le 25 octobre, les manifestants sont sortis par milliers à Khartoum et dans sa banlieue, à Kassala et Port-Soudan, (est) ou encore à Atbara (nord), dans un pays quasiment en continu sous la férule de l’armée depuis son indépendance il y a 65 ans.

Les forces de sécurité ont tiré des grenades lacrymogènes sur les manifestants rassemblés à Khartoum devant l’ancien palais de Béchir, devenu siège du Conseil de souveraineté dirigé par le général Burhane, a constaté un correspondant de l’AFP.

C’est là où les deux hommes doivent signer sous peu l’accord prévoyant la réinstallation de M. Hamdok à la tête du gouvernement et la libération des ministres et dirigeants civils arrêtés le 25 octobre.

– Médiations –

Depuis le putsch, ambassadeurs occidentaux, négociateurs onusiens ou africains et personnalités de la société civile soudanaise ont multiplié les rencontres avec civils et militaires pour relancer une transition censée mener le pays vers des élections libres en 2023 après 30 ans de dictature militaro-islamiste de Béchir, écarté par l’armée sous la pression de la rue.

« Un accord politique a été conclu entre le général Burhane, Abdallah Hamdok, les forces politiques et des organisations de la société civile pour un retour de M. Hamdok à son poste et la libération des détenus politiques », a déclaré à l’AFP le médiateur soudanais, Fadlallah Burma, un dirigeant du parti Oumma.

« L’accord sera officiellement annoncé plus tard dans la journée, après la signature des termes de l’accord et de la déclaration politique l’accompagnant », ajoute un communiqué des médiateurs, sans préciser quand ce nouveau pouvoir prendra effet.

Les Forces de la liberté et du changement (FLC), principal bloc pro-civils au Soudan, ont d’emblée rejeté l’accord.

« Nous réaffirmons clairement qu’il n’y a pas de négociation, ni de partenariat » avec « les putschistes », ont-elles affirmé, appelant à traduire les généraux en justice pour leur répression sanglante des manifestations.

– « Nous refusons » –

« Nous refusons tout accord qui permettra aux putschistes de rester au sein d’une quelconque autorité de transition », a renchérit l’Association des professionnels soudanais, fer de lance de la révolte de 2019.

Et pour ajouter à l’imbroglio, le parti Oumma, dont est pourtant issu Fadlallah Burma qui a annoncé l’accord, a affirmé « refuser tout accord politique qui ne s’attaque pas aux racines de la crise créée par le putsch militaire ».

Quelques jours avant l’annonce de l’accord, le général Burhane semblait pourtant déterminé à laisser le pouvoir aux mains des militaires malgré les appels de la communauté internationale et des manifestants à un retour du pouvoir civil.

Il s’est ainsi renommé à la tête du Conseil de souveraineté, plus haute autorité de la transition, avec son second le général Mohammed Hamdane Daglo, après y avoir remplacé les membres pro-civils par des civils apolitiques.

Depuis le 25 octobre, les Soudanais sont descendus plusieurs fois par dizaines de milliers dans les rues pour conspuer l’armée et exiger le retour du pouvoir civil. Et la communauté internationale a régulièrement dénoncé la répression, appelant à remettre la transition démocratique sur les rails.

La police assure elle n’avoir jamais ouvert le feu et ne recense officiellement qu’un seul mort et 30 blessés parmi les manifestants du fait, selon elle, du gaz lacrymogène.

LE JV2 AVEC AFP

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