Soudan : le retour d’Abdallah Hamdok, visage civil de la transition et homme du consensus

Le premier ministre soudanais, Abdalla Hamdok, annonce la formation d'un nouveau cabinet à Khartoum, le 8 février 2021.

Le premier ministre soudanais, Abdalla Hamdok, annonce la formation d’un nouveau cabinet à Khartoum, le 8 février 2021. Marwan Ali (AP)

L’assignation à résidence du premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, a été levée, dimanche 21 novembre, quasiment un mois après le putsch du 25 octobre. Celui qui est devenu le symbole de la résistance aux militaires doit retrouver ses fonctions après un accord conclu avec le général Abdel Fattah al-Burhane. 

Abdallah Hamdok, le technocrate devenu le visage civil de la transition vers la démocratie au Soudan, est en passe de retrouver le poste dont il a été déchu.
 
Un mois après avoir été écarté du pouvoir puis placé en résidence surveillée par les généraux et auteurs du putsch du 25 octobre, il doit, selon les termes d’un accord conclu, dimanche 21 novembre, avec le général Abdel Fattah al-Burhane, reprendre la tête du gouvernement.
 

L’échéance quant à l’application de cet arrangement, qui comprend également la libération des détenus politiques, n’est pour l’heure pas connue.
 
Agé de 65 ans, cet ancien économiste onusien, semble vouloir refaire le pari risqué de miser sur le partenariat avec les militaires pour mener le Soudan vers des élections libres.
 
En 2019, lorsque l’armée a déposé le dictateur Omar el-Béchir sous la pression d’une révolte populaire, il a pris la tête d’un gouvernement civil et le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, celle du Conseil de souveraineté, plus haute autorité de la transition.

(Re)voir : Soudan : le général al-Burhane écarte du conseil de souveraineté des pro-civils

Médiation en résidence surveillée

Mais le 25 octobre, le général al-Burhane a coupé court à ce partenariat en faisant arrêter M. Hamdok et la plupart des autres responsables civils.

M. Hamdok a été ensuite placé en résidence surveillée à Khartoum, où il recevait militaires et ex-rebelles soudanais, ambassadeurs occidentaux et diplomates internationaux pour des médiations.
 

Jusqu’à l’annonce de l’accord le 21 novembre, M. Hamdok avait résisté à plusieurs propositions de sortie de crise.
 
Il réclamait, selon des responsables, un accord lui garantissant « une reprise de son activité » et non une « nouvelle nomination » au poste de premier ministre. Une façon de discréditer le coup de force des militaires.
 
Pendant sa résidence surveillée, le bureau de M. Hamdok a régulièrement diffusé sur internet des messages appelant régulièrement à des manifestations de masse pour « protéger la révolution » de 2019.
 

Loué pour sa transparence

Moustachu grisonnant, M. Hamdok jouit d’une image de champion de la transparence et de la bonne gouvernance. D’autant plus depuis qu’il a refusé en 2018 le poste de ministre des Finances sous le régime d’Omar el-Béchir.
 
Depuis une tentative de coup d’Etat manquée en septembre 2021, l’homme marié et père de deux enfants avait prévenu que la transition traversait sa « pire » crise.

(Re)voir : Au Soudan, échec d’une tentative de coup d’état

Il avait ensuite salué les manifestants partisans d’un transfert complet du pouvoir aux civils, leur promettant de réaliser les « objectifs de la révolution: liberté, paix et justice ». Une tâche titanesque après 30 ans de dictature.
 
M. Hamdok était revenu à Khartoum en août 2019 à l’issue d’une révolte à laquelle il n’avait pas participé.
 
Son gouvernement devait être celui qui doterait le Soudan en institutions démocratiques, dont un Parlement qui n’a toujours pas été formé, et le mènerait vers des élections libres en 2023. Un objectif que le général al-Burhane dit vouloir conserver.

Une popularité qui s’est effritée

 M. Hamdok a notamment été en charge de la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU à Addis Abeba, après avoir étudié l’économie agricole à Khartoum et obtenu un master à Manchester en Grande-Bretagne.
 
Parmi les faits d’armes de M. Hamdok, né au Kordofan-Sud le 1er janvier 1956, la conclusion d’un accord de paix en octobre 2020 avec une coalition de groupes rebelles. Comme le Darfour et le Nil Bleu, le Kordofan-Sud a été pendant plusieurs années le théâtre d’un conflit entre rebelles et forces gouvernementales.
 
Fort d’expériences ailleurs sur le continent africain, il promettait également d’enrayer l’inflation caracolant à plus de 300% et la pauvreté endémique.
 
Sous son mandat, le Soudan a été retiré de la liste américaine des pays soutenant le « terrorisme », peu avant de décider de reconnaître l’Etat d’Israël.

(Re)voir : Retrait du Soudan de la liste noire américaine : les dessous des négociations

Dans le même temps, M. Hamdok a promis aux 45 millions de Soudanais de promouvoir « les bonnes politiques (pour) affronter la crise économique ». Il est parvenu à obtenir du Fonds monétaire international (FMI) l’effacement d’une part importante de la dette soudanaise.
 
Ce, toutefois, au prix d’une politique d’austérité drastique qui lui a coûté significativement en popularité dans l’un des pays les plus pauvres au monde.
 
Le fait que les autorités intérimaires n’ont toujours pas jugé les responsables du régime Béchir et de la répression sanglante de la révolte de 2019 a aussi sapé son capital sympathie.

(Re)voir : Soudan : « La peur d’un retour en arrière »

LE JV2 AVEC AFP

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