Sénégal – États-Unis : un intérêt réciproque qui dépasse la diplomatie

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a rencontré le président sénégalais Macky Sall à Dakar samedi 20 novembre 2021. 

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a rencontré le président sénégalais Macky Sall à Dakar samedi 20 novembre 2021.  Andrew Harnik/AP

Entre le Sénégal et les États-Unis, est-ce de la simple diplomatie, ou y a-t-il des liens plus forts entre les deux pays ? Pour le journaliste consultant Dame Babou, Sénégalais expatrié aux États-Unis, plusieurs facteurs expliquent cette relation particulière. Entretien. 

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken achève ce 20 novembre sa tournée en Afrique subsaharienne. Après le Kenya, le chef de la diplomatie américaine s’est ensuite rendu au Nigeria, puis a terminé sa visite par le Sénégal. Dame Babou, Sénégalais de naissance et expatrié aux États-Unis depuis plus de trente ans a suivi la conférence de presse d’Antony Blinken à Dakar. Pour le journaliste et correspondant du groupe Sud Communications à New-York, un lien spécial unit les deux pays. Il dépasse la simple question politique.
 

TV5MONDE : En quoi la relation entre le Sénégal et les États-Unis est-elle particulière ? 

Dame Babou, journaliste consultant : Effectivement, il y a un lien particulier entre le Sénégal et les États-Unis. En premier lieu, c’est l’histoire. L’île de Gorée signifie énormément de choses pour plus de 25% de la population américaine, en l’occurrence les noirs-américains. Sur cet aspect-là, le Sénégal ne peut pas ne pas avoir de relation particulière avec les États-Unis. 

Le deuxième point concerne le plan sécuritaire. Si la mer peut constituer une frontière, le Sénégal est l’un des rares pays africains, sinon le seul à être frontalier avec les États-Unis. De Dakar à Boston, c’est six jours de bateau. Par ailleurs, de nouvelles menaces sécuritaires font surface : on ne se prépare pas à une guerre avec une marine de guerre ou avec des chars de combat, mais il faut faire face à un ennemi invisible qui ne joue pas avec les mêmes règles. Il s’agit du terrorisme, du djihadisme.
 

Les États-Unis ont l’obligation que le Sénégal ou d’autres pays africains s’occupent de la sécurité. C’est donc naturel qu’il y ait une coopération entre les deux pays. 
C’est vrai que le Sénégal ne pèse pas beaucoup sur le plan économique, mais il y a tout de même une cinquantaine de compagnies américaines qui y sont basées. La voix diplomatique du Sénégal, malgré une démographie peu conséquente, a toujours été importante sur le plan international. Une puissance comme les États-Unis a besoin d’un allié comme le Sénégal. 

TV5MONDE : Vous qui êtes un peu un précurseur de la diaspora sénégalaise aux États-Unis, comment avez-vous vécu l’évolution de cette relation ? 

Dame Babou : Le nombre de Sénégalais qui vivent aux États-Unis aujourd’hui et le nombre de Sénégalais qui sont des parents de citoyens américains a beaucoup évolué ces trente dernières années. Je me souviens, quand je me suis installé aux États-Unis il y a trente-cinq ans, il y avait très peu de femmes sénégalaises, on n’avait pas de famille à proprement parler. 

Sur le plan diplomatique, j’estime que c’est une relation nécessaire, à la foi pour le Sénégal et pour les États-Unis.
Dame Babou, journaliste consultant

C’est vraiment l’immigration traditionnelle qui a eu un effet sur la densité de population sénégalaise aux États-Unis. Et cela marche aussi dans l’autre sens : de plus en plus de boutiques sénégalaises vont vendre des produits américains.
Les conjonctures économiques ont énormément influencé cette relation, et la politique a suivi. Sur le plan diplomatique, j’estime que c’est une relation nécessaire, à la foi pour le Sénégal et pour les États-Unis. 

TV5MONDE : Que représentent les États-Unis pour les Sénégalais et le Sénégal pour les Américains ? 

Dame Babou : Comme je le disais, environ 25% de la population américaine est noire. L’île de Gorée était un point de transit important des esclaves. Mais malgré tout, le Sénégal perçoit l’Amérique aussi comme une puissance qui n’est pas colonisatrice, qui ne les a jamais colonisée.

Deuxièmement, ce que l’on appelle les fables de la liberté aux États-Unis a des échos très profonds au niveau de la population sénégalaise. Comme dans le reste du monde, les gens apprécient énormément la musique américaine, le cinéma américain. Même si le cinéma sénégalais avec les séries commence à devenir influent comme le cinéma nigérian, avec Nollywood, l’image de l’Amérique reste positivement perçue par la population sénégalaise.   

LE JV2 AVEC AFP

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