États-Unis : Kyle Rittenhouse, qui a tué deux manifestants antiracistes, acquitté

Kyle Rittenhouse témoigne lors de son procès au palais de justice du comté de Kenosha, dans le Wisconsin, le 10 novembre 2021. © Sean Krajacic, Reuters

Kyle Rittenhouse, accusé d’avoir tué par balle deux personnes et blessé une troisième lors des manifestations antiracistes en août 2020 à Kenosha, aux États-Unis, a été acquitté vendredi. Face à la colère de nombreux Américains, Joe Biden a appelé au calme. À la demande du gouverneur du Wisconsin, la Garde nationale se tient prête à intervenir à Kenosha en cas de débordements.

Le jeune Américain Kyle Rittenhouse, qui a tué par balle deux personnes et blessé une troisième en marge de manifestations antiracistes en août 2020 à Kenosha, a été acquitté, vendredi 19 novembre, à l’issue d’un procès très suivi aux États-Unis.

Les douze jurés d’un tribunal de l’État du Wisconsin l’ont déclaré « non coupable » des cinq chefs d’accusation qui pesaient sur lui, dont meurtres, au quatrième jour de leurs délibérations. 

Le jeune homme blanc de 18 ans, qui encourait la réclusion à perpétuité, avait plaidé la légitime défense. À la lecture du verdict, il s’est effondré en larmes avant de quitter rapidement la salle d’audience.

Son procès a exposé au grand jour les fractures de la société américaine sur les armes à feu, le droit à l’autodéfense et le mouvement antiraciste Black Lives Matter (les vies noires comptent) et le verdict a, sans surprise, suscité des réactions aux antipodes.

Pour éviter d’éventuels débordements, le gouverneur du Wisconsin a demandé à 500 soldats de la Garde nationale de se tenir prêts à intervenir à Kenosha.

De son côté, le président américain Joe Biden a appelé au calme. Le verdict « a plongé de nombreux Américains dans la colère et l’inquiétude, moi y compris », a-t-il écrit dans un communiqué, avant toutefois de préciser : « J’appelle tout le monde à exprimer ses opinions pacifiquement, dans le respect de la loi. »

Devant le tribunal, seule une poignée de personnes ont manifesté leur écoeurement : « coupable, coupable, le système est diablement coupable », ont-elles scandé. « C’est un triste jour pour l’Amérique », a dit à l’AFP Will Diaz, un ouvrier de 44 ans.

« Touriste du chaos »

Le 23 août 2020, cette ville de la région des Grands Lacs s’était enflammée après une bavure policière contre un Afro-Américain.

Alors âgé de 17 ans, Kyle Rittenhouse s’était équipé d’un fusil semi-automatique et avait rejoint des groupes armés venus « protéger » les commerces. Dans des circonstances confuses, il avait ouvert le feu, tuant deux hommes et en blessant un troisième. 

« Je n’ai rien fait de mal, je me suis juste défendu », a-t-il plaidé, en pleurs, lors de son procès, assurant avoir tiré après avoir été pris en chasse et attaqué par ces trois hommes – tous blancs comme lui.

L’accusé était « un touriste du chaos » qui « cherchait l’excitation » et s’est « volontairement et en toute connaissance de cause mis dans une situation dangereuse », a rétorqué le procureur Thomas Binger dans son réquisitoire.

Kyle Rittenhouse a comparu libre, des soutiens ayant payé les deux millions de dollars de caution.

Le jeune homme est en effet devenu une égérie dans certains milieux de droite pour qui la grande mobilisation contre les violences policières de l’été 2020 était l’oeuvre d' »antifas » ou « d’anarchistes ».

À l’inverse, à gauche, il incarne les excès de la culture des armes et du droit à l’auto-défense.

Sur Twitter, le mouvement Black Lives Matter a souligné qu’il n’était pas surpris par le verdict. « Le système fonctionne exactement comme il est censé le faire (…) pour protéger la suprématie blanche ».

« Il illustre le besoin urgent de réformes de la justice et de notre système pénal, qui est cassé », a ajouté Shaadie Ali, un représentant de la puissante organisation de défense des droits civiques 

« Justice à deux vitesses »

« Qu’un adolescent puisse (…) tirer sur trois personnes, en tuant deux, sans aucune conséquence pénale est un déni de justice », a estimé Shannon Watts, la fondatrice du groupe Moms demand action. « C’est aussi l’Amérique que la NRA a créée », a-t-elle ajouté, en référent au puissant lobby des armes National Rifle Association qui milite pour un droit illimité au port d’arme.

Parmi les défenseurs de la communauté afro-américaine, l’amertume était tout aussi palpable.

« C’est un nouvel exemple d’une justice à deux vitesses à l’oeuvre en Amérique », a estimé l’avocat Ben Crump, qui a défendu de nombreuses victimes de violences policières et leurs proches. Si Kyle Rittenhouse « avait été noir, les débats et leur issue auraient été très différents », a-t-il estimé.

« On vient d’assister à la validation d’actes terroristes par un système construit sur la suprématie blanche », a renchéri Colin Kaepernick, l’ancienne star du football américain connu pour s’être agenouillé pendant l’hymne national par solidarité avec les Afro-Américains tués par la police.

LE JV2 AVEC AFP

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