Soudan : des milliers de manifestants visés par des grenades lacrymogènes, dix personnes tuées


Le pouvoir militaire soudanais a jusqu’ici réprimé durement les manifestations prodémocratie. Ici, un rassemblement précédent, à Khartoum le 13 novembre 2021.
 © Marwan Ali, AP

Les forces de sécurité soudanaises ont tiré, mercredi, des grenades lacrymogènes sur des milliers de manifestants qui défilaient à Khartoum contre le coup d’État militaire. Dix manifestants ont été tués par balles. 

Les autorités soudanaises répondent aux manifestations par la force. Dix manifestants ont été tués par balles, mercredi 17 novembre, lors de protestations, dont sept dans la seule banlieue nord de Khartoum contre le coup d’État militaire au Soudan, a indiqué un syndicat de médecins prodémocratie, qui ajoute que les forces de sécurité visaient « la tête, le cou ou le torse ». Il s’agit de la journée la plus sanglante depuis le coup d’État du 25 octobre. 

Le syndicat fait en outre état de « dizaines de blessés par balles » dans la capitale soudanaise, dont plusieurs « grièvement ». Les forces de sécurité, elles, assurent ne pas tirer à balles réelles. Des grenades lacrymogènes ont été lancées sur les milliers de manifestants venus protester contre le coup d’État militaire dans le pays.

Au moins 34 personnes sont mortes dans la répression et les autorités en sont venues à une coupure désormais totale des communications pour tenter de diminuer la force du mouvement.

Depuis le putsch du 25 octobre, les militants ont appris à mobiliser via SMS plutôt que sur les réseaux sociaux. Mais depuis mercredi à la mi-journée, ils ne peuvent même plus s’écrire sur leurs téléphones ou s’appeler.

après que cette chape de plomb s’est abattue sur ce pays d’Afrique de l’Est, l’un des plus pauvres au monde, les forces de sécurité, qui quadrillaient Khartoum en masse, ont tiré des grenades lacrymogènes sur différents cortèges.

Des témoins ont fait état de « blessés », tandis que des journalistes de l’AFP ont vu des manifestants s’effondrer après avoir inhalé du gaz lacrymogène.

Alors qu’aucune solution politique ne semble en vue après le coup de force qui a mis à l’arrêt une transition battant de l’aile depuis des mois, Washington a dépêché une émissaire.

Molly Phee, vice-secrétaire d’État pour les Affaires africaines, a fait ces derniers jours la navette entre civils – comme le Premier ministre déposé Abdallah Hamdok, toujours en résidence surveillée – et militaires, notamment le général Abdel Fattah al-Burhane. Cela dans le but de relancer la transition démocratique au Soudan, sorti en 2019 d’une dictature militaire quasi continue depuis l’indépendance en 1956.

Mais le chef de l’armée semble ne pas envisager de retour en arrière : il s’est récemment renommé à la tête de la plus haute institution de la transition, le Conseil de souveraineté. Il a aussi reconduit tous ses membres militaires ou pro-armée, remplaçant uniquement quatre membres partisans d’un pouvoir entièrement civil par d’autres civils, apolitiques.

« Non au pouvoir militaire » et « Le peuple a choisi les civils », répondaient mercredi dans la rue les manifestants, qui conspuent le général Burhane, accusé d’être un partisan de l’ancien régime d’Omar el-Béchir, qui a été fort d’une alliance entre militaires et islamistes durant 30 ans.

Arrestations de médecins et de blessés même dans les hôpitaux

Pour endiguer le mouvement, les rafles continuent et des centaines de militants, de passants ou de journalistes ont été arrêtés, à l’instar du chef du bureau d’Al-Jazeera, Al-Moussalami al-Kabbachi, finalement relâché mardi 16 novembre.

Selon un syndicat de médecins prodémocratie, les forces de sécurité, qui ont tué 24 personnes et blessé des centaines d’autres, sont même allées jusqu’à arrêter médecins et blessés dans des hôpitaux de la capitale.

Sur le plan politique, les militaires tardent à nommer les nouvelles autorités qu’ils promettaient depuis des jours de façon « imminente ».

Molly Phee a plaidé pour le retour d’Abdallah Hamdok, dont les quelques ministres libres affirment être toujours l’unique cabinet « légitime » et refusent de négocier avec les généraux depuis le putsch du 25 octobre.

À l’aube du 25 octobre, le général al-Burhane avait alors fait arrêter la quasi-totalité des dirigeants civils avec lesquels il partageait le pouvoir et dissous toutes les institutions.

S’il a depuis fait libérer quatre ministres, il a dans le même temps emprisonné d’autres figures civiles, faisant même rayer de la déclaration constitutionnelle née de la révolte anti-dictature de 2019 toute mention du bloc pro-civil des Forces de la liberté et du changement (FLC).

Et à chaque appel à la mobilisation de la rue, le nouveau pouvoir répond par un déploiement sécuritaire massif et des tirs de balles réelles, en caoutchouc ou de grenades lacrymogènes.

Dans le pays où plus de 250 manifestants ont péri dans la révolte qui a renversé Omar el-Béchir en 2019, 24 nouvelles personnes ont été tuées, parmi lesquelles trois adolescents, note l’Unicef qui s’inquiète d’un usage « excessif » de la force contre des manifestants pacifiques.

Le général Burhane, lui, continue de promettre des élections en 2023 et assure n’avoir agi que pour « corriger la trajectoire de la révolution », comme il l’a redit mardi à Molly Phee.

LE JV2 AVEC AFP

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