En Centrafrique, la Mission des Nations unies pour la paix « est en deçà des attentes »

Mankeur Ndiaye, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en RCA et chef de la MINUSCA
Le Conseil de sécurité vient de proroger le mandat de la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique. Sur le terrain, cette mission onusienne est de plus en plus critiquée et son efficacité remise en question. Pour nombre d’observateurs, son bilan reste à ce jour en dessous de la moyenne.
Embourbée dans une violente crise interne depuis 2013, la République centrafricaine (RCA) bénéficie depuis sept ans de l’une des plus grosses missions de maintien de la paix: la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA). Pour quelle efficacité?

« La MINUSCA, dans la sécurisation du pays, a réussi avec les autres forces en présence à créer un climat social apaisé qui a abouti à la tenue en décembre 2020 des élections présidentielles. Un processus électoral qui marque ainsi un certain retour à la démocratie représentative en Centrafrique. Cependant, dans son appui au processus de paix, si on a eu des bribes de détentes entre les groupes armés et Bangui, malheureusement le climat sécuritaire demeure tendu. Aussi, nous notons pour le regretter de nombreux scandales enregistrés dans les rangs de la MINUSCA et qui entachent le passage de cette mission. In fine, son bilan reste en deçà des attentes », constate au micro de Sputnik le docteur Sosthène Efouba, enseignant des sciences politiques à l’université de Yaoundé 2 et analyste des questions sous régionales.

Un bilan mitigé établi au lendemain du renouvellement de la mission onusienne en RCA. Vendredi 12 novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies a prorogé, jusqu’au 15 novembre 2022, le mandat de la MINUSCA. Ce dernier, apprend-on de l’institution, porte sur la protection des civils, l’appui au processus de paix, l’appui de la mise en œuvre du cessez-le-feu et l’accord de paix ainsi que l’acheminement en toute sécurité de l’aide humanitaire.
Le nouveau mandat confié à la MINUSCA porte également sur la promotion et la protection des droits de l’homme, la justice et l’état de droit, l’appui au dialogue républicain et aux élections locales de 2022, l’appui à l’extension de l’autorité de l’État, la réforme du secteur de la sécurité (RSS) ainsi que le désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement (DDRR), entre autres missions.

La MINUSCA sous le coup des scandales

Tous les pays du Conseil de sécurité ont voté favorablement à la résolution 2605 renouvelant le mandat de la MINUSCA, à l’exception de la Russie et la Chine qui se sont abstenues. La Russie a expliqué sa position en raison des « scandales » concernant la MINUSCA. En effet, depuis 2013, la Centrafrique a connu deux guerres civiles et demeure le théâtre d’affrontements entre factions armées qui commettent d’innombrables violences et exactions.
Une situation qui perdure malgré les différents accords de paix. En 2014, la MINUSCA a été déployée par l’Onu pour tenter de mettre fin au conflit. Et les quelque 15.000 hommes qui constituent le contingent ont pour mission prioritaire la protection des civils.
Seulement, sur le terrain des opérations, cette mission onusienne est régulièrement accusée d’exactions de toutes sortes au rang desquelles des cas de violences sexuelles et des trafics illicites de matières premières. Le contingent de la MINUSCA est aussi accusé par les populations de passivité et de complicité avec les forces rebelles.
Des accusations qui suscitent la méfiance des populations qui ont très souvent organisé des manifestations pour réclamer son départ du pays. Une antipathie des populations locales, « compréhensibles », souligne le docteur Sosthène Efouba, « à la lumière des multiples scandales (sexuels, des différents abus au droit de l’homme…) enregistrés sur le terrain des opérations ».

« Il y a comme une impression de trahison chez les populations locales. Elles ont fini par croire qu’elles ne constituent pas la priorité de la mission et qu’il y avait d’autres enjeux ou intérêts. Cette situation n’est pas seulement vérifiable en RCA, mais partout où ces missions onusiennes deviennent des problèmes et non toujours de bonnes solutions », se désole l’analyste.

Des rapports tendus avec le gouvernement

Si Mankeur Ndiaye, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en RCA et chef de la MINUSCA, s’est félicité du renouvellement de ce mandat et promet des efforts pour sa « bonne exécution en étroite coopération avec le gouvernement », les rapports entre les deux parties sont tout aussi tendus. Dans une sortie peu tendre, au cours d’une conférence de presse début novembre, Simplice Mathieu Sarandji, président de l’Assemblée nationale centrafricaine, a accusé certains contingents de la MINUSCA d’avoir armé les rebelles.
« En tant que député, je peux dire les choses, les électeurs nous le disent: on accuse aussi la MINUSCA de doter les groupes rebelles en munitions de guerre. Cela renforce aussi la perception négative qu’a la population de la MINUSCA », a-t-il déclaré à la presse, plaidant toutefois pour une modification du mandat de la MINUSCA, car dit-il, si « le renouvellement de la MINUSCA » va « donner la même prestation, il faudrait se poser des questions ».
Une position qui rejoint celle du gouvernement centrafricain qui souhaite que la MINUSCA assume davantage de responsabilités en matière de sécurité. Dans une récente interview à RFI, la ministre centrafricaine des Affaires étrangères, Sylvie Baipo, avait souligné qu’ »en cas de renouvellement du mandat de la MINUSCA, il faut mettre l’accent sur l’efficacité », car la RCA demeure dans « une situation difficile et assez préoccupante ».
Et pour palier au manquement de la MINUSCA, constate Sosthène Efouba, « le gouvernement de la RCA a trouvé d’abord un nouvel allié stratégique [la Russie, ndlr] qui lui a permis de construire un nouveau contexte sécuritaire. L’implication des populations locales à ce projet permet aujourd’hui à la RCA d’envisager l’avenir avec espoir. Certes, la mission de l’Onu est là, mais la Russie aussi ».

SPUTNIK FRANCE   

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