À la Une: tensions persistantes entre Paris et Bamako

Photo d’archives de la place du monument de la paix à Bamako, la capitale malienne. AFP/File

Les relations sont toujours aussi tendues entre la France et le Mali. Il y a deux jours, relève Jeune Afrique , Emmanuel Macron « a discuté avec Vladimir Poutine de l’arrivée du groupe paramilitaire russe Wagner au Mali. Un sujet qu’il a aussi abordé avec (le Burkinabè) Roch Marc Christian Kaboré, (le Nigérien) Mohamed Bazoum, (le Tchadien) Mahamat Idriss Déby Itno, ainsi qu’avec (la secrétaire d’Etat américaine) Kamala Harris, ces derniers jours. »

Avec son homologue russe, précise le site panafricain, « comme au cours de leurs précédentes discussions sur le sujet, le président français a plaidé contre l’arrivée des mercenaires russes à Bamako et a répété qu’un tel scénario aurait de graves conséquences. »

Pour sa part, Vladimir Poutine « a, une nouvelle fois, repris ses éléments de langage, pointe Jeune Afrique : Wagner est une société privée qui répond à une logique de marché et que le Kremlin ne contrôle pas. Mais à Paris, on continue à prendre au sérieux l’hypothèse d’un débarquement de l’entreprise au Mali. Aux yeux des responsables français, la junte au pouvoir à Bamako a vraiment l’intention de conclure un tel accord – en particulier le colonel Sadio Camara, le ministre de la Défense. »

La France conspuée

Pour une partie de la presse malienne, cette agitation diplomatique montre que la France est aux abois… « Paris ne dort que d’un seul œil ces dernier temps, s’exclame L’Alerte. La panique s’installe, Paris accuse Moscou » et le Mali : « depuis le discours du siècle tenu par le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga à la tribune des Nations unies, Paris ne cesse de s’attaquer aux autorités de transition. (…) N’est-il pas temps pour Paris, lance L’Alerte, de reconnaître sa défaite dans cette lutte contre le terrorisme au Mali ? Quand on sait que la présence des forces armées françaises date de 2012 et que depuis lors rien n’a changé. Cela devrait être un motif pour Paris et ses valets d’Afrique de laisser les Maliens manifester leur volonté de coopérer avec d’autres partenaires pour mettre fin au calvaire. (…) Le Mali a besoin aujourd’hui d’un partenaire crédible et fidèle pour ramener la stabilité sur toute l’étendue du territoire national. »

« Bienvenue la Russie ! »

« L’impérialisme français : voilà le plus grand ennemi », renchérit L’Informateur, toujours à Bamako. « La sécurisation des sources de matières premières et des parts de marché des entreprises françaises d’une part et le besoin de promouvoir son industrie d’armement d’autre part, ont ravivé un activisme d’ingérence, affirme le journal bamakois, dont les derniers évènements au Mali ne sont que des illustrations. »

Alors, « Bienvenue la Russie ! », tonne L’Aube. L’Aube qui rapporte par le menu la récente visite à Moscou du ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop. D’après lui, « Moscou souhaite étendre sa coopération avec Bamako au-delà du secteur sécuritaire (…) De nouveaux investissements russes sont attendus au Mali dans les secteurs de l’énergie, de la technologie agricole, de l’exploration des sols, des télécommunications. Un renforcement de la coopération qui devrait être marqué par une prochaine visite du ministre Sergueï Lavrov au Mali. »

Wagner : quelles conséquences ?

Alors quelles conséquences de cette éventuelle arrivée de la Russie sur le terrain malien, par le biais notamment du Groupe Wagner ? Le chercheur Roland Marchal, interrogé par Le Point Afrique répond : « le Mali prendrait un très grand risque sur le terrain puisque la présence française même réduite garantit une présence européenne, à travers la force Takuba. Sans cela, Bamako perdrait l’appui budgétaire dont il bénéficie actuellement dans son combat contre le terrorisme. Il y a un autre aspect qui apparaît au second plan mais qui me semble essentiel, poursuit le chercheur français ; c’est le bilan de Wagner. Si on regarde les gains militaires obtenus par les salariés de Wagner en Centrafrique, ils sont conséquents mais les mouvements armés auxquels ils s’opposaient n’étaient pas aussi bien équipés, aussi bien organisés et entraînés que les groupes jihadistes qu’on retrouve aujourd’hui au Sahel. »

Et qui plus est, pointe encore Roland Marchal, « la facture de l’opération avec Wagner sera forcément très élevée. S’ils arrivent au Mali, il faudrait que la société investisse sur la qualité de ses combattants et sur des moyens aériens significatifs. Parce que les Maliens ne pourront plus compter sur les Américains en terme de renseignement et sur les Français, en terme de soutien aérien. »

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RFI

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