L’Équateur « menacé » par les mafias, opération « massive » à la prison de Guayaquil

Intervention de la police et de l'armée équatoriennes dans le pénitentier Litoral de Guayaquil, le 15 novembre 2021

Intervention de la police et de l’armée équatoriennes dans le pénitentier Litoral de Guayaquil, le 15 novembre 2021 afp.com 

L’Equateur est « gravement menacé » par les mafias du narcotrafic qui veulent « prendre le contrôle de toutes les prisons du pays », a estimé lundi le président Guillermo Lasso, annonçant qu’une « opération massive » de la police et de l’armée était en cours dans la prison de Guayaquil.

L’Equateur « est gravement menacée de l’extérieur par les mafias du narcotrafic, ces mêmes mafias qui prétendent prendre le contrôle de toutes les prisons du pays et imposer l’insécurité dans les rues », a déclaré dans la soirée le président Lasso.

Promettant des « actions conjointes » de l’Etat pour mettre fin aux massacres à répétion entre détenus, il a jugé que le pays faisait face à « l’une des plus grandes crises de ces dernières décennies ».

Le chef de l’Etat a annoncé dans la foulée que la « police nationale et les forces armées étaient entrées dans le pénitencier de Guayaquil, dans une opération massive, prenant le contrôle des installations pour une durée indéterminée ».

Des soldats armés de fusils sont entrés au cours de la journée dans le périmètre de la prison de Guayas 1, qui comprend plusieurs anneaux de sécurité, ont constaté dans la journée des journalistes de l’AFP. Mais ils n’avaient pas encore pénétré en soirée dans les pavillons où résident les prisonniers, selon une source militaire.

Ces 1.000 policiers et militaires sont entrés à Guayas 1 « pour déployer des actions opérationnelles pour contrôler l’accès et le périmètre externe et interne », selon les autorités.

– « Choquer la nation » –

L’opération s’est déroulée « dans le respect de tous les paramètres de sécurité et dans le strict respect des dispositions légales en vigueur », a assuré le président Lasso.

Le vaste complexe carcéral de Guayaquil a été le théâtre vendredi et samedi de nouveaux affrontements entre gangs rivaux de détenus qui ont fait 68 morts et 25 blessés.

À coups d’armes blanches, d’armes à feu et d’explosifs, des prisonniers ont attaqué, après avoir saboté l’électricité, les occupants d’une autre unité de la prison, qui abrite 8.500 détenus avec une surpopulation de 60%.

Les autorités ont dénoncé la « sauvagerie » et la « barbarie » des assaillants, que des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré s’acharnant, à coups de couteaux et de bâtons, sur des corps entassés et carbonisés dans une cour.

Une « lutte pour le leadership », après la sortie de prison la semaine dernière d’un chef de gang, serait à l’origine de ces nouvelles violences, selon la police.

Lundi matin, le président Lasso a « accepté la démission » du chef du commandement interarmées, le vice-amiral Jorge Cabrera, et du directeur de l’agence chargée des prisons (SNAI), Bolivar Garzon.

Des nouvelles nominations ont été annoncées dans la foulée et M. Lasso a réuni lundi un cabinet de crise sur place à Guayaquil (sud-ouest), deuxième ville et plus grand port du pays.

Dans l’après-midi, le porte-parole de la présidence, Carlos Jijon a sous-entendu l’existence d’un complot politique visant à déstabiliser le gouvernement du président conservateur mis en cause dans les Pandora Papers pour délit présumé de fraude fiscale.

« Le véritable objectif (du massacre) était de commettre un acte de terrorisme qui choquerait la nation », a assuré M. Jijon, estimant que ce n’était pas seulement « un affrontement entre des bandes de prisonniers ou des gangs » mais « une situation extrêmement grave qui a des ramifications politiques ».

Divisé en douze quartiers, où sont détenus séparément les membres d’au moins sept organisations criminelles, souvent rivales, ayant des liens notamment avec les cartels mexicains de Sinaloa et Jalisco Nueva Generacion, le complexe carcéral de Guayaquil avait déjà été le théâtre fin septembre du plus grand massacre de l’histoire pénitentiaire de l’Équateur et l’un des pires en Amérique latine.

Lors de rixes entre bandes rivales, 119 personnes y avaient été tuées, certains détenus avaient été démembrés, décapités, ou brûlés. Depuis le début de l’année 320 détenus sont morts dans différents épisodes de violences dans les prisons du pays.

Les 65 prisons équatoriennes souffrent d’une surpopulation de 30%. Des armes de toutes sortes, de la drogue et des téléphones portables y circulent en grand nombre.

Situé entre la Colombie et le Pérou, principaux producteurs mondiaux de cocaïne, et utilisé comme zone de transit pour l’expédition vers les États-Unis et l’Europe, l’Equateur est confronté à une hausse de la criminalité liée au trafic de drogue.

Le président avait décrété le 18 octobre un « état d’exception » dans tout le pays pour lutter contre cette criminalité qui a coûté la vie à près de 1.900 personnes depuis janvier.

Un autre « état d’exception » a été décrété dans les prisons, avec des renforts militaires. La Cour constitutionnelle a cependant limité partiellement sa durée et interdit que les militaires ne pénètrent à l’intérieur des prisons.

LE JV2 AVEC AFP

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