Soudan : une nouvelle « marche du million » à Khartoum contre le coup d’Etat militaire

Personnes rassemblées lors d'une manifestation à Khartoum, au Soudan, le samedi 30 octobre 2021.

Personnes rassemblées lors d’une manifestation à Khartoum, au Soudan, le samedi 30 octobre 2021. ©AP Photo/Marwan Ali

Les opposants au coup d’Etat manifestent samedi au Soudan, journée test pour la rue comme pour les généraux au pouvoir : les premiers veulent montrer qu’ils pèsent encore, les seconds devront faire preuve de retenue pour rassurer la communauté internationale.

Dès le matin, dans les rues de Khartoum, soldats et paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) étaient déployées en masse, bloquant les ponts reliant la capitale à ses banlieues et quadrillant les principaux axes.

 

Par messages SMS, les militants ont appelé les Soudanais à manifester en masse pour rétablir les autorités civiles et éviter au pays plongé dans le marasme politique une nouvelle « dictature militaire ».

« Non au pouvoir militaire » et « Pas de retour en arrière possible » dont les slogans phare de la contestation dont la répression a fait 15 morts et plus de 300 blessés depuis coup d’Etat du 25 octobre selon des médecins.

 

Ce jour-là, le général Abdel Fattah al-Burhane a rebattu les cartes d’une transition qui battait de l’aile depuis des mois. Il a fait rafler la quasi-totalité des civils au sein du pouvoir et mis un point final à l’union sacrée entre civils et militaires qui avait renversé en 2019, sous la pression de la rue, le dictateur Omar el-Béchir.

Jeudi, il a acté la rupture: il a désigné de nouveaux membres au Conseil de souveraineté -la plus haute autorité de la transition- reconduisant les militaires et nommant des civils apolitiques mais pas les partisans d’un transfert complet du pouvoir aux civils.

 

Avec son second, le général Mohammed Hamdane Daglo, chef des RSF et accusé d’exactions graves, ils se sont engagés à « des élections libres et transparentes » à l’été 2023.

Des promesses qui n’ont pas apaisé l’opposition minée également par les centaines d’arrestations qui se poursuivent samedi, assurent les syndicats et autres associations prodémocratie.

Les militaires veulent consolider leur mainmise sur le pouvoirJonas Horner, chercheur à l’International Crisis Group

Et le retour en arrière est bien visible: lors du putsch condamné par la communauté internationale, le général Burhane a suspendu plusieurs articles de la déclaration constitutionnelle censée encadrer la transition jusqu’à des élections libres.

Il les a réintroduits jeudi, mais après en avoir retiré toutes les mentions faites des Forces de la liberté et du changement (FLC), bloc civil né de la révolte qui renversa en avril 2019 Omar el-Béchir.

« Maintenant que le coup d’Etat a eu lieu, les militaires veulent consolider leur mainmise sur le pouvoir », décrypte Jonas Horner, chercheur à l’International Crisis Group, alors que chaque jour les médias d’Etat annoncent de nouvelles purges.

Face aux généraux, « l’opposition civile au coup d’Etat est éclatée et divisée », assure ce spécialiste du Soudan. D’autant plus dispersée qu’internet est toujours coupé et les communications téléphoniques aléatoires, trois semaines après le putsch.

En outre, d’appels à la désobéissance civile en grève générale, les organisations prodémocratie qui étaient parvenues à paralyser le Soudan contre Béchir semblent cette fois-ci ne pas parvenir à ratisser large dans l’un des pays les plus pauvres au monde.

 

Pour Volker Perthes, émissaire de l’ONU au Soudan, « la nomination unilatérale du Conseil de souveraineté par le général Burhane rend beaucoup plus difficile un retour aux engagements constitutionnels » de 2019.

Mais, la priorité samedi, ajoute M. Perthes sur Twitter, c’est que « les forces de sécurité fassent preuve de la plus grande retenue et respectent la liberté de rassemblement et d’expression ».

Le Premier ministre renversé Abdallah Hamdok, lui, est toujours en résidence surveillée. L’armée n’a libéré que quatre ministres, en dépit des appels quasi-quotidiens de la communauté internationale à un retour au gouvernement de transition d’avant-25 octobre.

Le général Burhane annonce depuis des jours une formation « imminente » d’un nouveau gouvernement en lieu et place de celui de M. Hamdok. Mais rien de concret jusque-là.

De plus, les membres du nouveau Conseil de souveraineté ne présentent pas un front uni.

Les observateurs ont noté que les trois ex-chefs rebelles reconduits au sein de l’instance n’ont pas prêté serment avec les autres. Ils avaient annoncé rejeter le putsch et ne sont pas apparus depuis leur nomination.

LE JV2 AVEC AFP

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