Libye : une conférence internationale à Paris pour soutenir le fragile processus électoral

Emmanuel Macron et le Premier ministre libyen Abdelhamid Dbeibah lors d’une conférence de presse après leur rencontre à l’Élysée, à Paris, le 1er juin 2021. © Francois Mori, AP

La France réunit, vendredi, une conférence internationale sur la Libye afin d’encourager le processus qui doit permettre l’organisation d’une élection présidentielle dans le pays le 24 décembre, suivie un mois plus tard de législatives. Deux scrutins clés censés clore une décennie de chaos et de violences après la chute en 2011 du régime du colonel Kadhafi.

La France, qui accueille une conférence internationale sur la Libye vendredi 12 novembre à Paris, cherche à donner une ultime « impulsion » à l’élection présidentielle du 24 décembre, qui devrait être suivie un mois plus tard de législatives. La tenue de ces deux scrutins est, aux yeux d’Emmanuel Macron, « essentielle à la stabilité et à la réconciliation politique » en Libye, après des années de conflits armés et de divisions entre l’Est et l’Ouest.

« Mais des ‘spoilers’ [ceux qui veulent gâcher la dynamique en cours, NDLR] sont en embuscade, ils essaient de faire dérailler le processus », a estimé mardi l’Élysée en présentant les enjeux de ce grand rendez-vous diplomatique.

La conférence est organisée dans un contexte de tensions grandissantes au sein du pouvoir intérimaire à l’approche du scrutin présidentiel. Notamment entre le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, qui dirige le gouvernement intérimaire, et Mohammed el-Menfi, le président du Conseil présidentiel (CP), mis en place en février dans le cadre d’un processus politique parrainé par l’ONU et comprenant trois membres représentant les trois régions de Libye.

Signe de ces tensions, le 6 novembre, la cheffe de la diplomatie libyenne a été suspendue de ses fonctions par le CP après l’ouverture d’une enquête sur des décisions de politique extérieure qu’elle aurait prises sans le consulter.

L’étoile montante de la scène politique libyenne, Najla al-Mangoush, a même été interdite de quitter le territoire pendant la durée de l’enquête, qui peut durer jusqu’à 14 jours. Une décision qui lui fera immanquablement rater la conférence de Paris. « Le fossé grandissant entre le président du CP, Mohammed el-Menfi, et Dbeibah s’est embrasé, el-Menfi sautant sur une piètre excuse pour suspendre la ministre al-Mangoush », a tweeté Tarek Megerisi, analyste au Conseil européen des relations internationales.

Si les faits exacts qui sont reprochés à la ministre n’ont pas été précisés, des médias locaux indiquent que sa suspension ferait suite à des déclarations faites à la BBC quelques jours auparavant. Une sortie médiatique durant laquelle elle a affirmé que Tripoli serait « prête à coopérer avec les États-Unis » pour l’extradition d’un suspect dans l’affaire de l’attentat de Lockerbie.

Résultat : le niveau de représentation de la Libye à la conférence de Paris n’est pas encore connu. Abdelhamid Dbeibah n’a pas confirmé pour l’heure sa venue alors que Mohammed el-Menfi est en revanche attendu dans la capitale française. « On a envoyé l’invitation aux deux (…). On est en discussion avec les deux. Pour l’instant, il n’y a pas de problème », a indiqué, mardi, l’Élysée.

L’acceptation des résultats des élections, un dossier prioritaire

Dans ce contexte de secousses politiques, l’un des objectifs de cette conférence est de « rendre le processus électoral incontestable et irréversible » et faire en sorte que le résultat des élections soit ensuite « respecté », a insisté la présidence française.

« Le processus électoral repose sur deux principes de base, à savoir, premièrement, organiser le scrutin à la date convenue et dans un climat propice à des élections, et deuxièmement, sur le respect et l’acceptation des résultats par les candidats », rappelle Hussein Moftah, journaliste libyen et rédacteur en chef adjoint du site Afrigatenews, interrogé sur l’antenne arabophone de France 24.

« Or c’est ce dernier point sensible qui représente le plus grand défi attendant les élections libyennes, poursuit-il, alors que la compétition électorale est ouverte et que tous les acteurs ont des chances dans ce scrutin, y compris Seïf al-Islam Kadhafi, qui n’est pas encore officiellement candidat« . Le fils du défunt dictateur a évoqué en juillet 2021 la possibilité de se présenter à la présidentielle dans une interview accordée au New York Times.

Alors que certaines voix s’étaient élevées contre l’organisation des élections sur la base de lois électorales adoptées par le Parlement siégeant dans l’Est et contestées par les autorités de l’Ouest, le dépôt des candidatures s’est finalement ouvert lundi.

Hussein Moftah estime que c’est aux autorités provisoires et aux différents camps libyens de coopérer pour non seulement appuyer, malgré leurs divergences, l’organisation de ces élections, mais aussi garantir que « l’exercice politique restera pacifique » après les résultats.

« C’est un défi local, mais aussi international, dans le sens où les puissances étrangères, qui ont une grande influence sur des acteurs politiques et armés de ce conflit, doivent elles aussi prendre leurs responsabilités et soutenir les Libyens afin de garantir la réussite complète de ce processus. »

La question des mercenaires étrangers en suspens

Alors que le conflit libyen a été marqué par l’implication directe et indirecte de puissances extérieures, les Libyens peinent à faire respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de leur pays.

En décembre dernier, l’ONU faisait état de quelque 20 000 mercenaires et combattants étrangers présents en Libye : des Russes du groupe privé Wagner, des Tchadiens, Soudanais, Syriens… Mais aussi plusieurs centaines de militaires turcs présents en vertu d’un accord bilatéral conclu avec l’ancien Gouvernement d’union nationale. Seulement quelques départs « très modestes » ont depuis été constatés, d’après Tripoli.

L’exécutif français, qui souhaite voir endossé lors de la conférence « le plan libyen de départ des forces et mercenaires étrangers », concède qu’en la matière, la partie reste « difficile ».  Et pour cause : la Turquie se montre peu pressée d’engager un retrait de ses forces et le Kremlin dément tout envoi de militaires ou mercenaires en Libye ainsi que tout lien avec le groupe Wagner.

Pour obtenir des avancées, la diplomatie française mise sur la dimension internationale de la conférence de Paris, qui sera coprésidée par la France, l’Allemagne, l’Italie – trois pays en première ligne dans la recherche d’une solution à la crise –, les Nations unies et la Libye. Des responsables de la plupart des pays impliqués dans la crise libyenne ou dans son règlement, dont la vice-présidente américaine Kamala Harris et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, seront présents, a indiqué l’Élysée sans fournir de liste exhaustive.

La Russie, qui soutient, comme l’Égypte et les Émirats arabes unis, l’homme fort de l’Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar – le président Emmanuel Macron se voit aussi reprocher une telle position – sera représentée par son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a précisé Moscou.

Le niveau de représentation de la Turquie, qui s’est rangée du côté du camp de Tripoli contre celui du maréchal Haftar et dont les relations sont tendues avec Paris, n’a pas été précisé.

Enfin, et pour la première fois, cet événement sera élargi à l’ensemble des pays du voisinage de la Libye, avec la présence de la Tunisie, du Niger et du Tchad, trois pays frontaliers qui subissent tous le contrecoup de la crise libyenne. Et même l’Algérie, en pleine crise diplomatique avec la France et qui a rappelé le mois dernier son ambassadeur à Paris et fermé son espace aérien aux avions militaires français, sera représentée.

LE JV2 AVEC AFP

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