Le gaullisme, c’est quoi ?

Le président Charles de Gaulle en septembre 1961 à Rodez dans le sud de la France.

Le président Charles de Gaulle en septembre 1961 à Rodez dans le sud de la France. © AP Photo/Levy

COMPRENDRE – 51 ans après la mort du général de Gaulle, le 9 novembre 1971, une dizaine de personnalités politiques de tous bords sont venues ce mardi sur sa tombe, à Colombey-les-Deux-Eglises, dans le nord-est de la France. Consensus politique ou récupération à quelques mois de la présidentielle ? Que signifie « être gaulliste » ? Entretien avec l’historien Francis Choisel, auteur de « Comprendre le gaullisme » (L’Harmattan).

TV5MONDE : En ce 9 novembre 2021, de nombreux et nombreuses responsables politiques ont décidé de se rendre sur la tombe du général de Gaulle à l’occasion du 51e anniversaire de sa mort. Cette forte affluence à Colombey-les-Deux-Eglises vous surprend-elle ? 

Francis Choisel, historien : Non, car en réalité ça n’a jamais cessé. Il y a toujours eu affluence et au delà de la célébration de la mémoire, il y a une instrumentalisation politique par des gens qui souhaitent montrer leur gaullisme.
Il est, pour eux, de bon ton de le faire compte tenu de l’importance du général de Gaulle dans l’histoire de la France. Au XIXe Siècle il en était de même pour Napoléon par exemple. Il y a des hommes dont la mémoire dure. 

TV5MONDE : Charles de Gaulle a été au centre de la vie politique de 1940 jusqu’à sa mort en 1971. Pendant la guerre et après, existe-t-il un fil conducteur qui nous permettrait de définir ce qu’est le gaullisme ?
 Francis Choisel : La gaullisme c’est une méthode et un contenu politique. Certains vont se rapprocher de lui par la méthode et d’autres par le contenu.
Mais le fil directeur c’est la grandeur de la France. Son action politique commence d’ailleurs le 18 juin 1940 et il est alors question de la pérennité de la France. 

Le gaullisme est, certes, une adaptation à la modernité mais il s’inscrit dans la durée.

Francis Choisel, historien

Concernant la méthode, que ce soit dans la prise de pouvoir ou la conduite du gouvernement, il y a une certaine attitude que je résumerais ainsi : le chef de l’État incarne la France. Il fait preuve d’une certaine hauteur et d’un certain recul par rapport à la vie politique.
Dans la méthode, il y a quelque chose sinon de monarchique, au moins de jupitérien (méthode de gouvernance théorisée par Emmanuel Macron lors de la campagne électorale de 2017, par opposition au président « normal » François Hollande, NDLR).

Concrètement, le président de la République, par exemple, n’est pas quelqu’un qui doit tweeter. Son rôle n’est pas d’être dans le quotidien, dans la réaction permanente. Le gaullisme est, certes, une adaptation à la modernité mais il s’inscrit dans la durée. Quand on parle de recul, il ne s’agit pas d’une posture lointaine, confortable, à regarder les trains passer, sans aucune prise sur les événements. Il est question d’un recul qui permette de voir loin et de haut. 

Le président Charles de Gaulle le 7 mars 1961 aux côtés de ses homologues du Niger, de la Haute-Volta (Burkina Faso), de Côte d'Ivoire et du Dahomey (Bénin). De gauche à droite Hamani Diori, Maurice Yameogo, Felix Houphouët-Boigny et Hubert Maga
Le président Charles de Gaulle le 7 mars 1961 aux côtés de ses homologues du Niger, de la Haute-Volta (Burkina Faso), de Côte d’Ivoire et du Dahomey (Bénin). De gauche à droite Hamani Diori, Maurice Yameogo, Felix Houphouët-Boigny et Hubert Maga © AP Photo/Levy

Autre aspect important, celui d’un gouvernement au dessus des partis, ou avec eux, dans l’idée d’une unité nationale, l’idée d’un rassemblement. Dans mon livre « Comprendre le gaullisme », je rappelle que, bien avant Emmanuel Macron, de Gaulle avait lancé les notions de « à la fois » et même de « en même temps ». Nous ne sommes pas dans une posture centriste de type « ni, ni  » mais bien dans un « et, et ». Et la droite, et la gauche.
On parle là de synthèse. Le gaullisme c’est bien le rassemblement. Ce n’est pas un compromis en prenant aux uns et aux autres avec l’espoir de ne mécontenter personne. 

La méthode gaullienne c’est aussi celle d’un parti qui se rassemble autour d’un homme qui a vocation à devenir président. Ce n’est pas un parti qui choisit un homme. 

TV5MONDE : Quel bénéfice peut on tirer dans un pèlerinage à Colombey-les-Deux-Eglises aujourd’hui ? Quel sens cela a-t-il de se référer au général de Gaulle en 2021 ? 

Francis Choisel : Cela a un sens tout comme, par exemple, le fait d’accuser un adversaire d’être pétainiste. Cela ne doit pas être une référence unique mais cela fait partie des personnalités comme Jean Jaurès auxquelles on peut se rattacher.

Il y aussi cette phrase d’André Malraux : « Tout le monde a été, est ou sera gaulliste ». Dans la mesure où il s’agit d’une synthèse de diverses pensées, de divers courants politiques et de diverses solutions, chacun peut s’y retrouver en partie et s’en réclamer, même sincèrement !

Mais concrètement, le gaullisme se veut être l’incarnation pas seulement de la France, mais l’incarnation du peuple français. Sur ce point, Emmanuel Macron par exemple est très différent de De Gaulle. Il estime avoir la charge de gouverner un peuple dans lequel il ne s’inscrit pas. 

Tout le monde a été, est ou sera gaulliste.

André Malraux, écrivain et ancien ministre gaulliste

TV5MONDE : Lors de la mort de François Mitterrand en 1996, il y avait eu à gauche un débat houleux autour du droit d’inventaire, certains dirigeants souhaitant questionner le bilan de l’ancien président socialiste. Qu’en est-il dans le camp gaulliste ? 

Francis Choisel : Le gaullisme n’a pas spontanément et en tout temps obtenu le consensus ! N’oublions pas les pétainistes ou l’OAS (organisation armée secrète, mouvement opposé à l’indépendance de l’Algérie au point de tenter d’assassiner le général de Gaulle en août 1962, NDLR).

Mais il est vrai que du côté des gaullistes, le droit d’inventaire, De Gaulle l’a exercé lui-même. En effet, le gaullisme est une vision d’avenir, de progrès. On ne peut donc pas être gaulliste en étant gardien du temple et de l’héritage. « La France doit épouser son temps », disait De Gaulle en 1960. Il me semble évident qu’aujourd’hui, il ne tiendrait plus les mêmes analyses, de la même manière qu’il ne tenait pas le même langage en 1960 et dix ans plus tard !

Le gaullisme n’est pas une doctrine figée, c’est un certain nombre de valeurs en perpétuel mouvement pour s’adapter aux réalités de l’époque. Le gaullisme, c’est un pragmatisme.

Juin 1960, « la France doit épouser son temps ».

LE JV2 AVEC AFP

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