L’Amazonie, un paradis presque perdu

Un bateau sur la rivière Jurura, en plein coeur de l'Amazonie, le 15 mars 2020

Un bateau sur la rivière Jurura, en plein coeur de l’Amazonie, le 15 mars 2020 afp.com – Florence GOISNARD

Vue du ciel, l’Amazonie est une immensité infinie d’un vert profond, seulement veinée des rivières bleues qui y serpentent.

Une immensité infinie — pour l’instant.

Car si l’on poursuit le survol vers les confins de la plus grande forêt tropicale du monde, on découvre de gigantesques cicatrices brunes, là où la jungle a été rasée puis brûlée pour faire place à des routes, des carrières de mines d’or, des récoltes et surtout des ranchs pour l’élevage du bétail.

C’est le fameux « arc de la déforestation » qui marque une saignée en travers de l’Amérique du Sud – une catastrophe en marche pour notre planète.

Jusqu’à récemment, grâce à sa végétation luxuriante et au miracle de la photosynthèse, le bassin amazonien a absorbé une bonne part des émissions de carbone dans l’atmosphère, repoussant le cauchemar d’un changement climatique qui deviendrait incontrôlable.

Mais des études montrent que l’Amazonie se rapproche d’un « point de basculement » climatique, ce seuil critique au-delà duquel le changement d’un écosystème est irréversible, qui la verra se dessécher et devenir savane, tandis que ses 390 milliards d’arbres mourront les uns après les autres.

Aujourd’hui, la destruction s’accélère, surtout depuis que le président d’extrême droite et climato-sceptique Jair Bolsonaro est arrivé au pouvoir au Brésil en janvier 2019. Il veut ouvrir les terres protégées à l’agronégoce et à l’extraction minière sur les 61% de l’Amazonie située en territoire brésilien.

La destruction est en marche aussi pour le vivier extrêmement riche d’espèces interdépendantes — plus de trois millions répertoriées — dont l’emblématique aigle harpie féroce et le majestueux jaguar.

Les peuples indigènes, gardiens de la forêt grâce à leurs traditions millénaires, souffrent des incursions violentes d’orpailleurs sur leurs territoires.

Mais la catastrophe ne va pas s’arrêter là. Si l’Amazonie atteint le « point de basculement », au lieu de limiter le réchauffement climatique, elle l’accélérera tout à coup, recrachant dans l’atmosphère une décennie d’émissions de carbone.

« On est en train de tuer l’Amazonie », se désole Luciana Gatti, scientifique spécialiste de la chimie atmosphérique.

« Aussi terribles que soient les prédictions (sur le réchauffement climatique), en fait elles sont optimistes (….) Nous allons arriver à un scénario de film d’horreur bien plus tôt que prévu. »

Par bien des aspects, c’est une histoire maléfique: des types violents avec des chapeaux de cow-boy exploitant une région sans loi, profitant de la corruption politique et des inégalités massives pour s’enrichir.

« Le grand problème de l’Amazonie, c’est l’absence de loi », résume Jordan Timo Carvalho, éleveur dans l’Etat septentrionnal du Para.

Mais c’est aussi toute l’histoire de l’humanité: notre relation avec la nature, nos appétits insatiables, notre incapacité à nous arrêter avant qu’il ne soit trop tard. Car l’or, le bois, le soja, le bœuf qui détruisent l’Amazonie ont à voir avec l’offre et la demande mondiales.

On trouve les produits qui asphyxient l’Amazonie dans des maisons à travers le monde.

LE JV2 AVEC AFP

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