Pédocriminalité: les évêques s’engagent financièrement pour indemniser les victimes

AFP

Les évêques catholiques de France ont décidé lundi à Lourdes de mettre en place un dispositif de reconnaissance et d’indemnisation des victimes de pédocriminalité dans l’Église, s’engageant notamment à « abonder » un fonds d’indemnisation « en se dessaisissant de biens immobiliers ou en contractant « un emprunt ».

Les prélats ont annoncé des mesures concrètes, après avoir reconnu vendredi la « responsabilité institutionnelle » de l’Église dans ces actes pédocriminels et leur « dimension systémique ».

Une « instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation », dirigée par une juriste, va être constituée pour instruire les demandes des victimes de violences sexuelles, a expliqué devant la presse le président de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Éric de Moulins-Beaufort.

Elle sera présidée par Marie Derain de Vaucresson, ancienne défenseure des enfants, qui constituera « son équipe à sa guise sur le modèle de la commission Sauvé », a-t-il précisé.

Marie Derain de Vaucresson, cadre du ministère de la Justice dont la mission commence immédiatement, « va déterminer les règles de fonctionnement de cette commission », a-t-il dit. « Nous allons (…) lui fournir les moyens d’accomplir cette mission (…) d’indemnisation individualisée des personnes victimes », a-t-il ajouté.

« La réparation financière fera partie de la réponse mais pas de manière automatique, a indiqué de son côté Mme Derain de Vaucresson au journal La Croix, soulignant que « cela dépendra vraiment de chaque victime ».

« Certaines ont exprimé le simple besoin de savoir si leur agresseur était toujours en vie, d’autres de rencontrer une personne concernée par leur situation – l’abuseur lui-même, ou l’évêque de l’époque », a dit la juriste, ajoutant: « il faut que l’on imagine toutes les modalités par lesquelles répondre à ce besoin de réparation ».

Les évêques ont décidé d’alimenter le fonds d’indemnisation des victimes de pédocriminalité dans l’Église « en se dessaisissant de biens immobiliers de la Conférence des évêques de France et des diocèses ».

S’il le faut, « un emprunt pourra être souscrit pour anticiper les besoins », selon Mgr de Moulins-Beaufort.

Les évêques avaient promis des « gestes » et un « échéancier » de mesures, une réponse qui se veut la « traduction concrète » des 45 recommandations de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) dirigé par Jean-Marc Sauvé.

Le rapport Sauvé, publié il y a un mois, avait secoué toute l’institution en estimant à 330.000 le nombre de personnes de plus de 18 ans ayant fait l’objet de violences sexuelles depuis 1950, quand elles étaient mineures, de la part de clercs, de religieux ou de personnes en lien avec l’Église.

« Nous sommes libérés de pouvoir manifester que notre Église (…) ne peut pas être une institution (…) engoncée dans l’autoglorification », a dit Mgr de Moulins-Beaufort, revenant sur la reconnaissance de responsabilité de l’Eglise.

– Vérification « systématique » –

Il a fait part de la mise en place de neuf « groupes de travail » chargés de réfléchir à la « gouvernance » de l’Église, alors que des collectifs de fidèles réclament davantage de place pour les laïcs investis en son sein, dont les femmes.

Plus tôt, l’archevêque de Reims avait annoncé, dans son discours de clôture, que les évêques avaient demandé au pape de les aider « en envoyant quelqu’un » de confiance « examiner » la manière dont ils traitent les personnes victimes de pédocriminalité et leurs agresseurs.

Le prélat a aussi rendu hommage à l’association La Parole libérée, à l’origine des affaires Preynat et Barbarin, aujourd’hui dissoute, qui « a rendu un grand service ».

Parmi les autres mesures particulières, l’épiscopat a décidé de demander la vérification « systématique » des antécédents judiciaires de tout agent pastoral (laïc, personne consacrée, clerc) appelé à travailler auprès des mineurs.

Les évêques ont confirmé la mise en place d’un tribunal pénal canonique interdiocésain en France, qui entrera en vigueur en avril 2022. Composé de laïcs, formés, et de prêtres, il devrait notamment permettre de rendre une justice de l’Église plus spécialisée et plus compétente.

D’autres mesures sur le droit canonique, relevant du Vatican, seront transmises au pape François. Les membres de la Commission Sauvé, Eric de Moulins-Beaufort et la présidente de la Corref (ordres religieux) Véronique Margron ont rendez-vous avec le souverain pontife à Rome le 9 décembre.

LE JV2 AVEC AFP

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