Mali: premières réactions politiques aux sanctions de la Cédéao

Le président de la transition au Mali, le colonel Assimi Goïta, en juin 2021.CHINE NOUVELLE/SIPA

La Cédéao durcit le ton contre le Mali. Les chefs d’État de l’organisation sous-régionale ont décidé, ce dimanche 7 novembre 2021, lors d’un sommet exceptionnel, d’adopter des sanctions individuelles contre les dirigeants de la transition et leur famille : gel des avoirs financiers, interdiction de voyager.

La Cédéao entend ainsi rappeler les autorités de transition à leur engagement initial de tenir des élections (présidentielle et législatives) en février prochain pour un retour à l’ordre constitutionnel. Et ce alors que les autorités ont indiqué vouloir repousser cette échéance, invoquant notamment le contexte sécuritaire.

La fermeté de la Cédéao concernant les autorités de transition au Mali ne surprend pas certains acteurs politiques. À l’image de Djiguiba Keïta, le secrétaire général du Parti pour la renaissance nationale (le Parena).

« Nous regrettons qu’on en soit arrivés là, mais faute de volonté politique de tenir nos engagements. Et cela signifie que nous sommes en porte-à-faux avec la communauté internationale, avec la Cédéao et tous nos voisins et c’est à nous de trouver la solution… Depuis le coup d’État du 18 août 2020, il n’y a pas une date concrète pour aller dans le sens de l’organisation des élections. Nous ne croyons pas que ce soit les sanctions qui doivent pousser les militaires à respecter leurs engagements. Nous souhaitions seulement qu’il y ait un sursaut national, que les Maliens mêmes comprennent qu’ils doivent se retrouver, pour donner un nouveau départ et convaincre nos partenaires que nous sommes de bonne foi, pour arriver à une fin heureuse de la transition, rassembler les forces vives de la nation en quarante-huit heures, pour se donner une nouvelle feuille de route et rassurer nos partenaires que nous pouvons tenir les élections dans tel et tel délai. Et à ce moment-là, convenir avec la Cédéao et avec ce nouvel agenda nous pouvons tenir nos engagements », estime Djiguiba Keïta.

« Les sanctions ne sont jamais une bonne chose »

Les autorités maliennes de transition n’ont pas réagi officiellement à cette annonce de sanctions, pour le moment mais le Front pour l’émergence et le renouveau (Fer-Mali), association créée en soutien aux autorités de transition, si. Son président Sory Ibrahima Traoré déplore donc la décision de la Cédéao.

« Les sanctions ne sont jamais une bonne chose, surtout à l’endroit des dirigeants d’un pays en difficulté extrême comme le Mali. Il est évident aujourd’hui, que le Mali ne peut pas organiser une élection crédible, transparente et apaisée, à la date du 27 février 2022. Il serait judicieux, qu’ensemble, nous nous mettions autour d’une table, pour analyser dans le fond, les conditions à créer pour tenir une élection qui conduira le Mali vers une période plus stable et meilleure. Il est évident que les conditions sécuritaires et les conditions réglementaires et légales, qui devront être créées pour un processus électoral au Mali, ne sont pas réunies. Le Mali, aujourd’hui, a au moins trois quarts du territoire qui échappent presque totalement au contrôle de l’État central. Si nous arrivons à créer les meilleures conditions sécuritaires, c’est après cela que nous pourrions parler d’élections », explique Sory Ibrahima Traoré.

Autre réaction, celle du M5, le parti du Premier ministre Choguel Maïga. Jeamille Bittar en est le porte-parole et il demande aux autorités maliennes de transition de ne pas fléchir et explique tout le mal qu’il pense de cette décision de la Cédéao.

« Nous sommes quand même un État souverain. Il ne faudrait pas que la Cédéao nous impose quelque chose qui pourrait nous amener dans un chaos qui ne dirait pas son nom. Il faut que les gens comprennent qu’aujourd’hui, l’environnement ne se prête pas à tenir les élections. Parce que le territoire est envahi par l’insécurité et cette insécurité a été sciemment créée par la France. La communauté internationale, notamment la Cédéao, aujourd’hui, n’est pas en mesure de nous faire un dictat. Parce que la décision du peuple malien, aujourd’hui, d’assainir cet environnement sur le plan sécuritaire, sur les réformes que nous envisageons, pour que nous ayons moins de contestations possibles après les futures élections à venir… Je pense que c’est à cela que la communauté internationale devrait nous aider, plutôt que des menaces, des pressions, pour déstabiliser encore davantage notre pays. Nous n’avons pas besoin de cela », prévient Jeamille Bittar.

RFI

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