Naufrage du Bugaled Breizh: la justice britannique rejette la thèse du sous-marin

Épave du "Bugaled Breizh" à Brest, le 13 juillet 2004, 6 mois après le drame
Épave du « Bugaled Breizh » à Brest, le 13 juillet 2004, 6 mois après le drame afp.com – Fred TANNEAU

La justice britannique s’est rangée vendredi à la thèse de l’accident de pêche pour expliquer le naufrage du chalutier français Bugaled Breizh, qui a fait cinq morts en 2004, écartant la thèse du sous-marin défendue par les familles des marins.

Cinq ans après le non-lieu définitif en France, les proches des victimes espéraient que les trois semaines d’audiences qui se sont tenues en octobre à la Haute Cour de Londres permettraient de faire apparaître de nouveaux éléments susceptibles de relancer l’affaire.

Si la justice française n’avait pu trancher entre l’hypothèse d’un accrochage avec un sous-marin et celle du chalut qui accroche le fond, le juge Nigel Lickley s’est montré plus catégorique et a douché leurs espoirs: le chalutier a « coulé en raison d’un accident de pêche », a-t-il tranché en rendant ses conclusions, ajoutant qu’aucun autre vaisseau n’était impliqué que ce soit en surface ou non.

Le magistrat a estimé que la « cause probable » du naufrage est que son train de pêche s’est enterré dans le fond marin, conduisant vraisemblablement « à une perte progressive de la stabilité du navire ».

Le juge « se base essentiellement et uniquement sur un seul rapport qui a été rédigé par dix militaires français deux ans après le naufrage », a affirmé Thierry Lemétayer, dont le père a disparu dans l’accident. « Seulement il y a plein d’experts indépendants » qui ont écarté la thèse du train de pêche qui accroche sur un banc de sable, une « croche molle », a-t-il ajouté.

Il n’existe « aucun exemple dans le monde d’une croche molle qui entraînait un naufrage », a-t-il poursuivi, expliquant envisager un recours car la thèse retenue « risque de faire jurisprudence », « on ne peut pas laisser ça en place pour la sécurité des marins-pêcheurs ».

– « Je chavire, viens vite ! » –

« Il ne s’agit pas d’une fin », a souligné son avocat Dominique Tricaud, joint par l’AFP, « la quête des familles pour la vérité ne s’arrêtera que le jour où on aura identifié le sous-marin auteur des faits ».

Selon le président de l’association SOS Bugaled Breizh, la décision britannique représente un « coup de poignard supplémentaire » pour les familles.

Le bateau breton a sombré très rapidement le 15 janvier 2004 au large des Cornouailles (sud-ouest de l’Angleterre) où il pêchait dans des conditions météorologiques plutôt bonnes. Les cinq marins qui se trouvaient à bord ont été emportés par le fond.

« Je chavire, viens vite! », a lancé ce jour-là le patron du Bugaled Breizh (« Enfants de Bretagne » en breton) Yves Gloaguen, dans un appel de détresse à l’un de ses confrères.

A bord du chalutier se trouvaient cinq marins expérimentés, « à cheval sur la sécurité », selon leurs proches. Seuls les corps de Patrick Gloaguen, Yves Gloaguen et Pascal Le Floch ont été retrouvés – le premier dans l’épave lors de son renflouement, les deux autres dans les eaux britanniques.

C’est sur les décès de ces deux derniers que se concentrait la procédure britannique. Georges Lemétayer et Eric Guillamet ont quant à eux été portés disparus en mer.

-Exercices militaires-

Malgré les espoirs des familles des victimes, l’hypothèse de l’accrochage avec un sous-marin militaire s’est éloignée au fil des auditions à Londres, au profit de celle défendue par un rapport français d’un accident de pêche.

La présence de trois submersibles (le néerlandais Dolfijn, l’allemand U22 et le britannique Torbay) a été certifiée dans la zone, où se préparaient des exercices militaires. Mais les soupçons des familles se portent sur un autre sous-marin, le britannique Turbulent.

Le juge, lui, a écarté toute implication d’un quelconque sous-marin dans l’accident.

Devant la Haute Cour, la Marine néerlandaise a affirmé que le Dolfijn naviguait en surface quand l’accident est survenu. La Royal Navy a elle martelé que le Turbulent n’était pas en mer le jour du naufrage.

« Nous n’étions absolument pas impliqués. Nous étions à quai » à Devonport (sud-ouest de l’Angleterre) « le 15 » janvier, a affirmé, lors d’un témoignage très attendu, le commandant d’alors du sous-marin britannique, Andrew Coles.

Quand la piste d’un sous-marin de l’US Navy avait été évoquée en 2016, les États-Unis l’avaient réfutée.

LE JV2 AVEC AFP

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