L’élevage de volailles plein air mis à mal par les confinements répétés

Elevage de canards à Bourriot-Bergonce, le 22 février 2017, confinés dans une ferme située à 10 km d'une région du Sud-Ouest touchée par la grippe aviaire
Elevage de canards à Bourriot-Bergonce, le 22 février 2017, confinés dans une ferme située à 10 km d’une région du Sud-Ouest touchée par la grippe aviaire afp.com – GEORGES GOBET

« Depuis ce matin, je suis hors la loi »: des éleveurs ne digèrent pas de devoir confiner leurs volailles à cause de la grippe aviaire, jugeant qu’ils « trompent » des consommateurs plébiscitant la mention « plein air » sur les étiquettes.

Sylvie Colas prononce ces mots sans forfanterie, l’air de ne pas y croire : « Depuis ce (vendredi) matin, je suis hors la loi. Je suis un délinquant de l’élevage. »

Cette éleveuse bio du Gers, porte-parole de la Confédération paysanne locale, refuse d’enfermer ses poulets, poules pondeuses, pintades et chapons de Noël.

Or depuis ce vendredi, tous les élevages commerciaux de France métropolitaine doivent confiner leurs volailles, comme aux Pays-Bas depuis la semaine dernière.

En cause, la multiplication des cas d’influenza aviaire (communément appelée grippe aviaire) autour des frontières françaises, parmi les oiseaux migrateurs qui risquent d’introduire ce virus dans les élevages. Trois basses-cours ont déjà été touchées dans l’est de la France.

L’objectif est d’éviter la répétition du scénario de l’hiver dernier: la grippe aviaire avait fait des ravages dans le Sud-Ouest, entraînant l’abattage de plus de 3,5 millions de volailles, principalement des canards.

Mais pour Jean-Paul Gobin, éleveur bio des Deux-Sèvres, « c’est inconcevable d’élever des volailles en bâtiment ».

Lui qui élève avec son fils poulets, pintades, canards à rôtir et chapons bio estime que cela implique en outre une « tromperie magistrale et scandaleuse du consommateur, qui n’est aucunement informé de cette mesure ».

La mesure étant imposée par l’État, les étiquettes des produits n’ont pas à être modifiées, et peuvent donc continuer légalement à afficher « plein air ».

La filière avicole française craint que le virus n’atteigne un élevage professionnel, ce qui ferait perdre à la France son statut « indemne » vis-à-vis du virus et bloquerait des débouchés à l’exportation.

« Moi, j’en n’ai rien à faire de l’exportation des poulets, c’est pas mon problème », reprend Sylvie Colas, qui estime que ses volailles ne peuvent pas « changer leurs habitudes » sauf à devenir agressives entre elles.

A l’heure actuelle, les autorités permettent de laisser les volailles de plus de dix semaines prendre l’air, dans un espace réduit.

« C’est un préau de cour de récréation, c’est ridicule », s’indigne l’éleveuse, pour qui les autorités et la filière « sont allées trop loin » dans les restrictions – « ils nous radicalisent ».

– « Ça me mine » –

« On ne peut pas ne pas respecter la loi. Parce qu’on met ses voisins, toute une filière en danger », réprouve Bernard Tauzia, le président du syndicat des volailles fermières (Synalaf).

« Notre mode d’élevage n’est pas remis en cause, c’est exagéré », ajoute l’éleveur de volailles fermières des Landes, département le plus touché l’an dernier par l’épizootie.

Le président des Fermiers de Loué – qui représentent autour de 20% de la production nationale de volailles Label Rouge et bio – se demande si les éleveurs réfractaires « ne jouent pas contre leur camp ».

Dans la mesure où les animaux les plus âgés pourront sortir un peu, « on peut faire du bon boulot avec ça, chacun doit être bien responsable », insiste Yves de la Fouchardière.

Il met aussi en avant que, même sans accès à l’extérieur, ce mode d’élevage reste plus vertueux que le standard, avec « des durées d’élevage trois fois plus longues, deux fois moins de volailles dans le bâtiment ».

Reste que les éleveurs manifestent du découragement.

Des élevages situés dans les zones les plus à risque devaient déjà confiner depuis le 10 septembre.

Dans une vidéo de neuf minutes publiée sur YouTube, Lucie Mainard évoquait sa « tristesse absolue » de devoir renfermer ses poules qui n’ont pu sortir que trois mois dans l’année.

« Ça me mine, ça me fout le moral à zéro d’avoir les poules qui ne sont pas dehors », regrettait-elle, depuis une vaste étendue de terre, entièrement vide.

« Enfermer nos volailles, c’est nous asseoir sur nos valeurs, même si nous comprenons parfaitement la situation », précise à l’AFP l’éleveuse de Vendée, qui s’interroge sur le manque d’accompagnement technique, financier, mais aussi psychologique des éleveurs devant des décisions décrétées « pour le bien collectif »

LE JV2 AVEC AFP

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