En Centrafrique, péril sur le dialogue national

Annoncé par Faustin-Archange Touadéra comme solution au retour de la paix, le dialogue national vient de se heurter à un autre frein. L’opposition a annoncé son retrait du processus, dénonçant des poursuites judiciaires lancées contre certains de ses membres. Un obstacle de trop dans l’élan de pacification de ce pays en proie à une violente crise.
Décidément, le processus de paix en République centrafricaine (RCA) s’apparente à un long serpent de mer.
Alors que le Président Faustin-Archange Touadéra a annoncé mi-octobre un « cessez-le-feu unilatéral immédiat » dans le pays pour, dit-il, privilégier la voie du dialogue afin de « donner une chance à la paix », le processus vient une fois de plus de s’enliser. Une partie de l’opposition vient d’annoncer son retrait du dialogue national annoncé pour la fin de cette année. Raison?
 Le gouvernement a relancé une procédure pour lever l’immunité parlementaire de quatre opposants: Anicet-Georges Dologuélé, Martin Ziguélé, Simplice Aurélien Zingas et Abdoul Karim Meckassoua.Ce retrait des principaux représentants de l’opposition du comité d’organisation du dialogue « est, sans aucun doute, l’expression visible d’une tension ou mieux, d’une crispation du climat politique »,se désole au micro de Sputnik, Kag Sanoussi, président de l’Institut international de gestion des conflits dont le siège se trouve à Lille.

« Devrait-on continuer les procédures judiciaires dans les phases préparatoires d’un dialogue républicain? Devrait-on imposer à la justice un agenda et soustraire des citoyens, furent-ils des élus de la Nation à un fonctionnement normal de la justice? Je pense que ces deux niveaux de lecture ont leur origine dans la permanence des conflits en Centrafrique et surtout dans les résultats des 15 derniers dialogues que le pays a connus en seulement 13 années », poursuit l’analyste des conflits.

Imbroglio

En effet, les quatre opposants sont cités dans le cadre d’une poursuite judiciaire engagée contre l’ex-Président François Bozizé. La procédure ouverte en janvier contre l’ancien chef d’État ainsi que « ses co-auteurs et complices » est liée à la tentative de coup d’État dont l’accusent les autorités, et porte sur les charges d’« atteinte à la sûreté intérieure de l’État, association de malfaiteurs, rébellion, assassinats, vols aggravés et complot ». Fin mars, ils avaient déjà été interdits de quitter le territoire, avant de voir l’interdiction finalement levée.
Seulement, le 27 octobre, une nouvelle note signée du président de l’Assemblée nationale, Simplice Mathieu Sarandji, annonce une commission ad hoc sur le sujet. Les intéressés se disent à nouveau interdits de voyager. Ce qui va entraîner des désistements au dialogue républicain. Dans un communiqué de presse signé le 30 octobre, la Coalition de l’opposition démocratique-2020 (COD-2020), parti d’opposition, a décidé le retrait du comité d’organisation de ses représentants, dénonçant, « la politique de terreur et de traque des opposants » du Président Touadéra.
Dans un autre communiqué du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC) de Martin Ziguélé, dont Sputnik a obtenu copie, le parti dénonce la « volonté du pouvoir d’éliminer de l’échiquier politique nationale toute voix discordante, d’assassiner et de saboter le dialogue en préparation ». Et pourtant l’organisation de ce dialogue nationalest l’un des points clés inscrits dans le programme de Touadéra après sa réélection il y a 10 mois.

Antagonismes

Si la date n’est toujours pas fixée, un comité d’organisation comprenant de nombreux acteurs de l’opposition avait été désigné et certaines dispositions commençaient à être précises notamment la durée (une semaine), le budget de l’événement (160 millions de CFA soit environ 282.000 dollars pris en charge par l’État pour le comité d’organisation et 555 millions soit environ 981.000 dollars pour le dialogue à proprement parler) et le nombre de participants (450). Ce désistement d’une partie de l’opposition, martèle Kag Sanoussi, « n’est pas un bon signal pour le processus de réconciliation et de paix que le dialogue républicain devrait impulser ».

« Le dialogue ne se fait pas tout seul. Quand il y a dialogue, cela suppose qu’il y a des divergences et qu’en face de soi les acteurs ne sont pas tous d’accord […] Si un accord n’était hélas pas trouvé pour la participation de tous les acteurs dans l’organisation et la participation au dialogue, sûrement que ceux qui n’y prendront pas part auraient un peu de mal à adhérer aux conclusions finales », avertit-il.

Le retrait d’une partie de l’opposition du comité d’organisation des pourparlers va, souligne Kag Sanoussi, « rallonger la période de préparation du dialogue et sa tenue ».

« Toute situation qui électrise les antagonismes au lieu de désarmer les cœurs n’est pas un bon signal sur le chemin qui conduit à la paix. Mais ce chemin n’est jamais une ligne droite et la force des acteurs est de faire de chaque épreuve une opportunité de progresser malgré tout, pour gagner collectivement pour la paix. Cette résilience, j’aime à croire que les acteurs centrafricains sont capables de l’incarner et que malgré ce que les apparences peuvent laisser entrevoir, les enjeux et autres intérêts collectifs vont primer », conclut-il au micro de Sputnik.

Cessez-le-feu unilatéral

Depuis 2013, la Centrafrique est le théâtre d’affrontements entre groupes armés qui commettent d’innombrables exactions. Le 6 février 2019, les protagonistes de la crise ont signé un nouvel accord pour le retour à une vie normale.
Seulement plus de deux ans après, les violations du huitième accord de paix sont encore nombreuses sur le terrain.Si le Président Touadéra a réussi, grâce au soutien des instructeurs militaires russes et des soldats rwandais, à repousser les assauts des rebelles loin de Bangui, de nombreuses attaques furtives sont encore enregistrées dans l’arrière-pays, malgré la présence des Casques bleus de la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA).
Parmi les mesures de sortie de crise entreprises jusqu’ici, figure le « cessez-le-feu unilatéral »décrété par Faustin-Archange Touadéra. Une décision saluée par les Nations unies ainsi que la plupart des partenaires internationaux de la Centrafrique. Seulement deux semaines après, la mission onusienne de maintien de la paix dénombre de nombreux incidents d’abus et de violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire, venant des groupes armés comme des forces loyalistes.

SPUTNIK 

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