Au procès Mireille Knoll, la vidéo qui met à mal la version des accusés

Une photo de Mireille Knoll accrochée en sa mémoire sur le portail de l'immeuble où elle habitait, le 28 mars 2018 à Paris

Une photo de Mireille Knoll accrochée en sa mémoire sur le portail de l’immeuble où elle habitait, le 28 mars 2018 à Paris afp.com – FRANCOIS GUILLOT

Des images sans le son, mais très parlantes. Au procès Mireille Knoll, la cour d’assises a diffusé mercredi une vidéo de surveillance du bar où les deux accusés se sont rendus après le meurtre de la vieille dame juive.

Les images sont datées du 23 mars 2018 à 20H04. Une heure et demi plus tôt, les pompiers ont découvert le corps de Mireille Knoll dans un immeuble HLM à cent mètres de là, lardé de onze coups de couteaux et en partie carbonisé.

L’enquête a permis de montrer que Yacine Mihoub, voisin de Mireille Knoll qu’il connaissait depuis l’enfance, y avait invité Alex Carrimbacus, rencontré en prison. « Pour passer du bon temps » et boire des verres selon le premier, pour « un plan thunes » selon le second.

Chacun accuse l’autre d’avoir ensuite poignardé la femme de 85 ans – atteinte de la maladie de Parkinson et ne se déplaçant pas seule – dans des circonstances jugées « peu crédibles » par les enquêteurs.

Le bar sous vidéosurveillance est peu rempli, lumière tamisée. Yacine Mihoub, alors âgé de 28 ans, entre le premier, l’air décontracté et de bonne humeur. Il s’installe au bar, discute avec tout le monde, invective le barman pour qu’on le serve.

Alex Carrimbacus, 21 ans, n’a lui pas l’air dans son état normal.

Yacine Mihoub lui montre une place du doigt et le jeune homme s’y reprend à plusieurs fois pour se glisser derrière la table. Il s’y affale et semble s’endormir la tête entre les bras.

Le président Franck Zientara veut savoir ce que les accusés retiennent de ces images tournées quelques heures après le meurtre. Il commence par la mère de Yacine Mihoub qui comparaît – libre – pour avoir nettoyé le couteau du crime.

– « Comme s’il ne s’était rien passé » –

« Votre fils, il aimait beaucoup Mireille Knoll ? », demande le magistrat, rappelant qu’il a décrit sa voisine comme une « grand-mère de substitution ». « Est-ce que son attitude vous surprend ? ».

Il doit insister avant que Zoulika Khellaf, 61 ans, qui ne maîtrise pas parfaitement le français, comprenne la question. « Est-ce qu’il a l’air d’avoir assisté à la mort de quelqu’un qu’il aimait ? ».

« Non, c’est comme s’il ne s’était rien passé. Mireille est morte et lui il est au bar en train de discuter », répond la petite femme aux cheveux noirs.

Yacine Mihoub avait déclaré être resté avec Alex Carrimbacus après le meurtre parce qu’il était « tétanisé de peur ». « Est-ce qu’il a l’air d’avoir peur de M. Carrimbacus ? », demande le président. « Non, pas du tout, il a l’air joyeux », répond sa mère.

Le président fait se lever Alex Carrimbacus, air de garçon sage en chemise bleue.

« Je n’avais pas bu, j’étais encore en état de choc, j’avais encore peur », avance-t-il. « Je ne dormais pas, j’étais tout le temps aux aguets ». Le président en doute fortement : « oui, enfin, chacun appréciera ».

S’il avait si peur, pourquoi ne pas être parti ou ne pas avoir demandé de l’aide ? « Yacine Mihoub m’avait dit qu’il était tombé pour trafic d’armes avec des Russes, j’avais peur », argumente-t-il mollement.

Un avocat des parties civiles ironise, demande comment Yacine Mihoub l’a « contraint » à le suivre dans le bar. « On avait pris un Uber ensemble » est sa réponse.

– « Qui a le leadership? » –

Arrive le tour de Yacine Mihoub, lunettes rectangulaires, chemise blanche.

– Vous avez entendu ce que votre mère a dit ?, commence le président.

– Je n’avais qu’une envie, c’était de boire, justifie Yacine Mihoub.

– Vous n’êtes pas triste après la scène à laquelle vous venez d’assister ?, insiste le juge.

– Je suis triste, mais je n’extériorise pas, répond l’accusé.

Les fils et petit-fils de Mireille Knoll bouillonnent.

Sur la vidéosurveillance, on voit Yacine Mihoub se pencher plusieurs fois vers Alex Carrimbacus, lui tapoter la tête. « Qu’est-ce que vous lui dites? » alors, demande un avocat des parties civiles.

La première fois, « je lui demande s’il va bien », la deuxième… Il réfléchit. « Ah si, je lui demande une cigarette ! »

L’avocat d’Alex Carrimbacus s’était lui adressé au policier venu présenter les images. « Selon ce qu’on voit sur cette vidéo, qui a le leadership ? », demande-t-il. « C’est évident que c’est M. Mihoub », assure l’enquêteur.

LE JV2 AVEC AFP

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