Soudan: entre barricades et check-points, Khartoum paralysée par une grève générale

Une foule rassemblée à Khartoum (Soudan), le 25 octobre 2021, jour du coup d’État militaire. via REUTERS – RASD SUDAN NETWORK

Au Soudan, l’appel à la grève générale lancé par les syndicats et les comités de résistance populaire après le coup d’État de lundi 25 octobre semble largement suivi. La capitale Khartoum était totalement à l’arrêt mardi et des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes de province. Malgré les restrictions du réseau téléphonique, les partisans de la résistance passive commencent à s’organiser. Du côté des alliés des militaires, c’est le silence. Le Premier ministre Abdallah Hamdok a été ramené chez lui.

On ne pouvait se déplacer qu’à pied dans Khartoum, ce mardi, au lendemain du coup d’État militaire. À chaque grande intersection, on retrouve soit des escouades de soldats montés sur pick-up ou bien des barricades de briques et de pneus brûlés hérissées par les manifestants, empêchant aux véhicules l’accès à de nombreux quartiers du centre-ville, ainsi que d’Omdurman, la cité jumelle de la capitale, de l’autre côté du Nil. Les soldats de l’armée régulière, quant à eux, se faisaient discrets, tenant seulement des points stratégiques, notamment autour du quartier-général de l’armée où s’est déroulé l’essentiel de la répression meurtrière de lundi.

« Les comités de résistances se sont organisés, explique Abdelkhalik, membre du comité de résistance de Taef. De nombreuses barricades ont été montées car ils y a eu plusieurs attaques des Forces de soutien rapide. À chaque fois, ils les détruisent et nous les reconstruisons. Ces jeunes là qui les tiennent sont là depuis 6h du matin, et resteront jusqu’à minuit, dans tous les quartiers. »

Appel à la grève lancé depuis les mosquées

Comme les téléphones ne fonctionnent pas, les anciens de la révolution de 2019 s’efforcent d’organiser d’autres canaux de communication, raconte une source proche des comités de résistance. Les appels à la grève ont commencé à être lancés par les haut-parleurs des mosquées, par exemple. « Le mot d’ordre est d’organiser la résistance par le bas, poursuit cette source, de tenir son quartier jusqu’à nouvel ordre. »

Ce mardi soir internet a été rétabli puis a de nouveau été suspendu. Cet étudiant en informatique est rivé à son téléphone. « On a reçu pas mal de vidéos quand le réseau a été rétabli. On a constaté que l’armée avait procédé à des actes de tortures ciblant notamment les étudiants et les jeunes. Alors quand Burhan dans son discours dit qu’il agit dans l’intérêt de la jeunesse, c’est pour séduire les médias. Mais nous ne sommes pas dupes de ce jeu-là. »

La plupart des commerces étaient fermés, les rideaux de fer tirés. L’opération ville morte voulue par les syndicats et les comités de résistance populaire semblait être très largement suivie. En province, les militants qui sont parvenus à se connecter à internet évoquent des opérations similaires en cours dans la cité ouvrière d’Atbara, à Port-Soudan, Dongola, El-Obeid, Kosti et même à Nyala, au Sud-Darfour. 

Les comités de résistance appellent à une marche du million samedi prochain. Ce soir, des violences sont à craindre. Sur le retour on entendait déjà de nombreuses sirènes d’ambulance.

Les Bejas apportent leur soutien au général al-Burhan

Côté militaire, pour l’instant c’est le silence. Seul le général Abdel Fattah al-Burhan, chef du Conseil souverain de la transition, s’est exprimé. Il a notamment évoqué le sort du Premier ministre Abdallah Hamdok, qui a été ramené chez lui – il était depuis lundi retenu chez l’homme fort de Khartoum.

De quel soutien bénéficie le chef de l’armée pour mener son coup ? Du côté des alliés du général, pas de réactions. Seul le chef de l’importante communauté Bejas – qui bloque l’est du pays depuis un mois – a officiellement apporté son soutien au chef de l’armée. 

Un silence, particulièrement, étonne : celui du numéro 2 du conseil souverain, le général Hemeti. À la tête des Forces de soutien rapide, il ne s’est pas exprimé depuis plusieurs jours. Il s’était récemment opposé aux civils comme aux militaires en refusant d’intégrer ses hommes au sein de l’armée, comme ces derniers l’exigeaient.

Également silencieux, Gibril Ibrahim, un leader rebelle devenu ministre des Finances, ainsi que Mini Minawi, récent gouverneur du Darfour. Ces deux personnalités darfouries influentes, qui avaient soutenu la révolution de 2019, ont récemment rompu avec la coalition civile et demandé la démission du Premier ministre Abdallah Hamdok.

Rien à ce stade ne permet de connaître leur avis sur le coup d’État. Mais selon une chercheuse, leurs mouvements sont très divisés, notamment sur une éventuelle collaboration avec l’armée.

Reste ensuite les militaires de rang inférieur : vont-ils soutenir leur chef et accepter de diriger la répression contre les manifestants comme en 2019 ?

En revanche, le général Burhan pourrait compter sur l’important réseaux des services de renseignements – dirigé à l’époque par Salah Gosh, aujourd’hui en exil.

RFI

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