Les Soudanais entament une nuit de protestations contre le « coup d’Etat » militaire

Un manifestant soudanais lors d'une manifestation à Khartoum pour dénoncer l'arrestation par l'armée de membres du gouvernement de transition, le 25 octobre 2021

Un manifestant soudanais lors d’une manifestation à Khartoum pour dénoncer l’arrestation par l’armée de membres du gouvernement de transition, le 25 octobre 2021 afp.com – –

Les manifestants poursuivent lundi soir leurs protestations au Soudan, dénonçant un coup d’Etat militaire et l’arrestation de nombreux dirigeants, alors que plus tôt trois personnes ont été tuées et 80 blessées par les militaires à Khartoum, selon un syndicat de médecins pro-démocratie.

Après que le général Abdel Fattah al-Burhane a dissous les autorités de transition dans un putsch dénoncé à l’international, le Premier ministre Abdallah Hamdok, son épouse et au moins sept responsables civils –ministres et membres civils du Conseil de souveraineté soit la plus haute autorité de la transition– étaient détenus par les militaires, selon Amnesty international.

Des images de manifestants déterminés à ne pas abandonner la transition démocratique entamée après la destitution en 2019 du dictateur Omar el-Béchir circulaient sur les réseaux sociaux lundi soir, où l’on voit les protestataires critiquer le général Burhane.

« Le peuple a choisi un Etat civil » et « non un pouvoir militaire », ont scandé plus tôt les manifestants à Khartoum, ont constaté des correspondants de l’AFP.

Dans ce pays pauvre d’Afrique de l’Est, quasiment toujours sous la férule des militaires et des islamistes depuis son indépendance il y a 65 ans, la transition battait de l’aile depuis longtemps.

En avril 2019, l’armée a mis fin à 30 ans de pouvoir de Béchir sous la pression d’une mobilisation de masse. En août de la même année, le Conseil de souveraineté, composé équitablement de civils et de militaires a pris la tête du pays, promettant les premières élections libres fin 2023.

Mais lundi, le général Abdel Fattah al-Burhane est apparu à la télévision d’Etat –envahie plus tôt par les militaires–, répétant qu’il souhaitait toujours « une transition vers un Etat civil et des élections libres en 2023 », même si tous les dirigeants ont été relevés de leurs fonctions.

Le gouvernement et le Conseil de souveraineté sont dissous, les préfets et ministres limogés et l’état d’urgence est déclaré dans tout le pays, a déclaré le général.

– Suspension de l’aide américaine –

En fin d’après-midi, un syndicat de médecins pro-démocratie recensait les premières victimes des balles « de l’armée » alors que les institutions appelant à la « désobéissance civile » et la « grève générale » se multipliaient (ingénieurs, médecins, Banque centrale), faisant écho à l’appel du bureau de M. Hamdok à « manifester » pour « sauver » la « révolution » de 2019.

Car, explique à l’AFP Jonas Horner, chercheur à l’International crisis group, « c’est un moment existentiel pour les deux camps », civil et militaire.

« Ce genre d’intervention (…) réintroduit la dictature comme option », ajoute-t-il.

Appelant « les responsables militaires à libérer immédiatement tous les acteurs politiques, les protéger » et cesser d’utiliser « la violence », Washington, dont l’émissaire Jeffrey Feltman était la veille encore dans le bureau du Premier ministre, a annoncé la suspension d’une aide financière de 700 millions de dollars au Soudan.

Craignant pour la vie du chef de gouvernement, le bureau de M. Hamdok a averti que les autorités militaires portaient « l’entière responsabilité » de son sort dans un pays déjà secoué par un coup d’Etat déjoué en septembre.

Michelle Bachelet, la Haute-Commissaire aux droits humains de l’ONU, a dit craindre un « désastre » si « le Soudan revenait en arrière (…) après des décennies de dictature.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a lui condamné le « coup d’Etat militaire », exhortant au respect de la « charte constitutionnelle ».

Ce texte signé par tous les acteurs anti-Béchir en 2019 établit la feuille de route de la transition, à laquelle le général Burhane a dit être toujours engagé une fois un nouveau gouvernement et un nouveau Conseil de souveraineté nommés.

L’Union européenne a elle appelé la communauté internationale « à remettre la transition soudanaise sur les rails » et enjoint au « rétablissement des télécommunications » largement coupées dans le pays lundi.

Face à ces critiques qui s’accumulent à l’étranger, le général Burhane a donné un gage de poids: il s’est engagé à respecter les accords internationaux signés par le Soudan, l’un des quatre Etats arabes à avoir récemment décidé de reconnaître Israël.

– « On ne quittera pas la rue » –

Dans les rues de Khartoum, de nombreux Soudanais fustigeaient déjà tôt ce matin l’armée.

« Nous refusons le régime militaire et sommes prêts à sacrifier nos vies pour la transition démocratique », a juré Haitham Mohamed, l’un d’eux, à l’AFP.

« On ne quittera pas la rue avant le retour du gouvernement civil », a affirmé Sawsan Bachir, sous des drapeaux soudanais.

La tension était montée dernièrement entre les deux camps. Le 16 octobre, des pro-armée avaient planté leurs tentes devant le palais présidentiel, où siégeaient les autorités de transition.

En réponse, le 21 octobre, des pro-civils étaient descendus par dizaines de milliers dans les rues du pays pour, disaient-ils, « sauver » leur « révolution ».

LE JV2 AVEC AFP

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