Abdallah Hamdok, l’homme du consensus au Soudan, évincé par les militaires

Abdallah Hamdok, parle après sa prestation de serment comme Premier ministre soudanais, dans la capitale Khartoum, le 21 août 2019
Abdallah Hamdok, parle après sa prestation de serment comme Premier ministre soudanais, dans la capitale Khartoum, le 21 août 2019 afp.com – Ebrahim HAMID

L’économiste onusien devenu Premier ministre du Soudan, Abdallah Hamdok, est la première victime du coup de force des militaires qui a fait échouer lundi son pari du consensus et du partenariat civilo-militaire pour mener le pays à la démocratie après 30 ans de dictature.

Nommé en août 2019 à la suite d’un accord de partage du pouvoir entre l’armée et des figures issues du mouvement populaire qui a balayé l’ex-dictateur Omar el-Béchir, M. Hamdok, 63 ans, a fait carrière dans des organisations internationales et régionales, notamment comme secrétaire exécutif adjoint de la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU à Addis Abeba.

Il est apparu pour la dernière fois dimanche soir aux côtés de l’émissaire américain Jeffrey Feltman, plaidant ensemble pour une transition civile dans le pays, resté sous la férule de l’armée de façon quasi-ininterrompue depuis son indépendance en 1956.

Quelques jours plus tôt, en tenue traditionnelle, le Premier ministre avait salué dans une vidéo les manifestants partisans d’un transfert complet du pouvoir aux civils, leur promettant de réaliser les « objectifs de la révolution: liberté, paix et justice ».

Après une tentative de coup d’Etat manquée le mois dernier, Abdallah Hamdok prenait un ton grave pour mettre en garde contre les divisions profondes, estimant que la transition traversait sa « pire » crise.

Lundi, celui qui a étudié l’économie agricole à Khartoum avant d’obtenir un master à Manchester, en Grande-Bretagne, a été, selon son bureau, « enlevé avec son épouse à leur domicile par des militaires ».

Son bureau a appelé les Soudanais à « manifester » contre un « coup d’Etat » pour « protéger la révolution » de 2019.

Abdallah Hamdok, moustachu et cheveux grisonnants, est originaire du Kordofan-Sud, un Etat du sud du pays en proie, comme ceux du Nil Bleu et du Darfour, à un conflit entre rebelles et forces gouvernementales depuis plusieurs années.

– Austérité et paix –

Arrivé à Khartoum en provenance d’Addis Abeba en août 2019, à l’issue d’une révolte à laquelle il n’a pas participé, il avait pris les rênes d’un gouvernement chargé de doter le pays d’institutions démocratiques –dont un Parlement qui attend toujours d’être formé– et de proposer une politique économique capable d’enrayer inflation galopante et pauvreté endémique.

Familier des instances internationales, M. Hamdok est parvenu à obtenir du Fonds monétaire international (FMI) l’effacement d’une part importante de la dette soudanaise au prix d’une politique d’austérité drastique qui lui a toutefois coûté une bonne part de sa popularité.

Le fait que les autorités intérimaires n’ont toujours pas jugé les responsables du régime Béchir et de la répression de la révolte de 2019 a aussi sapé son capital sympathie.

Parmi les faits d’armes du Premier ministre: la conclusion d’un accord de paix en octobre 2020 avec une coalition de groupes rebelles qui a accepté de rendre les armes. L’économiste avait déjà participé à des initiatives de paix africaines dans les conflits au Darfour, dans le Kordofan et au Nil Bleu.

Sous son mandat de Premier ministre, le Soudan a aussi été retiré de la liste américaine des pays soutenant le « terrorisme » peu avant la décision de reconnaître l’Etat d’Israël.

M. Hamdok a par ailleurs travaillé pour la Banque africaine de développement et est réputé pour l’élaboration des politiques ayant stimulé la rapide croissance économique de l’Ethiopie sous le gouvernement de Meles Zenawi.

Souriant à sa prise de pouvoir, il promettait aux 45 millions de Soudanais de promouvoir « la bonne vision et les bonnes politiques (pour) affronter la crise économique ».

Abdallah Hamdok jouit également d’une image de champion de la transparence et de la bonne gouvernance, notamment depuis qu’il avait refusé en 2018 le poste de ministre des Finances que le président Béchir lui proposait.

Depuis un mois, son cabinet peinait toutefois à apporter une réponse aux Soudanais en proie à des pénuries de produits de base en raison du blocage par des manifestants du principal port du pays, à Port-Soudan (est).

Dans un pays où les infrastructures essentielles manquent, la rigueur économique n’a par ailleurs fait qu’accroître le mécontentement d’une population appauvrie par une inflation de plus de 300%.

LE JV2 AVEC AFP

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