Ouzbékistan: élection présidentielle en plein tarissement des réformes

Un homme vote à l'élection présidentielle, le 24 octobre 2021 à Tackent, en Ouzbékistan
Un homme vote à l’élection présidentielle, le 24 octobre 2021 à Tackent, en Ouzbékistan afp.com – VYACHESLAV OSELEDKO

L’Ouzbékistan votait dimanche lors d’une élection présidentielle qui devait offrir une victoire facile au dirigeant sortant Chavkat Mirzioïev dont les réformes libérales durant son premier quinquennat semblent menacées par un retour des pratiques autoritaires.

Agé de 64 ans, M. Mirzioïev, qui dirige le pays le plus peuplé d’Asie centrale depuis 2016, est salué pour avoir aboli le travail forcé, ouvert l’économie et libéré des opposants torturés par son impitoyable prédécesseur, Islam Karimov.

Mais il a renoué plus récemment avec des habitudes du passé, réprimant plusieurs voix critiques avant le scrutin. Ses détracteurs l’accusent par ailleurs d’avoir écarté toute opposition réelle du scrutin.

M. Mirzioïev affronte ainsi quatre candidats largement considérés comme fantoches et qui se sont abstenus de toute critique envers lui pendant la campagne.

Les électeurs ouzbeks ont commencé à voter à 03H00 GMT et pouvaient se rendre aux urnes jusqu’à 15H00 GMT. Mais à Tachkent, la capitale, nombre d’électeurs abordaient ce scrutin sans grand enthousiasme.

« Je n’aime aucun des choix proposés », a ainsi déclaré à l’AFP Georgy, un homme âgé de 45 ans ayant requis l’anonymat. Il a ajouté qu’il voterait « contre eux tous, y compris lui », une allusion à M. Mirzioïev.

Zera, une femme âgée de 55 ans qui faisait la queue dans un bureau de vote, a dit qu’elle soutenait le président sortant, tout en exprimant son inquiétude au sujet de la situation en Afghanistan, pays voisin où les talibans sont revenus au pouvoir.

« Ce pays m’inquiète beaucoup depuis qu’ils (les talibans) ont pris le pouvoir. Le monde entier leur a fait la guerre et rien de bon n’en est sorti. Peut-on avoir de bonnes relations ? Je ne suis pas sûre », a-t-elle déclaré.

– Région stratégique –

Frontalier de l’Afghanistan, l’Ouzbékistan est situé dans une région aussi difficile que stratégique, où la Russie et la Chine exercent une forte influence.

Ce pays enclavé, qui compte environ 34 millions d’habitants, était autrefois une étape majeure sur l’antique Route de la Soie, une situation qui a fait la fortune de cités comme Samarcande et Boukhara.

Cinq ans après la mort de Karimov, l’Ouzbékistan a sans aucun doute l’air plus libre.

M. Mirzioïev a notamment mis fin au travail forcé dans les champs de coton, y compris de milliers d’enfants, une mesure mondialement saluée.

Mais les deux dernières années de son premier mandat ont été marquées par la répression croissante de blogueurs critiques.

Un universitaire perçu comme l’un de ses rares véritables opposants, Khidirnazar Allakoulov, a lui été interdit de se présenter à la présidentielle.

La pandémie a aussi enrayé la forte croissance économique, plongeant le tourisme dans l’abîme et alimentant le mécontentement populaire. Le chômage et le coût de la vie ont fortement augmenté.

Fait rarissime, des manifestations ont même éclaté l’an dernier en réaction à des pénuries énergétiques.

– Pauvreté croissante –

Avant le scrutin, des Ouzbeks interrogés par l’AFP sur un marché de Tachkent semblaient donc plus préoccupés par la pauvreté grandissante que par la protection de la liberté d’expression.

« Nous attendons des changements comme des hausses de salaire. Ils sont faibles et pas toujours versés », a déclaré à l’AFP Ourazali Ergachev, un étudiant de 20 ans rencontré dans le centre de Tachkent avant le scrutin.

Pour Temour Oumarov, spécialiste de l’Asie centrale au centre Carnegie de Moscou, M. Mirzioïev est face à une équation délicate: continuer de réformer sans toucher au système autoritaire hérité de Karimov et dont l’élite profite.

« La corruption existe toujours au sommet du gouvernement, mais le pouvoir ferme les yeux », dit-il. Mais, « en parallèle, la société est plus dynamique qu’autrefois et ne sera pas contente si le gouvernement ne continue par les réformes. »

Le mois dernier, le président Mirzioïev, qui a rapproché son pays de Moscou et Pékin, a argué que la définition de la démocratie en Ouzbékistan n’était pas la même que dans d’autres pays. Et il a mis en garde contre l’instabilité

LE JV2 AVEC AFP

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