Turquie : dix ambassadeurs, dont celui de la France, déclarés comme « persona non grata »

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, le 20 octobre 2021.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, le 20 octobre 2021. © Afolabi Sotunde, Reuters

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé samedi avoir ordonné à son ministère des Affaires étrangères de déclarer « personae non gratae » dix ambassadeurs, dont ceux de la France, de l’Allemagne et des États-Unis. Ils avaient appelé, lundi, à la libération immédiate de l’opposant Osman Kavala, bête noire du régime turc.  

« J’ai ordonné à notre ministre des Affaires étrangères de régler au plus vite la déclaration de ces 10 ambassadeurs comme personae non gratae », a affirmé le chef de l’État lors d’un déplacement dans le centre de la Turquie, sans toutefois donner une date précise. 

Mesure rare dans les relations internationales, déclarer « personae non gratae » des diplomates ouvre la voie à leur expulsion ou leur rappel par leur propre pays. 

« Du matin au soir ils (les diplomates) répètent: Kavala, Kavala… Mais celui dont vous parlez, Kavala, c’est l’agent de Soros en Turquie », a affirmé le président durant une réunion publique, faisant une nouvelle fois référence au milliardaire américain d’origine hongroise George Soros auquel il compare régulièrement l’opposant.

Ces ambassadeurs « doivent connaître et comprendre la Turquie », a affirmé Recep Tayyip Erdogan en les accusant « d’indécence ». « Ils devront quitter » le pays « s’ils ne le connaissent plus », a-t-il ajouté.

Un opposant détenu sans condamnation depuis fin 2017

Dans un communiqué publié lundi soir, le Canada, la France, la Finlande, le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède et les États-Unis avaient appelé à un « règlement juste et rapide de l’affaire » Osman Kavala, homme d’affaires et mécène turc devenu une bête noire du régime, emprisonné depuis quatre ans sans jugement. Dès le lendemain, ils avaient été convoqués au ministère des Affaires étrangères, les autorités turques jugeant « inacceptable » leur démarche.

Le chef de l’État turc avait menacé jeudi d’expulser ces ambassadeurs, sans cependant prendre de mesures concrètes dans ce sens. Il avait déclaré ce même jour que les ambassadeurs réclamant la libération de l’homme d’affaires ne demanderaient pas celle de « bandits, d’assassins et de terroristes » dans leur propre pays.

>> À lire aussi : Osman Kavala, le philanthrope turc toujours dans le viseur d’Erdogan

Dans une déclaration écrite, Osman Kavala a jugé vendredi que cela n’aurait « aucun sens » pour lui d’assister à son futur procès en raison de l’impossibilité d’obtenir une procédure équitable à la suite de récentes déclarations de Recep Tayyip Erdogan.

Premiers pays à réagir, samedi soir, la Suède et la Norvège ont tous deux fait savoir qu’ils n’avaient reçu aucune notification officielle concernant leurs ambassadeurs respectifs à ce stade.    

« Notre ambassadeur n’a rien fait qui puisse justifier l’expulsion », a indiqué une porte-parole du ministère norvégien des Affaires étrangère, Trude Måseide, citée par l’agence de presse NTB. Elle a ajouté que son pays « continuera d’exhorter la Turquie à adhérer aux normes démocratiques et à l’état de droit auxquels le pays s’est engagé en vertu de la Convention européenne des droits de l’homme ».

Nouvelle audience en novembre

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Âgé de 64 ans, Osman Kavala, opposant et figure majeure de la société civile, est accusé depuis 2013 par le régime du président Erdogan de chercher à déstabiliser la Turquie. Il est notamment en ligne de mire pour avoir soutenu en 2013 les manifestations antigouvernementales connues sous le nom de mouvement de Gezi.

Puis il a été accusé d’avoir cherché à « renverser le gouvernement » lors de la tentative de coup d’État de 2016. En 2019, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a estimé que la détention de l’homme d’affaires ne reposait sur aucune preuve et avait un caractère politique. Elle a réclamé sa libération immédiate, une décision ignorée par la Turquie.

Osman Kavala restera en prison au moins jusqu’au 26 novembre, date de la prochaine audience judiciaire le concernant, a décidé début octobre un tribunal d’Istanbul, malgré les menaces européennes de sanctions contre Ankara.

Le Conseil de l’Europe a récemment menacé la Turquie de sanctions, qui pourront être adoptées lors de sa prochaine session (30 novembre au 2 décembre) si l’opposant n’est pas libéré d’ici là.

LE JV2 AVEC AFP

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