Brésil: à Sao Paulo, les cendres d’Amazonie deviennent une fresque géante

L'artiste brésilien Mundano devant sa fresque de 780m² à Sao Paulo le 13 octobre 2021

L’artiste brésilien Mundano devant sa fresque de 780m² à Sao Paulo le 13 octobre 2021 afp.com – Miguel SCHINCARIOL

Les cendres s’écoulent à travers un tamis, jusqu’au récipient plein de peinture. C’est avec des vestiges carbonisés de la végétation luxuriante d’Amazonie et d’autres régions du Brésil qu’a été créé une fresque géante sur la façade d’un immeuble de Sao Paulo.

Inaugurée officiellement mardi, l’oeuvre de Mundano, « Le pompier de la forêt », représente un soldat du feu, à la fois héroïque et impuissant face à un incendie.

Après avoir recueilli 200 kg de cendres dans différents biomes ravagés par les flammes, l’artiste a créé une immense fresque de 1.000 m2 sur un immeuble tout proche de l’Avenida Paulista, artère du coeur de la mégalopole brésilienne.

Les cendres proviennent non seulement de la jungle amazonienne, mais aussi du Pantanal, de la « mata atlantica » – forêt des zones littorales du Brésil – et de la savane du Cerrado.

« Cette idée m’est venue d’un sentiment d’impuissance. Cela fait des décennies qu’on voit la forêt brûler, de plus en plus ces dernières années, avec des niveaux record », confie à l’AFP cet artiste et activiste de 36 ans.

Début 2020, Mundano (qui souhaite être appelé par ce seul nom) avait peint une autre fresque géante, en utilisant des résidus de boue toxique provenant du barrage minier de Brumadinho, dont la rupture tragique en janvier 2019 avait fait 270 morts.

– Du gris partout –

Avec les cendres, Mundano souhaite sensibiliser les habitants de Sao Paulo aux incendies qui ravagent tous les ans des régions reculées du Brésil, immense pays aux dimensions continentales.

« Les feux de forêt en Amazonie, c’est trop loin, personne ne les voit vraiment. L’idée est d’amener les cendres ici pour susciter de l’empathie », explique-t-il.

En juin et juillet dernier, lors de ses expéditions pour collecter des cendres, il a ressenti la chaleur extrême du feu mais aussi la détresse des pompiers qui luttent inlassablement contre les incendies ravageant la faune et la flore.

Sur sa fresque, à côté d’un pompier, un homme noir au regard déterminé, on voit un squelette de caïman.

La palette de noirs ou gris varie selon la quantité d’eau utilisée, mais aussi selon l’origine des cendres, conservées dans des grandes boites transparentes dûment étiquetées. La fresque en noir et blanc tranche avec les couleurs vives des graffitis de Sao Paulo.

« La ville est grise, avec l’asphalte, la pollution. Nous aussi on est en train de devenir gris », déplore-t-il.

Graffeur durant son adolescence, Mundano s’est fait connaître en 2012, en décorant des carrioles de ramasseurs de matériaux recyclables avec des peintures colorées et des messages comme « mon véhicule ne pollue pas ».

– Le peintre Portinari –

Avec la fresque faite de cendres, cet artiste engagé dénonce l’incurie des gouvernements successifs, « négligents » et incapables selon lui de préserver l’environnement.

Et la situation n’a fait qu’empirer sous la présidence de Jair Bolsonaro: depuis le début de son mandat, en 2019, près de 10.000 km2 ont été déboisés par an en moyenne en Amazonie, contre 6.500 km2 lors de la décennie précédente.

Les incendies, qui surviennent après la déforestation, avec des brûlis pour faire place à l’agriculture et à l’élevage du bétail, ont aussi atteint des niveaux alarmants.

« Le gouvernement est en train de démanteler les politiques environnementales et de bafouer les droits des populations vulnérables », notamment les indigènes, insiste Mundano.

La fresque aux cendres est inspirée d’un célèbre tableau du peintre brésilien Candido Portinari (1903-1962), « O Lavrador de Café » (le laboureur du champ de café).

Comme dans cette oeuvre de 1934, la fresque de Mundano montre un homme noir, le visage tourné sur le côté, avec la végétation en arrière-plan.

Le modèle de Mundano est un homme bien réel, Vinicius Curva de Vento, pompier bénévole qu’il a vu combattre les flammes du Cerrado.

Mais si le laboureur de Portinari est muni d’une bêche pour retourner la terre, la pelle du « Pompier de la forêt » sert à étouffer les flammes. Et la végétation luxuriante du tableau cède la place à un paysage calciné sur la fresque, avec des camions transportant des troncs d’arbres.

LE JV2 AVEC AFP

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s