28e sommet Afrique-France: espoirs et attentes de la jeunesse invitée

Á Montpellier, les trams de la ville ce sont mis aux couleurs du sommet Afrique-France du 8 octobre 2021.
Á Montpellier, les trams de la ville ce sont mis aux couleurs du sommet Afrique-France du 8 octobre 2021. © RFI/Paulina Zidi

Le Nouveau sommet Afrique-France s’ouvre ce vendredi 8 octobre à l’Arena de Montpellier (sud). Un rendez-vous où ont été invités près de 3 000 jeunes venus du continent ou membres de la diaspora. Une édition particulière, sans chefs d’État africains. Rencontre avec cette jeunesse placée au premier plan.

Soleil automnal et ambiance particulière à Montpellier. Dans l’air, rien ne laisse penser que cette ville du sud de la France s’apprête à accueillir un incontournable des relations entre le continent et l’Hexagone : le traditionnel sommet Afrique-France, 28e du nom, plus de quatre ans après la dernière rencontre en janvier 2017 à Bamako, au Mali.

Ce jeudi, à quelques heures de l’ouverture du rendez-vous dans la grande salle de l’Arena, Montpellier n’est pas une ville bunkerisée comme souvent en ces occasions. Seules quelques affiches, pour vanter le festival qui se tient depuis le début de la semaine, rappellent l’événement à venir. Peut-être un premier signe qui ne trompe pas que ce sommet ne sera définitivement pas comme les autres. En effet, mis à part le président français, aucun chef d’État n’est attendu ce vendredi.

« Ça remet le citoyen africain au premier plan »

« Forcément, c’est étonnant, confie Jean-Jacques Lumumba. Ce jeune lanceur d’alerte, militant anticorruption, fait partie des 3 000 participants invités à Montpellier. C’est étonnant parce que ce sont quand même eux, les présidents, qui sont à la tête de leur pays et qui ont un pouvoir de décision. En même temps, ça remet le citoyen africain au premier plan. »

Et pour y arriver, le jeune Congolais estime qu’il faut entamer un changement de paradigme : « C’est le moment pour la jeunesse de penser et repenser son rôle et c’est un changement de cap de la France. Il faut un nouveau partenariat avec le citoyen. C’est au citoyen africain de prendre ses responsabilités et d’apporter des solutions pour notre continent sans compter sur l’aide de la France. »

Pas de sujet tabou

Une France que Fatimata Diosso connaît bien puisque cette championne paralympique ivoirienne vit à Dijon. C’est là, après avoir habité à Blois, qu’elle s’entraîne, avec comme objectif les jeux de Paris en 2024. Très engagée pour l’intégration des porteurs de handicap, elle nous avoue avoir dit oui tout de suite quand l’Élysée lui a proposé de venir à Montpellier.

« C’était une évidence d’être là. Je souhaite avant tout rencontrer des homologues, échanger. Ce format sans chef d’État, je trouve cela plutôt bien. Ça fait baisser la pression, les langues vont pouvoir se délier et surtout, il n’y aura pas de sujet tabou. »

Pas de sujet tabou, c’est aussi l’envie d’Amina Zakhnouf. Cette jeune Marocaine, cofondatrice d’un incubateur de politiques publiques JMA, a une place à part pour cette rencontre puisqu’elle fait partie des onze jeunes sélectionnés et qui doivent débattre en direct pendant près de deux heures avec le président français Emmanuel Macron. « Pour moi, le deal dès le départ, c’était que l’Élysée ne sache pas les sujets que l’on veut aborder. De leur côté, ils ne nous ont donné aucune indication, on nous a laissé quartier libre. On veut une discussion franche tous les onze et on fera tout pour l’avoir », prévient-elle.

Être écoutés et entendus

Les participants rencontrés à Montpellier ont un souhait en commun : être entendus. Par le président français, mais aussi par les chefs d’État africains. « En réalité, la France a besoin d’entendre toutes ces voix de la société civile sous un autre format et casser la dynamique diplomatique souvent pesante. Après, si les dirigeants africains veulent se prêter à l’exercice, elles trouveront des jeunes totalement prêts à relever le défi. L’essentiel est qu’on soit écoutés », confirme Amina Zakhnouf.

Écoutés et entendus pour Fatimata. Surtout sur les sujets qui sont de vrais problèmes de société, selon la jeune sportive : « Le problème, c’est la corruption. Moi qui me suis entraînée en Côte d’Ivoire, qui ai un président de fédération qui demandait la moitié des primes des athlètes, c’est trop difficile. C’est une vraie pression psychologique. Et c’est ça qui crée aussi l’immigration. Si vous avez des sportifs qui ne sont pas bien, ils veulent aller ailleurs et partent en France. Il faut changer les choses pour leur donner envie de rester, leur permettre de s’entrainer à haut niveau et d’avoir des résultats, sans devoir s’expatrier. »

Un acte isolé ?

Un discours qui résonne pour Jean-Jacques Lumumba qui pense qu’il faut mettre des moyens dans l’éducation sur place, sur le continent pour là-aussi permettre aux générations de demain, de ne pas avoir à partir pour se former. « C’est important de faire quelque chose au niveau de l’éducation. Il ne s’agit pas de venir tout le monde pour étudier en Europe. Il faut développer les universités sur place, peut-être qu’il faut même en construire de nouvelles. Il faut un accompagnement technologique pour que tout cela soit mis à niveau aux standards internationaux. Pour que ce sommet soit une réussite, il faut une annonce de ce côté-là. »

Une annonce et du suivi pour Amina pour qui ce rendez-vous ne doit pas rester un acte isolé. « Il faut que ce sommet initie des projets longs termes et réguliers d’inclusion de la société civile dans la politique publique et les relations entre l’Afrique et la France. Il faut que ça inspire une conversation élargie entre l’Europe et l’Afrique, et que demain nos dirigeants puissent enfin considérer les sociétés civiles comme des véritables acteurs des relations internationales, pas juste pour se donner bonne conscience dans un débat. » Et elle met en garde pour que « nos propositions ne soient pas balayées d’un revers de main avec les confettis de l’Arena vendredi soir. »

LE JV2 AVEC AFP

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