Bugaled Breizh: les familles décrivent des marins expérimentés

Thierry Lemétayer, fils de l'un des cinq marins décédés dans le naufrage du Bugaled Breizh, devant la Haute cour à Londres le 4 octobre 2021

Thierry Lemétayer, fils de l’un des cinq marins décédés dans le naufrage du Bugaled Breizh, devant la Haute cour à Londres le 4 octobre 2021 afp.com – Tolga Akmen

« A cheval sur la sécurité », « carré » en mer: les familles des marins décédés dans le naufrage du chalutier français Bugaled Breizh ont dressé le portrait de pêcheurs expérimentés, au premier jour des investigations de la justice britannique sur ce drame resté inexpliqué depuis 2004.

Près de 18 ans après la tragédie, les familles des cinq marins ont l’espoir commun d’enfin parvenir à la « vérité » lors des trois semaines d’audience prévues devant la Haute Cour de Londres.

Depuis le début, plutôt qu’un accident de pêche, elles soutiennent la thèse d’un accrochage avec un sous-marin militaire, qui n’a jamais pu être confirmée par la justice française au terme d’une longue procédure, clôturée en 2016 sans parvenir à une conclusion.

Devant le juge, le fils d’une des victimes, Thierry Lemétayer, a lu quelques lignes pour faire revivre trois des marins au centre de l’enquête britannique, morts dans le naufrage du 15 janvier 2004.

En moins d’une minute ce jour-là, tout l’équipage du Bugaled Breizh (« Enfants de Bretagne » en breton) avait été emporté par le fond quand le chalutier de Loctudy (Finistère) avait sombré dans des conditions météorologiques plutôt bonnes, au large des Cornouailles (sud-ouest de l’Angleterre).

– La pêche « dans le sang » –

La pêche, « il avait ça dans le sang depuis tout petit », a indiqué le frère de Pascal Le Floch, 49 ans, né dans une famille de pêcheurs, selon des mots relayés par M. Lemétayer. « Petit, il allait en mer pendant les vacances scolaires (…): jamais nous n’aurions imaginé une mort aussi brutale, voire violente ».

Yves Gloaguen, 44 ans, était « joyeux » et « blagueur », mais « carré quand il prenait la mer », a assuré sa sœur. « A cheval sur la sécurité, il n’aurait jamais pris de risques à mettre ses hommes et son outil de travail en danger », a-t-elle ajouté.

Thierry Lemétayer s’est lui souvenu de son père Georges, 60 ans, embarqué à 13 ans et demi comme « novice sur un chalutier lorientais » et devenu, à ce jeune âge, « la seule source de revenus de sa famille ».

Il avait un jour évoqué « les accidents récurrents entre pêcheurs et sous-marins » « sur un ton très fataliste » mais « dans l’espoir que cela change un jour », a-t-il raconté: « ça n’a pas changé assez vite sans doute ».

Seuls les corps de Patrick Gloaguen, Yves Gloaguen et Pascal Le Floch ont été retrouvés – le premier dans l’épave lors de son renflouement, les deux autres dans les eaux britanniques. Georges Lemétayer et Eric Guillamet ont, eux, été portés disparus en mer.

– « Un si mauvais secret » –

Le Bugaled Breizh se trouvait dans une zone où se déroulaient des exercices militaires de l’Otan et de la Royal Navy.

Lors de l’audience, le juge Nigel Lickley a rappelé que trois sous-marins y opéraient au moment du naufrage: le sous-marin néerlandais Dolfijn, remonté en surface et le plus proche lors du premier appel de détresse à 12H25, l’allemand U22, également en surface, et un britannique.

« Si le ministère de la Défense britannique ou l’Otan dit +on a couvert des choses effectivement, on s’excuse et on règle l’affaire+, moi je rentre à la maison, je n’embête plus personne et vous n’entendrez plus jamais parler de moi », a confié Thierry Lemétayer avant l’audience, regrettant que le secret-défense ait toujours été opposé aux familles.

L’objectif des audiences au Royaume-Uni est d’éclaircir les causes des décès, sans toutefois prononcer de condamnations.

Parmi les dizaines de témoignages prévus –marins, secouristes, experts, militaires–, il y aura le 12 octobre celui de l’ancien commandant du sous-marin nucléaire britannique HMS Turbulent, Andrew Coles, bâtiment soupçonné d’avoir joué un rôle dans le drame.

« Les familles des victimes (…) ne pourront construire un deuil que quand elles sauront comment sont morts leurs proches », a confié à l’AFP leur avocat Dominique Tricaud. « Les auteurs sont aussi des marins et je crois qu’un marin ne meurt pas avec un si mauvais secret », a-t-il ajouté.

Le ministère britannique de la Défense et la Royal Navy ont démenti toute implication d’un sous-marin britannique.

En Grande-Bretagne, la procédure, lancée en raison des deux corps repêchés dans les eaux britannique, avait jusqu’ici été suspendue pour donner la préséance à la justice française.

LE JV2 AVEC AFP

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