Qui est Choguel Maïga, le Premier ministre malien qui défie la France ?

Le Premier ministre Choguel Maïga lors de son discours le 25 septembre 2021 devant l'Assemblée génerale de l'ONU avait fustigé le retrait de Barkhane au Mali.<br />
 

Le Premier ministre Choguel Maïga lors de son discours le 25 septembre 2021 devant l’Assemblée génerale de l’ONU avait fustigé le retrait de Barkhane au Mali. AP/ Kena Betancur

Le Premier ministre malien du gouvernement de transition, Choguel Maïga, n’avait pas mâché ses mots à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU contre la France, coupable « d’abandon en plein vol » du Mali. Ce discours de fermeté contre Paris vaut à ce vieux routier de la vie politique malienne une nouvelle popularité. Portrait.

Amara Bathily, fait partie de ces jeunes de Bamako venu rencontrer à tout pris le chef du gouvernement, non loin de l’aéroport. « Nous sommes venus afficher notre soutien. Le peuple est avec Choguel Maïga », lance t-il au micro de l’AFP.

L’accueil est en effet triomphal, ce 28 septembre. Le convoi de Choguel Maïga a dû fendre la foule nombreuse pour trouver son chemin. Celle-ci était venue en nombre afficher son soutien au chef du gouvernement de transition au son des vuvuzelas et des klaxons de motos. Sur de larges banderoles, le long du trajet, on pouvait lire des slogans tels que « Le Mali s’assume » ou « Le Peuple vous accompagne ».

Une nouvelle popularité

La popularité du chef du gouvernement de transition est au beau fixe depuis son discours tenu à l’Assemblée générale de l’ONU. Le Premier ministre malien du gouvernement de transition n’avait pas mâché ses mots. Il avait accusé la France d’avoir « abandonné en plein vol » le Mali en décidant de retirer la force Barkhane. Il n’avait pas exclu l’idée de recourir à « d’autres partenaires » pour assurer la sécurité de son pays notamment dans le nord du Mali autour de la ville de Kidal.

Des négociations entre Bamako et le groupe de sécurité privée russe Wagner, jugé proche du Kremlin, ont actuellement lieu. Plusieurs centaines de mercenaires russes pourraient débarquer au Mali. Le chef du gouvernement malien ne s’attendait peut-être pas à un tel acceuil. L’homme, notamment lors de sa nomination au poste de chef de gouvernement le 7 juin dernier, par la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta, était surtout perçu comme un vieux routier de la vie politique.

Formé dans l’URSS des années 80

L’homme de 63 ans du haut de ses trente ans de carrière politique a été de nombreuses fois ministres dans des régimes différents. Il a été un ancien partisan du dictateur Moussa Traoré (1968-1991). Il est devenu ministre du président Keïta, élu démocratiquement (2013-2020) avant d’en devenir son détracteur le plus acharné. L’homme est « un animal politique », écrit lors de sa nomination au poste de Premier ministre, le rédacteur en chef du site d’information malien Benbere, Bokar Sangaré.

Russophone

Choguel Maïga est né en 1958 à Tabango dans la région de Gao. Le Mali envoie dans les années 1970-1980 une partie de ses brillants éleves du pays part faire leurs études dans ce qui était encore l’Union soviétique. Maîtrisant le russe, il devient étudiant à l’Institut de télécommunications de Moscou. Il en sort avec un diplôme d’ingénieur en télécommunication et gardera un souvenir ému de sa période soviétique.

Il rentre à Bamako à la fin des années 1980 où il soutient une thèse sur le désenclavement du nord du Mali en matière de télécommunications. Il occupe divers postes à la Société des télécommunications du Mali et affiche son soutien au dictateur Moussa Traoré (1968-1991). Il ne reniera pas son soutien politique à Moussa Traoré lors de la chute de ce dernier en 1991. 

Un « animal politique »

Il rallie ensuite Amadou Toumani Touré (ATT). « ATT » est élu démocratiquement en 2002. Choguel Maïga sera le ministre de l’Industrie et du Commerce du président. Amadou Toumani Touré est renversé par un coup militaire en 2012. En 2015 Choguel Maïga se rapproche d’un autre président élu également démocratiquement, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Ce dernier lui confie le portefeuille de l’Économie numérique, de l’Information et de la Communication.

Moussa Traoré a été dictateur du Mali pendant 22 ans de 1968 à 1991 (photo prise en 1984). Choguel Maïga n'a jamais renié son soutien à ce régime.<br />
 

Moussa Traoré a été dictateur du Mali pendant 22 ans de 1968 à 1991 (photo prise en 1984). Choguel Maïga n’a jamais renié son soutien à ce régime. AP/ Archives

Choguel Maïga aura été de toutes les luttes de pouvoir, souvent à la marge. Il multiplie les  candidatures à l’élection présidentielle de 2002, 2013 et 2018. Son score ne dépasse pas les 2 à 3% des voix à chaque scrutin mais il sait se rendre indispensable. Véritable « animal politique », capable de sentir l’opinon, il rompt avec Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), devenu de plus en plus impopulaire.

Il rejoint le Mouvement du 5-Juin/Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), coalition hétéroclite d’opposants politiques, de chefs religieux et de membres de la société civile à la présidence d’IBK. Ibrahim Boubacar Keïta est renversé par un coup d’Etat militaire, dirigé par le colonel Asimi Goita le 18 août 2020.

Un opportuniste sans véritable identité politique ?

Dans un premier temps, la junte militaire ignore le M5-RFP et  Choguel Maïga. Ce dernier lance ses flèches contre le pouvoir militaire. Ce 7 juin, Choguel Maïga est finalement nommé chef du gouvernement de transition par ce même Goïta et son groupe d’officiers. Ministre dans des régimes démocratique, chef de gouvernement d’une junte militaire, ces détracteurs estiment qu’il est avant tout un « opportuniste » sans « véritable identité politique ».

Lire : Paris juge « inacceptables » les propos du ministre malien sur un « abandon » de la France au Mali

En trente ans de carrière politique, l’homme a bien le cuir épais. C’est un habitué des attaques politiques, capable de temporiser avant de contre-attaquer. Le chef du gouvernement, dès son arrivée à Bamako a été interrogé sur les propos de la ministre des Armées, Florence Parly. Celle-ci estimait que les propos à l’ONU de Choguel Maïga consistaient à « s’essuyer sur le sang des soldats français tués au Mali ». L’homme n’a pas souhaité repondre, « pour l’instant ».

LE JV2 AVEC AFP

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