Apprendre à conduire à Bamako, un slalom entre motos et nids de poules

Mohamed Toure, 23 ans, prend une leçon de conduite dans les embouteillages de Bamako, le 7 septembre 2021

Mohamed Toure, 23 ans, prend une leçon de conduite dans les embouteillages de Bamako, le 7 septembre 2021 afp.com – ANNIE RISEMBERG

« La seule chose qui me fait peur, c’est qu’ici on ne respecte pas trop le code de la route »: Oumou Touré est au volant, le visage concentré et le regard filant de gauche à droite au gré des motos qui surgissent pour la doubler.

Elle a quelques heures d’apprentissage à son actif dans les rues de Bamako. Encore quelques autres et elle pourra passer son permis.

Au Mali, le permis s’obtient après un test théorique du code de la route et un examen pratique qui se résume souvent à un simple créneau. Il faut avoir 18 ans.

« Le plus important est de rendre les apprenants patients et responsables. Enseigner la théorie du code, c’est pareil ici qu’en Europe. Mais la pratique, ça, c’est une autre réalité! », résume le directeur de l’auto-école Kanaga, Abdramane Dama.

Cette réalité, c’est celle de la capitale malienne, ville de 3,5 millions d’habitants en pleine expansion, aux chaussées goudronnées sur les grands axes mais de terre quand on s’engouffre dans les quartiers. La circulation est désordonnée et les accidents nombreux.

Il faut compter avec des nuées folles de motos, pour lesquelles il n’est pas besoin de permis, à la différence des quatre-roues, et que pilotent souvent des mineurs inconscients, des minibus de transport public qui roulent à tombeau ouvert, un goudron creusé sous l’action des pluies, des boeufs et des moutons qui s’invitent sur la chaussée.

Tout cela dans les nuages noirs que crachent des vieux pots d’échappement.

« C’est compliqué », dit Drissa Koudjougou, le moniteur d’Oumou Touré ce jour-là, « mais on est habitué maintenant, ça fait des années qu’on travaille au même rythme. Donc les complications, on ne les sent plus ».

– Jeunes et vieux –

Drissa Koudjougou conserve son sang-froid quand un minibus vire brusquement devant la voiture, ou quand un conducteur visiblement pressé fait une queue de poisson avant le feu rouge. Le maître et l’élève en rient, sous l’oeil fatigué d’un policier qui s’époumone dans son sifflet.

Le nombre de personnes tuées chaque année sur les routes maliennes oscille entre plusieurs centaines et plusieurs milliers selon l’Agence nationale de sécuritaire routière ou l’Organisation mondiale de la Santé.

De tels recensements sont aléatoires dans un pays en proie à une crise profonde, sécuritaire, économique et politique. Mais le Mali accusait en 2019 un taux de mortalité routière de 23 morts pour 100.000 habitants (16 à travers le monde, 2 en Suisse), selon la Banque mondiale. L’Afrique représente l’écrasante majorité des cinquante pays aux routes les plus mortifères, même si la sinistre palme (65) revient à la République dominicaine.

Le danger et le foutoir automobile bamakois, résonnant de coups de klaxon et d’invectives, ne dissuadent pas les aspirants au permis de couleur rose, qui se pressent tous les jours dans l’auto-école de M. Dama.

« Il y a des jeunes, des vieux, la salle est toujours pleine! », explique Samba Dama, moniteur de code et beau-frère du patron. Derrière lui, un grand tableau noir répertorie tous les panneaux existants.

Peu de ces panneaux sont visibles à Bamako. « Mais comme le code est universel, dans tous les pays où vous allez vous allez trouver le même code. C’est pour ça qu’on les apprend tous! », dit Samba Dama.

Au fond de la salle, Clarisse et Carine Koné révisent le code en remettant leurs tresses derrière l’oreille. Les deux jumelles de 16 ans, même robe colorée sur le corps, disent en choeur vouloir « devenir indépendantes ».

– Sésame professionnel –

« Chaque matin les parents nous amènent à l’école puis vont au travail. C’est assez incommodant. On préfère avoir notre permis et les laisser tranquilles », dit Carine, voix claire et épaules droites, sous le regard amusé des autres apprenants.

Le permis est aussi nécessaire pour trouver un emploi, renchérit Abdramane Dama. « A chaque offre de poste, on demande si vous avez le permis, c’est essentiel ».

Ce chef d’entreprise de 56 ans a travaillé en France dans les années 1990, dans une auto-école des Sables d’Olonne (ouest), puis de la région parisienne, avant de revenir au pays monter sa structure.

« Il faut se dire la vérité: dans ce secteur, on vient de très loin au Mali », dit-il.

Le nombre d’auto-écoles est passé d’une dizaine en 2000 à près de 300, dit Djigui Camara, de l’association des promoteurs d’auto-écoles. Mais la majorité ne sont pas légales et beaucoup recourent à des instructeurs non-habilités, dit-il.

Il faudrait « que les autorités nous accordent plus d’importance, nous sommes un maillon très important de la sécurité routière », plaide-t-il. Surtout, « il faudrait que tout le monde sur la route soit passé par une auto-école agréée ! »

LE JV2 AVEC AFP

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