L’Allemagne en route vers l’après Merkel dans un scrutin incertain

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier dépose son bulletin dans l'urne dans un bureau de vote à Berlin le 26 septembre 2021.
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier dépose son bulletin dans l’urne dans un bureau de vote à Berlin le 26 septembre 2021. afp.com – KAI PFAFFENBACH

Les Allemands votent dimanche pour des législatives à suspense où sociaux-démocrates et conservateurs se disputent la succession d’Angela Merkel qui va quitter la chancellerie après seize ans de pouvoir.

« Je vais toujours voter mais cette année, c’est passionnant de savoir qui ça va être », a témoigné Ursula Becker, une électrice de 62 ans à Aix-la-Chapelle, cité rhénane dans l’ouest de l’Allemagne.

Quelque 60,4 millions d’électeurs ont jusqu’à 18H00 (16H00 GMT) pour élire leurs députés et environ 40% se disaient encore indécis à quelques jours de ce vote crucial pour la première économie européenne.

Les sociaux-démocrates de l’actuel ministre des Finances Olaf Scholz devancent légèrement, avec 25%, les conservateurs d’Armin Laschet, crédités de 22 à 23%, un score historiquement bas, selon d’ultimes sondages.

Le pronostic est encore rendu plus compliqué par la prise en compte du vote par correspondance, privilégié par nombre d’électeurs, dont Angela Merkel.

Le chef de l’Etat Frank-Walter Steinmeier a lui déposé son bulletin dimanche matin dans un bureau de Berlin.

« Qui vote fait vivre la démocratie », a déclaré le président social-démocrate, appelant à se rendre aux urnes.

– Tractations –

Le nom du futur chancelier et la composition de sa probable majorité risquent ainsi de pas être connus dès dimanche soir et de longues tractations seront nécessaires dans les prochains mois pour former le futur attelage au pouvoir. Avec le risque d’entraîner une paralysie européenne jusqu’au premier trimestre 2022.

Angela Merkel, 67 ans dont plus de 30 en politique, restera aux commandes durant cette période pour expédier les affaires courantes.

Après s’être tenue à l’écart des joutes électorales, la chancelière a multiplié ces derniers jours les meetings pour soutenir Armin Laschet, en difficulté depuis l’été.

L’engagement d’une chancelière dont la popularité reste au zénith suffira-t-il pour empêcher la victoire du SPD? Rien n’est moins sûr.

Longtemps englué à la troisième place des sondages, le SPD a effectué à partir de la mi-août une improbable remontada.

Les erreurs de ses adversaires, conjuguées au quasi sans-faute de son chef de file, de tendance centriste, ont permis de faire mentir les pronostics qui promettaient à l’un des plus vieux partis d’Europe une mort lente.

– Goût amer –

Ancien maire de Hambourg, Olaf Scholz, bien que dénué de charisme, n’hésite pas à se poser, jusque dans la gestuelle, en véritable héritier de Mme Merkel.

Longtemps en tête de intentions de vote, les chrétiens-démocrates risquent eux de tomber pour la première fois depuis 1949 sous la barre symbolique des 30%.

Outre l’usure du pouvoir, l’union conservatrice a pâti de la mauvaise campagne de son candidat, maladroit et impopulaire.

Président de la CDU et de la plus vaste région, la Rhénanie du nord-Westphalie, M. Laschet a la réputation de toujours retomber sur ses pieds et de se défaire des adversaires les plus coriaces.

Mais la marche semble cette fois bien haute pour l’ancien journaliste, qui a imposé sa candidature lors d’une terrible guerre des chefs contre le dirigeant bavarois Markus Söder.

L’épouvantail d’une coalition de gauche, agité par les conservateurs, pourrait toutefois mobiliser les indécis.

Les Verts devraient se contenter de la troisième place, avec environ 17%.

Ce score serait historique pour des Grünen qui n’ont jusqu’ici dépassé la barre des 10% qu’en 2009. Mais il leur laisserait un goût amer car ils étaient en avril encore en tête des sondages, dans une Allemagne inquiète du changement climatique, un sujet qui mobilise particulièrement les jeunes.

« C’est vraiment un thème très important pour moi, car je pense qu’il influencera beaucoup ma vie à l’avenir », a confié dimanche Maite Hoppenz, une électrice de 18 ans venue voter pour la première fois.

La cheffe de file des Verts, Annalena Baerbock, 40 ans, a multiplié les couacs avant l’été, entre accusations de plagiat et primes non déclarées.

Les Verts souhaitent participer au gouvernement, si possible avec les sociaux-démocrates. Pour la première fois depuis les années 1950, l’appoint d’un troisième parti devrait toutefois être nécessaire.

Les libéraux du FDP apparaissent d’ores et déjà comme un potentiel « faiseur de roi ».

La gauche radicale Die Linke semble être prête à participer mais devra d’abord renoncer à ses critiques contre l’Otan.

L’extrême droite AfD, entrée pour la première fois au Bundestag il y a quatre ans, devrait confirmer son ancrage parlementaire avec environ 10% mais reste exclue de toute coalition éventuelle.

LE JV2 AVEC AFP

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