Tunisie : Kaïs Saïed a moins de 100 jours pour trouver 2,4 milliards de dollars pour le budget de l’État

Kaïs Saïed donne un discours devant ses partisans à Sidi Bouzid le 20 septembre dernier. Il y dénonce la "corruption" de la classe politique assimilée à des voleurs.
Kaïs Saïed donne un discours devant ses partisans à Sidi Bouzid le 20 septembre dernier. Il y dénonce la « corruption » de la classe politique assimilée à des voleurs. AP/Slim Abid

Le coup de force constitutionnel du président Kaïs Saïed va t-il mettre en péril l’avenir financier de l’État tunisien ? Le pays a besoin de 2,4 milliards de dollars pour boucler son budget 2021. Des négocations avaient lieu entre Tunis, le FMI, la Banque mondiale et le Trésor américain. Mais depuis le 25 juillet la Tunisie n’a plus de gouvernement et le Parlement ne se réunit plus. Les négociations avec les grands bailleurs internationaux sont au point mort

Les négociations semblaient en bonne voie. Une délégation tunisienne s’était déplacée début mai à Washington pour « des discussions techniques ». Le FMI avait alors passé en revue les détails du plan fourni par le gouvernement tunisien en échange d’une demande d’aide de 4 milliards de dollars pour les budgets 2021 et 2022.

Trouver 2,4 milliards de dollars

Le FMI s’était donc dit « prêt à aider » le pays lors de ces discussions. La Banque mondiale et le Trésor américain se disaient également prêts également à renflouer les caisses vides de la jeune démocratie tunisienne. Au 24 juillet, date de son renvoi par le président Kaïs Saïed, le premier ministre Hichem Mechichi, n’avait plus que cinq mois pour trouver 2,4 milliards de dollars pour boucler son budget 2021. Mais les négociations semblaient se décanter et un accord de principe avec le FMI était attendu pour ce 30 septembre selon le gouvernement tunisien de l’époque.

Un accord en bonne voie avec le FMI avant le coup de force de Kaïs Saïed

Ce prêt en faveur de la Tunisie, le quatrième depuis 2011, aurait été garanti par Washington. D’autres pays créanciers, comme la France ou l’Allemagne, étaient disposés à débloquer des fonds en cas d’accord avec le FMI.

Lire : Tunisie : le président Kaïs Saïed tourne la page de la première période de démocratie post-Ben Ali

Le gouvernement de Hichem Mechichi espérait avant sa destitution le 25 juillet dernier parvenir à un accord de principe avec le FMI d'ici le 30 septembre.

Le gouvernement de Hichem Mechichi espérait avant sa destitution le 25 juillet dernier parvenir à un accord de principe avec le FMI d’ici le 30 septembre. AP

De même, en cas d’accord avec le FMI, l’État tunisien aurait pu, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique, emprunter à nouveau sur les marchés internationaux à des taux entre 5 et 6 %. Une loi de finance votée par les députés devait avaliser ce montage budgétaire avant la date du 30 décembre.

Il est peu probable que le FMI souscrive à un nouveau programme d’aide si la situation politique reste inchangéeMoody’s, agence de notation

Depuis le 25 juillet, les négociations sont cependant au point mort. Le pays n’a plus de gouvernement, ni de parlement. Un accord n’est donc pas prêt de tomber le 30 septembre. Les grands bailleurs internationaux n’ont plus d’interlocuteur.

Des négociations au point mort

Le FMI  n’a pas caché son inquiétude. « Nous suivons de près l’évolution de la situation en Tunisie », qui « continue de faire face à des pressions socio-économiques extraordinaires, notamment en raison de la pandémie de Covid-19 », déclarait le 25 août le porte-parole du FMI. Depuis cette grande institution internationale ne s’est plus exprimée sur le sujet. Pour sa part, l’agence de notation Moody ne croit plus en une aide du FMI si la situation politique actuelle ne change pas. « Il est peu probable que le FMI souscrive à une nouveau programme d’aide », estimait l’agence de notation dans son rapport sur la solvabilité du pays.

Une aide saoudienne ?

Sans parlement, sans gouvernement, et sans aide du FMI, comment Kaïs Saïed pourra t-il payer les fonctionnaires, les enseignants ou les agents de l’hôpital public ? Le président tunisien compte sur un allié. Il s’agit de l’Arabie saoudite. Le roi Salmane a ainsi félicité Kaïs Saïed, le 20 août 2021 lors d’un entretien téléphonique, pour son coup de force du 25 juillet. Le royaume saoudien a promis une aide en cas de difficulté financière.

À quelle hauteur ? Il reste moins de 100 jours au président tunisien pour trouver 2,4 milliards de dollars.

LE JV2 AVEC AFP

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