France – Liban : l’engagement du président Macron dans la crise libanaise a-t-il porté ses fruits ?

Le président français Emmanuel Macron, à gauche, accompagne le Premier ministre libanais Najib Mikati, après leur rencontre à l'Elysée, à Paris, le vendredi 24 septembre 2021.

Le président français Emmanuel Macron, à gauche, accompagne le Premier ministre libanais Najib Mikati, après leur rencontre à l’Elysée, à Paris, le vendredi 24 septembre 2021. AP Photo/Francois Mori

Vendredi 24 septembre, Emmanuel Macron a reçu le Premier ministre libanais, Nagib Mikati au Palais de l’Elysée à Paris. L’occasion pour le président français de faire le point sur les crises économique et sociale qui frappent le Liban. Emmanuel Macron s’était personnellement engagé dans ce dossier, afin d’amener le pays du Cèdre à mener des réformes, avec un succès plus que mitigé. 

Il y a un peu plus d’un an, Emmanuel Macron se rendait pour la deuxième fois, en un mois, au Liban pour y rencontrer les responsables politiques libanais. Les deux explosions au port de Beyrouth ont mis en exergue et ont accentué des crises politique, sociale et économique sans précédent. La visite du président français avait pour but d’apporter de l’aide, humanitaire et financière. Mais en contrepartie, Emmanuel Macron a fixé un certain nombre d’objectifs, notamment sur le plan politique.

(Re)lire : Liban : quelle est l’influence de la France au pays du Cèdre ?

« Les résultats ne sont pas au rendez-vous »

Un volontarisme saluée par de nombreux Libanais, qui, selon Karim Emile Bitar, spécialiste du Liban et directeur de recherche à l’IRIS, ont vu en le président français « le disrupteur d’un système libanais sclérosé ».

Plus d’un an plus tard, après deux visites, mais aussi trois conférences internationales co-présidées par la France, « force est de constater que les résultats ne sont pas au rendez-vous », souligne Karim Emile Bitar. 

Le premier objectif, qui consistait en l’établissement rapide d’un gouvernement de réformateurs et de technocrates indépendants, chargés du redressement du pays, a été un échec. 

Selon Karim Emile Bitar, « la classe politique libanaise a fait preuve de roublardise et a réussi à vendre toutes sortes de promesses à Emmanuel Macron, afin de gagner du temps ». « Tant est si bien que lorsque le gouvernement a été constitué, cela a été un soulagement pour tous, alors qu’il ne ressemble, en rien, à l’initiative française, telle qu’elle avait été définie par le président français », ajoute le spécialiste.

Pour lui, le gouvernement Najib Mikati, formé à l’issue d’interminables tractations politiques est « un gouvernement de partage des dépouilles entre les vieux partis communautaristes ».

Pour plus d’informations, voir : Liban ; un nouveau gouvernement est annonc

Qui est Najib Mikati, désigné premier ministre du Liban, le 26 juillet dernier ? 
Najib Mikati a été nommé premier ministre du Liban le 26 juillet dernier. Il est l’un des hommes les plus riches du Liban. Sa fortune est estimée à 2,7 milliards de dollars. Il a bâti sa richesse grâce aux télécoms, à l’immobilier ou encore au textile.
Il a été parlementaire en 2000, puis premier ministre en 2005, un poste qu’il n’occupera que 3 mois, le temps d’organiser des élections législatives. 
En 2011, ce sunnite reprend le siège de premier ministre en dirigeant un gouvernement dominé par le Hezbollah. Mais, en raison de divergences concernant le conflit en Syrie, il démissionne en mars 2013. Des enquêtes ont été ouvertes contre lui pour des soupçons « d’enrichissement illicite ». Rien n’a, pour le moment, été prouvé concernant ces accusations. Néanmoins, son profil lui vaut l’hostilité des Libanais. 

Un chantier immense

Pour autant, comme l’a affirmé Emmanuel Macron, la France ne « lâchera pas le Liban ». Pour Karim Emile Bitar, cette formule est polysémique : « cela peut être interpréter de sorte à ce qu’Emmanuel Macron dit qu’il n’abandonnera pas le Liban, mais aussi qu’il surveillera la situation et le Premier ministre de très près ».

La France continuera donc de soutenir le Liban, dans les nombreuses réformes réclamées par le peuple libanais. Parmi celles-ci : la rénovation du secteur de l’énergie, la lutte contre la corruption mais aussi la refonte de l’administration.

Une réforme sera particulièrement scrutée de près par Paris, selon Karim Emile Bitar : « En tant qu’ancien banquier, Emmanuel Macron va suivre, tout particulièrement, la restructuration banquière. Il a très bien compris ce qui s’était passé au Liban et c’est pour cela qu’il a dénoncé un système crapuleux, mis en place par le gouverneur de la banque du Liban », ajoute-t-il. Des changements nécessaires pour le Liban, si le pays ne veut pas perdre la manne financière promise, sous conditions, par le Fonds monétaire international. 

Le dossier libanais et la présidentielle française

À quelques mois de l’élection présidentielle française, pour Emmanuel Macron, l’enjeu est de taille. Le dossier libanais peut être une opportunité d’obtenir une victoire sur le plan diplomatique, quelques jours après les déboires entre l’Hexagone, les États-Unis et l’Australie sur les contrats de sous-marins.

100ème anniversaire de la création du Liban : Emmanuel Macron réaffirme la solidarité de la France

L’image du président français a, elle aussi, été écornée par les longues tractations qui ont suivi ses visites au Liban. « Certains pensent qu’Emmanuel Macron a été naïf et a cru que par la force de son jeu, de son énergie et de son verbe, il pourrait changer les habitudes des politiques libanais, à défaut de les remplacer », selon Karim Emile Bitar. Reste que, « avec un an de recul, la France commence à prendre conscience de la réalité et devient plus sévère », précise le directeur de recherche. 

L’administration Mikati est un gouvernement de partage des dépouilles entre les vieux partis communautaristes
Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l’IRIS

Des sanctions qui ne doivent pas léser les Libanais

A la suite de l’évocation de sanctions possibles, lors des visites d’Emmanuel Macron au Liban, en août 2020, Paris est passé à l’acte. En avril dernier, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a en effet, réussi à convaincre ses homologues européens, en tordant notamment le bras de la Hongrie, qui n’y était pas favorable, de mettre en place un certain nombre de sanctions. Parmi celles-ci, le gel des avoirs de certains dirigeants libanais ou encore l’interdiction de vol de certains hommes politiques vers l’Europe. 

Néanmoins, la tâche risque d’être complexe, car il ne faut pas que le peuple libanais en soit victime. Pour Karim Emile Bitar : « Il faut que les sanctions soient ciblées et visent des personnalités issues des différents bords politique, car personne n’a le monopole de la corruption au Liban, que les partis ont tous gouvernés ensemble, pendant trois décennies ». 

Pour le spécialiste, « il faut que les dirigeants libanais prennent conscience que la situation est si dramatique que sans réformes sectorielles et structurelles, le Liban ne pourra pas se redresser, et ce gouvernement, tel qu’il est formé, n’inspire pas confiance à la communauté internationale ». 

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Les prochaines législatives pour relancer le système politique ?

La société civile et les forces réformatrices libanaises attendent donc le gouvernement Mikati au tournant. Il est censé organiser les prochaines élections législatives de 2022, avec un premier ministre qui a l’habitude des transitions et est connu pour son habileté quant au dialogue avec les différents partis. Mais étant milliardaire et issu du système bancaire, « il va y avoir un conflit d’intérêt lorsqu’il s’agiter de restructurer ce système », selon Karim Emile Bitar. 

Selon le spécialiste, « la priorité de la société civile et de faire pression sur le gouvernement afin que les élections se tiennent en temps et en heure, mais aussi qu’elles soient transparentes, notamment en terme de financement ». Et d’ajouter : « Cela n’est pas acquis à ce stade ».

LE JV2 AVEC AFP

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