Ethiopie: les rebelles tigréens accusés d’avoir tué et bombardé des civils

Des rebelles pro-TPLF arrivent à Mekele, capitale régionale du Tigré, en Ethiopie, le 20 juin 2021 après avoir repris la ville aux forces gouvernementales

Des rebelles pro-TPLF arrivent à Mekele, capitale régionale du Tigré, en Ethiopie, le 20 juin 2021 après avoir repris la ville aux forces gouvernementales afp.com – Yasuyoshi Chiba

Des rebelles tigréens ont abattu des civils et bombardé des villages début septembre dans la région éthiopienne de l’Amhara, voisine du Tigré où un conflit dévastateur a débuté il y a plus de dix mois, ont raconté mercredi des témoins à l’AFP.

Le gouvernement régional amhara a qualifié de « massacre » ces violences qui se sont déroulées dans et autour de la ville de Kobo (nord).

Le groupe rebelle du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) a toujours nié cibler des civils durant les combats face aux forces pro-gouvernementales, qui se sont propagés ces derniers mois du Tigré aux régions voisines de l’Amhara et de l’Afar.

Les moyens de communication étant coupés, il est difficile de vérifier de manière indépendante les témoignages recueillis par l’AFP auprès de civils ayant fui dans des camps de déplacés à Dessie, ville située à 150 kilomètres au sud de Kobo.

Selon ces habitants, les violences ont commencé le 9 septembre dans le village de Gedemeyu, à 7 kilomètres au sud de Kobo, après que des combattants du TPLF ont commencé à fouiller les maisons à la recherche d’armes.

Les habitants les ont alors chassés. Les combattants s’en sont pris aux civils durant leur retraite vers le nord, puis sont revenus le lendemain et ont mené de nouvelles attaques.

« Ils ont massacré des agriculteurs (…) et des travailleurs saisonniers venus des hauts plateaux voisins », a raconté un habitant de Kobo.

« J’ai vu les cadavres de sept personnes dans l’enceinte d’une maison. Quatre d’entre eux appartenaient à la même famille », a-t-il déclaré, ajoutant en avoir vu « beaucoup » d’autres alors qu’il fuyait vers Dessie.

Ce témoin, qui a requis l’anonymat pour protéger ses proches restés à Kobo, a accusé les autorités fédérales d’avoir abandonné la zone quand les rebelles ont avancé en juillet.

Un autre homme a déclaré être retourné constater les dégâts dans le village de Zobel et avoir vu des cadavres et des bâtiments détruits.

« Lors d’un massacre à l’arme à feu, le TPLF a fait de lourds dégâts parmi les civils (…) Ils ont tiré à l’artillerie lourde sur des civils et des propriétés civiles », a-t-il affirmé, ajoutant qu’un établissement de santé avait été touché et que des bâtiments gouvernementaux avaient été pillés.

Le porte-parole du gouvernement de l’Amhara, Gizachew Muluneh, a indiqué lundi sur Twitter avoir été « informé que plusieurs centaines de civils amhara ont été massacrés par les terroristes du TPLF » dans cette zone.

« Nous rendrons public le nombre exact de personnes massacrées une fois que nous aurons enquêté sur le crime », a-t-il ajouté.

Le TPLF a déclaré que ces affirmations étaient « totalement fausses » et appelé à une enquête indépendante.

La Commission éthiopienne des droits de l’homme (EHRC), organisme indépendant mais rattaché au gouvernement, a, elle, déclaré avoir reçu des « récits inquiétants » d’exactions présumées du TPLF à Kobo, « notamment des bombardements de zones civiles, des fouilles de maisons suivies de meurtres, des pillages et des destructions d’infrastructures civiles ».

Le nord de l’Ethiopie est ravagée par de violents combats depuis que le Premier ministre Abiy Ahmed y a envoyé l’armée en novembre 2020 pour destituer les autorités régionales dissidentes issues du TPLF.

Ce conflit a fait des milliers de morts et des centaines de milliers d’habitants vivent dans des conditions proches de la famine, selon l’ONU.

LE JV2 AVEC AFP

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