Terrorisme au Sahel : qui était Adnan Abou Walid al-Sahraoui, l’émir tué par l’armée française ?

Adnan Abou Walid al-Sahraoui a été tué par une frappe d'un drone français le 17 août dernier.

Adnan Abou Walid al-Sahraoui a été tué par une frappe d’un drone français le 17 août dernier. AP

Il était la cible prioritaire des forces françaises engagées dans la guerre contre le terrorisme au Sahel. Il a été abattu par un drone de l’armée française. Adnan Abou Walid al-Sahraoui dirigeait l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), une organisation terroriste qui n’épargnait pas les civils. Retour sur le parcours du dirigeant du groupe djihadiste le plus dangereux du Sahel.

Nous sommes le 13 janvier 2020. Dans l’enceinte du château de Pau, Emmanuel Macron rencontre ses homologues du G5 Sahel. La situation sécuritaire est grave dans zone des trois frontières aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Pas une semaine ne se passe sans que des armées sahéliennes ne se fassent massacrer par des groupes de combattants djihadistes. Ainsi au Mali. 49 soldats maliens viennent de perdre la vie dans le camp de Indelimane, le 1er novembre 2019. Le 9 janvier à Chinégodar, ce sont 89 militaires nigériens qui sont tués.

« L’ennemi prioritaire » de la France et du G5

Le scénario est toujours le même. Des dizaines d’assaillants à moto ou en pick up, surgis de la nuit sahélienne attaquent et submergent un poste militaire. Pas de prisonniers. Ils tuent l’ensemble des soldats. Ces escadrons de la mort s’emparent ensuite des stocks d’armes et disparaissent  Cette stratégie alarme les états-majors. Un homme est derrière ces audaces tactiques.

Lire :  au moins 49 morts dans l’attaque d’un camp militaire dans le nord-est du Mali

 
Des soldats maliens assistent aux funérailles de 30 de leurs camarades tués dans une attaque le 20 novembre 2019  à la frontière du Niger par l'EIGS.

Des soldats maliens assistent aux funérailles de 30 de leurs camarades tués dans une attaque le 20 novembre 2019  à la frontière du Niger par l’EIGS. AP
 
Le patron de l’Etat islamique au Grand Sahara, Adnan Abou Walid al-Sahraoui,, sévit en ce début d’année 2020 sur la zone des trois frontières. Les armées maéliennes et nigériennes ne sont pas les seules trophées de son tableau de chasse. Ses forces en octobre 2017 avaient également tués quatre soldats américains des Forces spéciales dans une embuscade à Tongo Tongo, près du Mali, dans le sud-ouest du Niger.  

Ce 5 octobre 2017, le corps du sergent  Dustin Wright arrive sur le sol américain. Il a perdu la vie avec trois de ces autres camarades dans une embuscade de l'EIGS au Niger.
Ce 5 octobre 2017, le corps du sergent  Dustin Wright arrive sur le sol américain. Il a perdu la vie avec trois de ces autres camarades dans une embuscade de l’EIGS au Niger. AP
 

Personne parmi les chefs d’Etat présents lors du sommet de Pau n’ose prononcer le nom de Adnan Abou Walid al-Sahraoui, rapporte l’hebdomadaire Jeune Afrique lors de ce sommet du G5. Mais celui-ci est dans toutes les têtes. Et il est alors considéré, ainsi que son organisation, comme « l’ennemi prioritaire ». Les Français, alors essentiellement basés dans le nord du Mali, décident alors de réorienter alors la puissance de frappe de Barkhane vers la zone des trois frontières. Plus de 1200 soldats tchadiens sont envoyés également en renfort dans cette zone.  Adnan Abou Walid al-Sahraoui devient l’homme à abattre à tout prix.

Il ordonne l’assassinat de six humanitaires français au Niger

Les lieutenants d’Adnan Abou Walid al-Sahraoui,tombent les uns apres les autres.  Issa Sahrahoui, chef du groupe Etat islamique au Grand Sahara au Mali est tué par les Français. Abelhakim Sahraoui, numéro 2 du groupe perd également la vie. Son expert en explosif Khattab Al Mauritani est capturé, ainsi que le chef de sa police islamique. L’émir continue pourtant à opérer et à narguer les Français et les armées sahéliennes.

 

TV5MONDE
 
Il ordonne personnellement l’assassinat de six travailleurs humanitaires français et de leur guide et chauffeur nigérien, le 9 août 2020. Cette attaque suscite une vive émotion en France. Qui est cet homme capable d’échapper  aux armées française, sahéliennes mais aussi américaine ?

Un enfant de la guerre au Sahara occidental

L’homme n’est pas un Malien. Son vrai nom est Lahbib Ould Abdi Ould Saïd Ould El Bachir. Il nait en 1973 à Laâyaoune au Sahara occidental au sein de la tribu des nomades des Rguibat. , il est un enfant de la guerre au Sahara occidental entre le Front du polissario et le Maroc. Sa famille fuit les combats. Elle trouve refuge dans les camps du Front Polisario en Algérie.

Il bénéficie d’une bourse d’études du Front Polisario en 1992. Il sort diplômé en sciences sociales en 1997 de l’université Mentouri de Constantine. L’Algérie est alors en proie à une violente guerre entre les groupes djihadistes et l’Etat algérien. Adnan Abou Walid al-Sahraoui ne prend pas part à ce que les Algériens appellent la « décennie noire ». Il n’est pas à ce moment là radicalisé.

Il s’engage surtout dans l’Armée populaire, la branche armée du Front Polisario. Il apprend le maniement des armes mais il occupe surtout des fonctions plus politiques. Il est chargé de l’accueil des délégations étrangères dans le camp de Tindouf.

 

 Adnan Abou Walid Alm Saharoui était également recherché par Washington. Le FBI offrait une récompense de 5 millions de dollars.

 Adnan Abou Walid Alm Saharoui était également recherché par Washington. Le FBI offrait une récompense de 5 millions de dollars. AP

La période de sa radicalisation est peu connue. Selon l’hebdomadaire, Jeune Afrique, il connait de graves problèmes de santé en 2004, à l’âge de 29 ans. Il trouve refuge alors dans la religion et rentre en contact avec des anciens étudiants sahraouis de l’Institut Ibn Abbas de Nouakchott en Mauritanie. L’Institut est proche du wahabisme saoudien.  Adnan Abou Walid al-Sahraoui rentre progressivement dans la mouvance islamiste.

Il quitte en 2010, le camps de réfugiés de Tindouf pour le nord du Mali avec quelques Sarahouis. Il rejoint une katiba, une unité de combattants islamistes, liée alors au principal groupe djihadiste du nord du Mali, Al Quaida au Maghreb islamique (AQMI). Ce dernier est est dirigé essentiellement par des Algériens, souvent des anciens du GIA, groupe djihadiste de la guerre civile algérienne comme Abdelmalek Droukdel (tué en 2020 par l’armée française).

Adnan Abou Walid al-Sahraoui entend rapidement créer un mouvement regroupant essentiellement des Sahéliens Il fonde avec d’autres djihadistes le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest, le Mujao, en octobre 2011. Le groupe djihadiste se fait connaitre rapidement en organisant l’enlèvement de deux humanitaires espagnols.

Un organisateur hors pair

Par le jeu des fusions avec d’autres groupes islamistes et d’autres unités de combats, sa base militante grandit. En octobre 2013, le Mujao fusionne  avec le groupe Les signataires par le sang pour former Al-Mourabitoune, notamment pour faire face à l’arrivée des Francais au Sahel. Adnan Abou Walid al-Sahraoui compte durant cette période sous ses ordres  entre 500 et 1000 hommes armés. En 2015, il prête allégance à l’Etat islamique et fonde l’État islamique au Grand Sahara.

Entre 2000 et 3000 civils ont été tués par l’EIGS depuis 2015
Florence Parly, ministre française des armées

Il se révèle être un formidable organisateur. Contrairement à de nombreuses autres structures djihadistes, l’EIGS, est autonome financièrement. L’organisation djihadiste se finance  par le biais de la contrebande de produits allant des armes à la drogue. L’EGIS posséde également des mines d’or artisanales. Les terroristes pratiquent surtout l’extorsion de fonds auprès des populations civiles à travers la zakat, l’impôt religieux, dans les territoires qu’ils contrôlent. L’accaparement des ressources des civils passe par une politique de terreur.

De 2015 à 2021, l'EGIS a sévi dans la zone des trois frontières aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso.

De 2015 à 2021, l’EGIS a sévi dans la zone des trois frontières aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso. TV5MONDE
 

« Entre 2000 et 3000 civils ont été tués par l’EIGS depuis 2015 », soulignait ainsi la ministre française des armées lors de l’annonce de la mort de l’émir. L’EIGS est derrière le massacre des habitants des ,villages de Karou, Ouatagouna, Dirgua et Daoutegeft dans la région d’Ansongo au Mali, qui a fait 60 victimes civiles dimanche 9 août. Le massacre de trop ?  « Ces derniers temps les populations se sont révoltées contres ces groupes armés prônant le djihad et qui pratiquent l’extorsion de fonds », indiquait notamment Isselmou Ould Salihi, journaliste mauritanien spécialiste des groupes djihadistes sahéliens.

Ces derniers temps les populations se sont révoltées contres ces groupes armés prônant le djihad et qui pratiquent l’extorsion de fondsIsselmou Ould Salihi, journaliste mauritanien spécialiste des groupes djihadistes sahéliens.
 

Sans faire baisser le niveau de violence contre les civils, la force française Barkhane remporte en 2020 des succès tactiques contre les forces  de l’EIGS. L’opération MONCLAR du 3 au 23 mars 2020 mobilise ainsi plus de 5000 soldats français et nigériens dans la zone des trois frontières. « Un grand nombre de djihadistes » sont « neutralisés » selon l’armée française.

Des soldats français arment un drone sur la base de Niamey au Niger, le 17 décembre 2019.

Des soldats français arment un drone sur la base de Niamey au Niger, le 17 décembre 2019. AP
 

Adnan Abou Walid A Saharoui en 2018 avait échappé de peu à une tentative d’assassinat par les forces françaises. Méfiant, il ne s’entourait plus que de gens originaires de sa région, des Sarahouis, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique. Il se déplacait pratiquement sans aucune escorte, en moto, pour ne pas être repéré par les renseignements français et américains. Cette discretion n’aura pas suffi. Grâce à un renseignement, un drône de l’armée française l’a blessé mortellement ce 17 août selon le général français Thierry Burkhard, chet d’état major des armées.

L’EIGS aura du mal à  remplacer un tel chefFlorence Parly, ministre française des armées sur la mort Adnan Abou Walid Alm Saharoui

Florence Parly, la ministre française des armées, estime que l’élimination d’Adnan Abou Walid al-Sahraoui, chef « autocratique » de l’EGIS porte un coup décisif. « L’EIGS aura du mal à se remplacer un tel chef », juge la ministre. La mort du plus important chef djihadiste du Sahel constitue t-elle une victoire stratégique pour la France ?

Ces dernieres années, Paris a annoncé régulièrement la supression de chefs djihadistes et de cadres de l’EIGS ou d’AQMI sans que la violence ne cesse au Sahel. Plus de 275 000 civils ont ainsi fui les exactions des groupes djihadistes au nord du Burkina Faso depuis le mois d’avril.

LE JV2 AVEC AFP

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