Procès des attentats de Paris : faire face aux images et aux sons, un moment difficile pour les victimes

Paris le 15 novembre 2015. Devant le Carillon, un des cafés qui a été la cible d'un attentat, des Parisiens bouleversés rendent hommages aux victimes.  Des images des lieux des attaques du 13 novembre sont diffusées lors du procès au Tribunal de Paris ce 16 septembre 2021, un moment redouté des victimes et de leurs proches.

Paris le 15 novembre 2015. Devant le Carillon, un des cafés qui a été la cible d’un attentat, des Parisiens bouleversés rendent hommages aux victimes.  Des images des lieux des attaques du 13 novembre sont diffusées lors du procès au Tribunal de Paris ce 16 septembre 2021, un moment redouté des victimes et de leurs proches. © AP Photo/Jérôme Delay

Ce 16 septembre, les policiers de la Brigade criminelle présentent leur rapport lors du procès des attentats de Paris. Les images terribles des massacres perpétrés la nuit du 13 novembre 2015 vont être diffusées suscitant l’appréhension des victimes : certaines jugent « inconcevable » d’assister à l’audience, d’autres estiment qu’elles le « doivent » à leurs proches décédés.

Ce 16 septembre, le chef de groupe de la Section anti-terroriste de la Brigade criminelle de Paris est à la barre et livre son rapport. Des « vidéos sans le son » des kamikazes se faisant exploser devant le Stade de France, ainsi que des « vidéos et des photographies panoramiques, assez éloignées » des terrasses de bistrots, le Carillon, Le Petit Cambodge et La Bonne Bière, sont donc projetées pendant l’audience a annoncé le président de la cour d’assises spéciale de Paris, Jean-Louis Périès.

Vendredi 17 septembre, lors de la journée consacrée aux constatations réalisées dans la salle de concert du Bataclan, un enregistrement audio du « tout début, 30 secondes simplement » de cet enregistrement d’un dictaphone resté allumé et qui a capté l’intégralité de l’attaque, sera diffusé. « On entend la musique et le début des tirs » a précisé le magistrat.

Des images nécessaires

Le président de la cour d’assises spéciale de Paris a voulu avertir les victimes et leurs familles afin qu’elles puissent se préparer et prendre leurs dispositions.

Mais ce message de prévention a également été passé par les associations de victimes à ceux qui n’assistent pas aux débats ou les suivent via une webradio. Près de 1.800 parties civiles se sont constituées avant le début de ce procès fleuve qui doit durer près de neuf mois et 466 supplémentaires l’ont fait depuis l’ouverture des débats.

Ces documents, souvent très difficiles à regarder, restent essentiels dans les procès d’assises pour la manifestation de la vérité. Mais comment ne pas faire revivre un traumatisme encore très vif ?

« On en discute avec les adhérents, pas un seul ne remet en cause le fait que ce soit diffusé, ce n’est pas notre rôle d’être dans la censure », explique Arthur Dénouveaux, président de l’association Life for Paris.

(Re)voir : Attentats de Paris : comment une victime vit-elle le procès ?

Aux membres de l’association, « on a rappelé qu’ils n’étaient pas obligés d’écouter ça, mais il est parfaitement audible de se dire qu’on veut y aller, voir si on tient le choc », ajoute-t-il. 

Un traumatisme toujours présent

Pour certains, il est tout simplement impossible d’assister à l’audience.
Rescapé du Bataclan, Gaëtan Honoré prefère ne pas être présent à l’audience le 17. « C’est à des années-lumière de ce que je peux faire actuellement. (…) Je ne peux vraiment pas concevoir ça à titre personnel, de pouvoir revoir toutes ces images ». 

« Je ne peux pas, même si je sais qu’il y aura beaucoup de victimes » dans la salle, affirme Sophie Parra, elle aussi dans la fosse du Bataclan le soir du 13 novembre 2015. « J’écouterai la webradio et je sais que je peux enlever mon casque à tout moment ».

(Re)voir : Procès des attentas de Paris : paroles de victimes

Mais pour Véronique, dont la fille est décédée au Bataclan, être présente est « une nécessité » pour « essayer de comprendre la chronologie ». « Il me manque tellement d’éléments que j’ai besoin d’être là. Je me dis je me dois de vivre ça », confie-t-elle à l’Agence France Presse. 

Elle appréhende toutefois cette séquence : lors de l’énoncé des noms des 130 victimes des attentats, au début du procès, « j’ai été saisie quand j’ai entendu le nom de ma fille, je ne m’y attendais pas. Je ne pouvais plus bouger, je pleurais, c’est une vague qui est arrivée comme ça ».

« On sait tous ce qui s’est passé, on a tous lu, on a tous écouté, entendu, mais là on sera vraiment dans la fusillade, qu’on n’a pas pu empêcher, on n’a pas pu protéger nos proches, mais on se doit pour leur mémoire et en hommage à eux au moins d’être présents », estime également Chantal Duperron, dont le fils est décédé au Bataclan. 

Comme depuis le début du procès, des membres de l’association Paris aide aux victimes, reconnaissables à leurs chasubles bleues, circuleront dans la salle d’audience et pourront accueillir dans un espace qui leur est réservé celles qui auraient besoin d’un soutien. 

« Nous ne pourrons pas empêcher ceux qui le veulent d’être là (…). Mais nous avons prévenu qu’il était préférable de ne pas regarder ces photos, de ne pas écouter ces sons qui peuvent être très déstabilisants, qui peuvent être aussi des réactivateurs de traumatisme ou de deuil », souligne la directrice de l’association, Carole Damiani. 

(Re)voir : le témoignage de Camille Emmanuelle, compagne du dessinateur de Charlie Hebdo Luz

 

LE JV2 AVEC AFP

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